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Réunion du vendredi 14 septembre 2007

Présents : A. Alduc-Le Bagousse, C. Allinne, P. Bauduin, É. Broine, G.-R. Delahaye, V. Gallien, V. Gazeau, Y. Hamonou, C. Hanusse, P. Kuchler, J.-Y. Langlois, G. Marie, C. Pilet, J. Pilet-Lemière, A. Poirier, É. Rivoire

Excusés : A. Bocquet-Liénard, R. Colleter, J. Desloges, L. Dujardin, D. Jeanne, C. Maneuvrier, C. Niel, Y. Rose, P. Roussel, C. Treffort.

Actualités archéologiques et anthropologiques

Armelle Alduc-Le Bagousse rappelle qu’après Inhumations de prestige ou prestige de l’inhumation ? Expressions du pouvoir dans l’au-delà (Caen, 23-24 mars), quatre autres tables rondes internationales, inscrites dans le cadre de la célébration du cinquantenaire du CRAHM, sont programmées en 2007 et 2008 :

  • 16-17 novembre 2007 : Provinces et identités provinciales dans l’Afrique romaine (Resp. : Yves Modéran et Claude Briand-Ponsard),
  • 7-8 décembre 2007 : À propo(t)s de l’usage, de la production et de la circulation des terres cuites dans l’Europe du Nord-Ouest (XIVe-XVIe s.) (Resp. Anne Bocquet-Liénard et Bruno Fajal),
  • 29 février-1er mars 2008 : Pratiques de l’espace : archéologie et histoire des territoires médiévaux (Resp. : C. Hanusse et T. Jarry),
  • 10 octobre 2008 : Château, ville et pouvoir au Moyen Âge (Resp. : A.-M. Flambard Héricher et J. Le Maho).

Par ailleurs, le programme du séminaire de recherche du CRAHM pour 2007-2008 est consultable à l’adresse :

http://www.unicaen.fr/ufr/histoire/crahm/spip.php?article333

Parmi les interventions, noter celles du 4 avril 2008 sur le thème « Identités, sociétés, anthropologie » :

  • Isabelle CARTRON-KAWÉ (Université Bordeaux III Ausonius, UMR 5607) et Dominique CASTEX (PACEA, UMR 5199) : Identité(s) et mémoire(s) des populations du passé. Présentation d’un programme de recherche interdisciplinaire.
  • Cécile Niel (CRAHM) : Autour des identités sociales : les nécropoles de la cathédrale de Rouen.

Véronique Gallien signale la récente réactivation du GAAFIF (Groupe d’anthropologie et d’archéologie funéraire en Île-de-France) et sa transformation à l’échelle nationale en GAAF (Groupe d’anthropologie et d’archéologie funéraire), concrétisée par la réunion constituante du 12 octobre 2007 à Paris. Toutes les informations sont accessibles sur le site à l’adresse suivante :

http://groups.google.fr/group/gaaf?hl=fr

Deux interventions, qui ont chacune donné lieu à des discussions très enrichissantes, étaient à l’ordre du jour de cette vingt-quatrième séance.

Philippe KUCHLER (INRAP / UMR 7002), Édith RIVOIRE (INRAP / CRAHM) et Didier LAMOTTE (INRAP / UMR 7002) : L’abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes (Aube) : évolution topographique et chronologique du contexte religieux et funéraire du haut Moyen Âge à l’époque gothique.

En amont d’un projet de requalification urbaine (construction d’un parking souterrain), une fouille préventive a été conduite durant 18 mois, entre août 2004 et avril 2006, sur la place de la Libération à Troyes (Aube). L’emprise du site, d’environ 2500 m², est localisée en plein cœur de la ville actuelle, à l’emplacement de l’ancienne abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains, dont seule la partie occidentale a pu être appréhendée. Les études stratigraphiques, des sources écrites et iconographiques, couplées aux nombreuses datations radiocarbones réalisées sur les ossements et les charbons de bois, permettent d’émettre des hypothèses concernant la situation topographique, les états successifs et l’occupation funéraire de l’abbaye.

