II - CONSTRUCTION DE L’ESPACE PAR LES GROUPES HUMAINS (Responsable d’équipe : Cécile Allinne)
Rattachement principal : Cécile Allinne, Michael Batt, Anne Bocquet-Liénard, Eric Broine, Vincent Carpentier, Gaël Carré, Marie Casset, Christophe Colliou, Stéphanie Dervin, Jean-David Desforges, Gilles Deshayes, Thérèse-Marie Dubois-Hébert, Laurent Dujardin, Bruno Fajal, François Fichet de Clairfontaine, Anne-Marie Flambard Héricher, Claire Hanusse, Pierre-Marie Guihard, Christine Jablonski, Thomas Jarry, Sébastien Lefèvre, Bruno Lepeuple, Claude Lorren, Pascale Louvet, Jacques Le Maho, Jimmy Mouchard, Patrice Mouchel-Vallon, Marie-Anne Moulin, Édith Peytremann, Jacqueline Pilet-Lemière, Sébastien Zaaf
Notre projet de recherche s’inscrit dans la continuité intellectuelle de la partie bilan de ce rapport, et il prend en compte l’élargissement de l’équipe. On retrouvera donc les orientations déjà énoncées précédemment, autour des deux axes que sont : « Structuration du territoire » et « Voies, places et espaces d’échanges et de contact ». Nous insisterons délibérément sur les enquêtes à caractère collectif réunissant des membres de l’équipe 2 ou celles menées en collaboration avec d’autres équipes françaises et européennes, les projets plus ponctuels étant mentionnées dans les fiches individuelles.
SOMMAIRE
1. Structuration des territoires
1.1. Habitats, morphologie et structuration des territoires
1.2. Châteaux et manoirs dans leur territoire
2. Voies, places et espaces d’échanges et de contact
2.1. Production, diffusion et réseaux d’échanges
2.2. Espaces de contact et lieux d’échanges : l’espace fluvio-littoral normand, de l’échelle régionale à l’échelle européenne
1. Structuration des territoires
Bilan des enquêtes 2007-2008
1.1. Habitats, morphologie et structuration des territoires
L’une des actions prioritaires que nous nous fixons (fin 2009 - début 2010) est la publication de la table ronde « Pratiques de l’espace. Archéologie et histoire des territoires médiévaux » dans la collection des Tables rondes du CRAHM. Un comité scientifique a été constitué autour des trois organisateurs : J.-L. Abbé, V. Carpentier, C. Hanusse et T. Jarry, S. Leturcq et C. Lorren.
Ces deux prochaines années verront la montée en puissance du projet « Caretel » (E. Broine, C. Hanusse, T. Jarry) avec l’incrémentation des données documentaires dans le SIG après l’achèvement de l’intégration de la BD Topo de l’IGN comme référentiel, ainsi que l’orthophotoplan départemental en cours d’acquisition auprès du Conseil général du Calvados. Le projet sera adossé également au PCR sur le « Paysage de la plaine de Caen du néolitihique à la fin de l’Antiquité » coordonnée par L. Lespez, géo-archéologue (GEOPHEN) qui doit faire le point sur les données paléoenvironnementales disponibles dans cet espace. L’extension de la base de données vers l’Antiquité est également un objectif, dans la mesure où l’aire de travail de C. Allinne se situe dans l’espace retenu. Le suivi avant la fin de l’année 2008, d’une formation continue à MacMap à laquelle participeront C. Hanusse et E. Broine, contribuera à l’optimisation du projet.
Un projet de coopération internationale, Échange chercheurs européens du CNRS et de la British Academy sera déposé fin septembre sur le thème « Les habitats ruraux au Moyen Âge et leurs communautés : pour un nouveau programme de recherches franco-anglaises. » (2009-2010). Ce projet, qui est un des prolongements de la table ronde organisée à Caen en février-mars 2007, se propose de renforcer les coopérations entre le CRAHAM et le Center for Local History, University of Leicester (dir. Pr. Chris Dyer) et réunira Richard Jones, lecturer in Landscape History et C. Hanusse (MC en histoire et archéologie médiévale). Les thèmes que nous souhaitons traiter concerneront l’utilisation de l’espace rural (morphologie des habitats et des parcellaires …) ; la relation entre culture matérielle et sources documentaires en contexte rural ; les dynamiques villageoises et les liens sociaux en particulier la relation seigneurs/paysans ; les liens entre villes et campagnes. Deux ou trois tables rondes seraient organisées à Caen et Leicester pour échanger sur ces thèmes en réunissant chercheurs et doctorants travaillant sur l’Angleterre et le Nord-Ouest de la France et au-delà.