Après la destruction des bâtiments gallo-romains entre la fin du IIIe et le début du IVe siècle, le paysage antique est apparemment oublié au profit d’une organisation parcellaire délimitant un domaine agricole ou bien domestique. Cette parcelle n’a pas fait l’objet d’aménagements importants au moins jusqu’à l’époque mérovingienne. C’est sur ce domaine situé dans le suburbium de la ville que vient s’implanter, au VIIe siècle, une première occupation funéraire représentée par une chapelle abritant trois tombes et vingt-quatre sépultures alignées de part et d’autre de l’édifice. Il pourrait s’agir des vestiges du premier état mérovingien du monastère de femmes construit, selon la tradition, par l’évêque Leuçon. À l’époque carolingienne, entre le milieu du IXe et le milieu du Xe siècle, cette occupation se transforme avec la construction d’une nouvelle église plus vaste. Son implantation ne suit pas l’axe du premier bâtiment. Le cimetière se rétrécit autour avec la mise en place d’une aire de circulation. Dès le début du XIe siècle, l’entrée de l’église est monumentalisée avec la consolidation de la façade occidentale et l’adjonction d’un porche. Un espace est également individualisé dans le collatéral sud par la construction d’un mur de refend attenant au mur de façade. La première mention historique de l’existence de l’abbaye, dans une charte de 1048, se rattache à ce premier état roman. Au nord de l’église, une occupation domestique se met en place. Elle est liée peut-être à l’occupation monastique ou bien à un processus d’expansion de l’habitat. À l’époque carolingienne et au début de l’ère romane, les inhumations se densifient à l’intérieur comme à l’extérieur de l’église. Le porche a une vocation funéraire tout comme la pièce sud.

Le second état roman (XIIe siècle) marque une période de transition. Si l’on se réfère aux sources documentaires, l’abbaye est maintenant englobée dans l’enceinte urbaine et se retrouve ainsi au centre de la ville médiévale. Ses cinq premières travées sont désormais réservées à une paroisse qui ne prendra le nom de Saint-Jacques-aux-Nonnains qu’à partir du XVe siècle. Cette période correspond à la construction d’une tour-clocher devant le collatéral nord et d’un espace carré pouvant correspondre à une autre tour devant le collatéral sud. Il est fait mention d’un incendie en 1188 ayant en grande partie détruit l’abbaye. Cela concorde avec la mise au jour d’une couche d’incendie dans la tour-clocher, datée par radiocarbone de la fin du XIIe siècle. La campagne gothique (XIIIe-XIVe siècle) consiste à reconstruire l’église en se calquant sur la disposition romane. Entre le XIIe et le XIVe siècle, le nombre d’inhumations dans l’église s’amoindrit, alors que le cimetière extérieur s’agrandit et se densifie avec un empilement excessif des sépultures, entraînant l’émergence d’une nouvelle gestion du cimetière. Dans sa partie souterraine, la tour-clocher contient trois sépultures et un autel. Elle abrite sans doute des reliques. Le porche perd sa fonction funéraire alors que des chapelles entre les piliers de soutènements des murs internes de l’église sont aménagées.