Dans ce contexte, notre équipe se fixe comme ambition de constituer la tête d’un réseau de chercheurs travaillant notamment sur l’habitat durant le deuxième Moyen Âge. La présence au sein de notre laboratoire de chercheurs œuvrant en Bretagne, en Normandie, et les contacts pris par des archéologues issus de diverses institutions (INRAP, Ministère de la Culture, université) et ayant un projet de PCR sur « L’habitat déserté en Champagne aux XIIIe-XVIe s. », nous encouragent à nous positionner ainsi. L’un de nos projets est de redynamiser les recherches archéologiques sur les habitats des derniers siècles du Moyen Âge qui occupent aujourd’hui une place discrète dans la recherche française. Lors d’une table ronde « Des hommes aux champs » organisée à Caen les 8 et 9 octobre prochains, par l’INRAP, le CReAAH - UMR 6566 (Uni. Rennes-Nantes-CNRS-MCC), le CRAHAM et le Musée de Normandie, C. Hanusse aura l’occasion de présenter une communication qui abordera ce thème : « La question des habitats désertés au Moyen Âge : un paradigme à discuter. »
Publication : « Archéologie du village de Courtisigny : les fouilles du site des « Fosses Saint-Ursin », à Courseulles-sur-Mer (Calvados). 1971-2008 ». Cet ouvrage, dont l’achèvement du manuscrit est prévu à l’horizon 2010 ; présentera les résultats des fouilles en faisant une large place à la culture matérielle. Il réunira autour de C. Hanusse plusieurs collaborateurs du CRAHAM : A. Alduc-Le Bagousse et C. Niel (Anthropologie) ; A. Bocquet-Liénard, S. Dervin (céramique) ; J. Pilet-Lemière (numismatique). Cette publication s’inscrit de manière plus large dans une problématique générale qui se fixe comme objectif de comprendre le mode d’appropriation de l’espace par les communautés rurales et plus généralement d’analyser les habitats dans leur contexte territorial. Ceci implique l’intégration de données sur la longue durée à partir de l’expérience acquise sur les sites fouillés, étendus à d’autres cas. Des comparaisons avec l’Angleterre où des travaux monographiques ont été réalisés et où des synthèses sont déjà disponibles seront privilégiées, sans exclure des comparaisons avec d’autres sites français et du nord-ouest européen. Cette dernière recherche fera l’objet d’une synthèse intitulée « Archéologie des communautés rurales dans le Nord-Ouest de la France ». Ces deux dossiers sont au cœur du projet HDR de C. Hanusse (horizon 2010).
Étroitement lié aux travaux sur le site des « Fosses Saint-Ursin » et à la publication des résultats, un projet de publication parallèle est mis en place sous l’intitulé générique Archives de fouilles (Adf). Il vise à favoriser la diffusion électronique des données de fouilles en collaboration avec les Presses Universitaires de Caen. Ce projet dont les contours ont été définis en 2007 se fixe comme objectif la publication électronique des données de fouilles du site des « Fosses Saint-Ursin », notamment les inventaires de mobiliers archéologiques. L’expérience accumulée par les Presses Universitaires de Caen en matière de structuration des données sous forme électronique dont la CRAHAM a déjà bénéficié dans le cadre de la revue Tabularia, sera mise a profit et appliqué au domaine de l’archéologie et à des données hétérogènes et vastes (bases de données, textes, tableaux, images, plans). La technologie actuelle (numérique) est évidemment une voie à explorer pour résoudre la question épineuse de la mise à disposition des données de fouilles avec rapidité et sans alourdir la gestion des données. Élaborée à partir de l’expérience acquise sur les fouilles dirigées par C. Hanusse (gestion des donnes avec Achéodata sous Filemaker), Adf doit permettre de produire des données structurées (XML) et un document numérique diffusable sous forme électronique évolutive (Internet) et sous forme définitive de type « catalogue clos » imprimable par exemple. L’ambition de ce projet est de développer un outil transposable bien sûr à d’autres sites.
1.2. Châteaux et manoirs dans leur territoire
La fouille du Château Ganne sera poursuivie. L’autorisation est acquise jusqu’en 2010. Le quart sud-ouest de la basse cour semble riche en bâtiments (révélés par les reliefs). Leur étude complétera la compréhension du système de fortification et précisera sa chronologie en permettant le lien avec une maçonnerie en arête de poisson, probablement beaucoup plus ancienne que les autres vestiges du site. Parallèlement le site http//chateauganne.org sera mis à jour.
Projet de prospection-inventaire (2009-2012) : « L’habitat noble dans l’ancien diocèse d’Avranches au Moyen Âge ». L’habitat noble médiéval dans le sud de l’actuel département de la Manche est un sujet largement délaissé. Il faut sans doute incriminer les lacunes des sources écrites et une absence matérielle de manoirs/maisons fortes antérieurs au XVIe siècle clairement identifiables. Des travaux récents menés dans des provinces voisines ou plus lointaines (Bretagne, Maine, Bourgogne, Limousin) ont démontré comment les paroisses étaient le plus souvent dotées de plusieurs sites d’habitat noble.
Les problématiques générales sont connues : origines, contextes de localisation (rapport aux routes, aux voies d’eau, à l’église paroissiale…..), mutations spatiales (disparitions, déplacements), contextes institutionnels (statut des tenants, autorisations de fortifier).
En ce qui concerne notre région, se pose une question inattendue : qu’en est-il des structures globales ? manoirs non fortifiés ou maisons fortes (en Normandie, le sujet mérite d’être approfondi). Les quelques autorisations de fortifier délivrées aux XIVe et XVe siècles permettent de lancer le débat. L’étude de chaque site pourra être complétée par une évaluation de son environnement aménagé (garennes, étangs, bois, parcs à gibier, moulins). La maigreur des vestiges en élévation nécessite des travaux qui allient recherche dans les sources médiévales très peu abondantes (aveux et dénombrements), modernes et contemporaines (aveux et dénombrements, inventaires, cadastre napoléonien) et prospections sur le terrain suivies de relevés topographiques.
Actuellement deux personnes sont impliquées dans cette recherche. M. Casset (maître de conférences en histoire médiévale, UBS-Lorient) et David Nicolas (animateur du patrimoine, Avranches). Il serait sans doute souhaitable d’impliquer des étudiants dans le projet, en particulier en ce qui concerne les espaces des seigneuries (évolution jusqu’au XVIIIe siècle).
Le PCR microtopographie des châteaux sera poursuivi et complété. Cette entreprise, coordonnée par A-M. Flambard Héricher, sera nourrie des travaux réalisés par les étudiants de master et de thèse notamment les monographies de châteaux articulées sur le relevé topographique et la réalisation de la fiche descriptive utilisée jusqu’alors. Une fiche de saisie des données a été élaborée, elle devrait permettre de constituer un fichier des édifices inventoriés. Ces travaux seront également publiés sous forme de recueils permettant de livrer les résultats obtenus à la connaissance de tous dans un but patrimonial. Un colloque est prévu à Rouen (13-15 mai 2009) pour faire un bilan de l’étude des châteaux en Normandie.
La publication des sites fortifiés étudiés sera complétée par celle de Vatteville-la-Rue (Seine-Maritime), exemple de shell keep de type anglais probablement importé par Galeran de Meulan lors de la reconstruction de son château entre 1130 et 1154 et ultérieurement pour celui de Bretoncelles. La table ronde consacrée aux « Château, ville et pouvoir », organisée par A.-M. Flambard Héricher et J. Le Maho, qui se déroulera les 10 et 11 octobre 2008, doit être publiée début 2011.