L’identification des inhumés et la répartition des sépultures ont été réalisées pour chaque état. Dans la chapelle funéraire et le cimetière, entre le début du VIIe et le milieu du IXe siècle, le recrutement funéraire est sélectif, du moins en ce qui concerne l’âge des inhumés. Il s’agit exclusivement d’adultes, aussi bien des hommes que des femmes, correspondant peut-être à une population monastique et cléricale. La mise au jour de sépultures d’hommes, de femmes et d’enfants pour la période comprise entre le milieu du IXe et le début du XIIe siècle témoigne sans doute d’un recrutement funéraire non plus réservé exclusivement aux religieuses et aux clercs, mais également aux laïcs. À cette époque, les laïcs de l’aristocratie et les clercs font fréquemment le choix d’être enterrés dans des monastères de prestige et les emplacements choisis sont souvent dans des zones de passage, comme c’est le cas ici. À partir du XIIe siècle, l’église paroissiale accueille très peu de sépultures (à peine une dizaine dénombrée) et uniquement des adultes (hommes et femmes). Selon les sources écrites, elle devient un lieu d’inhumation réservé à quelques fidèles et autres seigneurs, tandis que l’église abbatiale reçoit les dépouilles des religieuses et des bienfaiteurs. L’étude de la répartition des individus par sexe et âge au décès dans le cimetière donne l’image, quant à elle, d’une population paroissiale. Une zone à forte densité d’inhumations d’enfants, localisée contre le mur oriental externe de la tour-clocher, a pu être identifiée. De même, un espace funéraire comprenant de nombreuses sépultures collectives a été reconnu en limite septentrionale du site. Occupé du XIIe siècle à la seconde moitié du XIVe siècle, il correspond sans doute au cimetière des hospitaliers de l’Hôtel-Dieu-le-Comte, fondé selon les textes vers le milieu du XIIe siècle.

L’étude sur le développement topographique et chronologique de Notre-Dame-aux-Nonnains est en cours. Les premiers résultats exposés ici seront prochainement confrontés aux données archéo-anthropologiques (modes d’ensevelissement et paléopathologie).

Véronique GALLIEN (INRAP Grand-Ouest / UMR 6130) : Étude de la salle du chapitre de l’abbaye Sainte-Croix et de son occupation funéraire (Poitiers – Les Hospitalières).

Précédant un aménagement en résidence privée des anciens bâtiments d’un hôpital, le chantier archéologique des Hospitalières à Poitiers a été organisé en deux zones, dont une implantée à l’intérieur de l’abbaye Sainte-Croix, à l’emplacement de la salle du chapitre d’époque Moderne (juin-novembre 2005, responsable d’opération : F. Gerber / INRAP).

La fouille de cette zone a livré une occupation continue depuis la période gallo-romaine jusqu’à nos jours, mettant en évidence l’installation des bâtiments claustraux sur un habitat antique en partie détruit au IVe siècle. Aux IXe-Xe siècles, une première construction attribuable à l’abbaye est édifiée : la salle, large de 5,50 m, est aménagée d’une cheminée qui lui suppose une fonction de chauffoir. Entre le XIIe et le XIVe siècle, la pièce est agrandie (9,50 m de large) et la cheminée disparaît. On ne peut affirmer que ces modifications architecturales correspondent dès cette époque à une évolution en salle du chapitre. Les grands travaux démarrés en 1523 donnent à la pièce, alors désignée comme salle du chapitre, sa forme définitive, avec un voûtement reposant sur un pilier central. Le nouveau bâtiment prend une fonction funéraire avec l’installation, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, de quarante-deux tombes identifiées dans les limites de la fouille correspondant à près de la moitié de la surface de la salle. Soixante-sept individus au minimum ont été recensés.

L’étude des modes funéraires met en évidence des pratiques à la fois sobres et classiques pour la période. Le cercueil cloué ou la simple fosse couverte d’un couvercle de bois constituent les principaux types de contenant. La majorité des fosses (soit trente-cinq sur quarante-deux) ont été réouvertes et réutilisées parfois jusqu’à cinq fois. L’usage massif d’épingles – retrouvées à la tête, sur le bassin et au pied des défuntes – atteste la présence de linceul dans trente-deux sépultures. Parmi les quelques dépôts funéraires recueillis, on retrouve essentiellement des chapelets (sept cas), une médaille, un anneau de fer, une paire de ciseaux, une coupelle en alliage cuivreux. L’analyse anthropologique a porté sur un groupe très majoritairement féminin : parmi les soixante-sept individus dénombrés, on identifie un seul homme pour quarante-neuf femmes. L’effectif est essentiellement adulte, le sujet le plus jeune est âgé de 15-17 ans. Le profil paléodémographique des femmes est celui d’une population âgée. Les archives modernes de l’abbaye décrivent un recrutement privilégié, majoritairement dans des familles nobles, qui pour certaines ont donné plusieurs religieuses. L’examen des caractères discrets (suture métopique non associée à la cribra orbitalia, os suturaux, agénésie de la troisième molaire, torus palatin, tête bicondylienne, ptère épitrochléaire, perforation olécranienne, troisième trochanter) et la présence d’une anomalie anatomique (craniosténose) caractérisée par un déterminisme génétique confirment l’existence d’apparentement entre une dizaine d’individus.