2.Voies, places et espaces d’échanges et de contact
Bilan des enquêtes 2007-2008
2.1. Production, diffusion et réseaux d’échanges
Une des actions prioritaires de cette thématique est la publication des actes de la table ronde « A propo[t]s de l’usage, de la production et de la circulation des terres cuites dans l’Europe du Nord-Ouest (fin du Moyen Âge – début de l’époque moderne) » qui s’est tenue les 7 et 8 décembre 2007. La publication est programmée dans la collection des Tables rondes du CRAHM au cours de l’année 2009. Plusieurs travaux menés en Basse-Normandie verront ainsi leur aboutissement dans cet ouvrage (cf. « Bilan »).
Un projet de collaboration avec nos collègues anglo-saxons, conçu dans la continuité de la réflexion menée lors de la table ronde des 7 et 8 décembre 2007, a été déposé dans le cadre du GDR France-îles Britanniques. « Identités, influences, transferts culturels. » Il permettra de s’interroger sur le rôle de la Manche comme frontière, zone d’échanges ou de continuité entre les sociétés à l’époque médiévale à partir notamment de l’étude du matériel céramique et une approche archéométrique (cf. « Projet équipe 1 »).
L’exemple de la céramique médiévale en Normandie. Le projet collectif de recherche « Typo-chronologie de la céramique médiévale dans l’espace bas-normand du Xe au XVIe siècle. Production, diffusion » (coordination Anne-Marie Flambard Héricher) fera l’objet d’une demande de renouvellement ; celle-ci sera déposée à la fin de l’année 2008. La construction typochronologique s’effectuera à partir des outils développés dans le travail préparatoire d’inventaire mené au cours de l’année 2008 (fichiers lots, fiche bibliographique et répertoire). Les différents lots céramique, inventoriés à partir d’un référencement des sites ayant livrés du mobilier céramique et son étude seront examinés (une quarantaine de lots ont été répertoriés au cours du premier dépouillement), et ceux présentant des contextes archéologiques utilisables pour préciser la chronologie bas-normande seront pris en compte. Pour rappel, un des objectifs de ces travaux, associé à la construction de la typochronologie, est de mieux connaître les productions, ou groupes de production, de comprendre les échanges et les mécanismes d’approvisionnement et de proposer une cartographie de la diffusion des produits fabriqués. On peut penser également que par le biais de la céramique, on étudiera les évolutions techniques et on pourra aborder l’interprétation sociale de la céramique comme les transformations liées au goût.
Les études de mobilier mis au jour au cours des fouilles menées par les membres de l’équipe, notamment à Bretoncelles, à Château Ganne (A.-M. Flambard Héricher) et à Saint-Ursin (C. Hanusse)), seront également intégrées dans le projet. En outre, ce dernier s’ouvrira aux collègues travaillant en Haute Normandie (E. Leclerc, P. Calderoni, B. Guillot de l’INRAP) et aux marges ouest (Bretagne) et sud de la Basse-Normandie. B. Fajal prévoit la publication des fouilles de quelques ateliers de potiers de la région de Domfront dont les données typochronologiques des céramiques enrichiront le catalogue des formes mis en œuvre dans le cadre du PCR.
S. Dervin continuera ses recherches dans le cadre de sa thèse de doctorat, sur la céramique normande des XIIIe et XIVe siècles afin de préciser la typochronologie et d’apporter des éléments pour la cartographie de la production et de la diffusion des céramiques de cette période et dans des contextes d’utilisation privilégiés (château de Caen et de Falaise). Cet aspect particulier de la diffusion sera abordé conjointement par la voie de l’analyse archéométrique et céramologique.
Une enquête sur le centre potier de Martincamp (Pays de Bray, Seine-Maritime) a été entreprise par T.-M. Dubois-Hébert dont la soutenance de la thèse est programmée fin 2008. Cette recherche est alimentée par les sources historique, archéologique et archéométrique Elle permettra de mieux connaître cette communauté potière, en retraçant son activité et sa production, par le biais notamment de la diffusion de ces produits sur plusieurs sites de consommation.