Ces femmes présentent peu de troubles de la croissance, révélant des conditions de vie favorables dans l’enfance. L’image privilégiée est nuancée par quelques femmes souffrant de malformations d’origine congénitale ou de croissance (craniosténose, subluxation de la hanche, déformation de Madelung, malformation de la scapula). L’examen paléopathologique complète la connaissance du groupe en mettant en évidence un mode de vie très austère pour ces femmes devenues adultes. L’ascétisme pratiqué par les religieuses est déduit des symptômes de malnutrition (maladie carieuse, ostéomalacie) et des souffrances physiques (microtraumatismes, hyperostoses, arthroses) qui ont marqué les corps jusqu’au squelette. La quasi-absence de fractures d’adultes reflète un mode de vie plus contemplatif qu’actif. La nature des lésions touchant préférentiellement le squelette appendiculaire inférieur (microtraumatismes, entorses de la cheville, hématomes sur les tibias, traumatisme exogène du pied, arthroses) renvoie à l’adoption prolongée de positions debout et agenouillée évocatrices des postures de prière.

La vingt-cinquième réunion du groupe se tiendra le vendredi 14 décembre 2007 à 9h30 dans la salle de réunion de l’UFR d’histoire (SB 145 – 1er étage).

Après l’habituel tour des questions d’actualité, la matinée sera consacrée à deux interventions :

Pierre CHEVET, Élodie CABOT, Emmanuelle COFFINEAU (INRAP Grand-Ouest) : Le couvent des Filles-Dieu du Mans. Éléments d’évolution architecturale et espaces funéraires.

La fouille, en 2003, d’une partie des bâtiments du monastère des Filles-Dieu du Mans (Sarthe) a permis de préciser les grandes lignes de l’évolution de cet établissement entre les XIIIe et XVIIIe siècles, au travers de deux grandes phases de mutation qui semblent pouvoir être mises en parallèle avec des événements historiques. L’intervention a été l’occasion de mettre au jour trois espaces funéraires distincts, avec de nombreuses sépultures associées à un matériel céramique d’inhumation des plus intéressants.

Christophe MANEUVRIER (CRAHM) : Pour un inventaire des dalles funéraires : le choix d’une sépulture dans la Normandie des XIIIe et XIVe siècles. Durant le premier quart du XIIIe siècle, des dalles gravées à l’effigie du défunt pourvues d’une épitaphe se diffusent dans des groupes sociaux qui jusqu’à présent n’en faisaient pas usage. Si elles expriment de nouvelles conceptions religieuses et une modification de la perception de la mort, ces dalles visent surtout à démontrer la réussite de certains et contribuent à faire de leurs vies des modèles à suivre. Qui sont les individus dont les sépultures sont recouvertes par de telles dalles ? Que signifient vraiment ces monuments ? Comment se fait le choix de l’image et de l’inscription ? Où sont les ateliers et comment fonctionnent-ils ? Face à l’indigence des sources écrites, les réponses ne pourront venir que des monuments eux-mêmes, ce qui passe d’abord par un inventaire des découvertes. Les 366 dalles, fragments ou relevés d’épitaphes recensés à ce jour - dont 109 formellement attribuables au XIIIe siècle – permettent dès à présent d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions.

Tous les membres du CRAHM et tous les chercheurs concernés par ce thème sont cordialement invités à se joindre à nous.