G. Deshayes, membre associé, se propose de travailler sur la production et l’utilisation des terres cuites dans la région de Jumièges du XIIe –XVIe s. En effet, de nombreux sondages et prospections ont mis au jour plusieurs lots, dont certains dans les bâtiments conventuels de l’abbaye de Jumièges, qui pourront être associés aux travaux de notre PCR élargi en fournissant un espace de comparaison (cf. infra).
Les travaux menés dans le cadre du PCR seront présentés à la rencontre annuelle du réseau ICERAMM (les 27 et 28 novembre 2008, A. Bocquet-Lienard, S. Dervin et V. Hincker). Les sites, dont l’étude sera aboutie, pourront faire l’objet d’une notice synthétique qui sera diffusée par l’intermédiaire du site Internet ICERAMM.
De plus est en préparation un Recueil de matériaux pour servir à l’archéologie et à l’histoire de l’artisanat de la terre cuite en Basse-Normandie XVe – XVIe siècles. Ce projet de recherche doublé d’un projet éditorial (coord. B. Fajal) réunit trois membres de l’équipe (B. Fajal, P. Mouchel-Vallon et M.-A. Moulin) ainsi qu’un documentaliste des Archives départementales du Calvados, J.-Y. Laillier. Il s’agira d’éclairer la question des productions artisanales (les terres cuites dans les sources), des espaces artisanaux (répartition spatiale des ateliers, données sur les fours de potiers), des échanges (itinéraires marchands, etc.), à partir d’une sélection de sources écrites.
La terre cuite dans le nord de la France : caractérisation, origine et diffusion. Plusieurs travaux sont inscrits dans un champ chronologique plus large et à d’autres échelles géographiques (France du nord). L’un d’eux concerne la suite de l’étude de la production et de l’emploi de l’argile par les moines cisterciens de l’abbaye de Morimond (52) (B. Rouzeau, Lamop, UMR 8589). Plusieurs questions sont restées en suspend et seront abordées grâce à de nouvelles prospections, levés topographiques ou analyses chimiques élémentaires. B. Fajal poursuivra des recherches sur les céramiques dites à « œil-de-perdrix », dont la chronologie et les aires de production, dans le grand Ouest de la France, sont à redéfinir. Les résultats obtenus seront publiés et une synthèse alimentera une réflexion sur l’édition d’études de mobiliers céramiques, et fera l’objet d’une mise en ligne interactive. Quant à l’étude des ateliers gallo-romains de la forêt d’Évreux, ils feront l’objet d’une publication (cf. « Bilan »).
Le service d’archéométrie-céramologie du CRAHAM, de part la spécificité de son approche de l’artisanat céramique participe à un programme pluriformation « Caractérisation, origine et diffusion des archéomatériaux inorganiques (métaux, verres, roches, céramiques), sous la responsabilité de Bernard Gratuze, de l’université d’Orléans, pour la période 2008-2011. Ce PPF a pour objectif d’étudier d’un point de vue diachronique l’évolution de la production, de la diffusion et de l’utilisation des archéomatériaux, en utilisant les analyses élémentaires et isotopiques. Plusieurs projets s’articulent autour d’un axe dont la thématique principale concerne l’origine – extraction et transformation - des matières premières et la diffusion – échange ou commerce - des produits finis ou semi-finis des sociétés humaines de la préhistoire à l’époque moderne. Ce PPF permettra de renforcer cette thématique par des perspectives de collaborations nouvelles et par une meilleure cohérence des recherches effectuées. Il veut assurer une plus grande visibilité de cet axe au niveau national : l’étude archéométrique des archéomatériaux inorganiques (métaux, verres, roches et céramiques) dans le cadre d’une approche combinant l’histoire des sciences et des techniques avec celle de l’économie.
Ce programme pluriannuel de formation réunit plusieurs équipes ou unités d’archéométrie : l’UMR 5060 Institut de Recherche sur les Archéomatériaux : Centre Ernest-Babelon (Université d’Orléans) - Laboratoire Métallurgie et Cultures et LRC CEA-Saclay (Université Technologique de Belfort-Montbéliard), l’UMR 6566 Archéosciences et Civilisations atlantiques (Université de Rennes 1) et l’UMR 6130 Centre d’études Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge (Université de Nice Sophia-Antipolis) (cf. infra).
2.2. Espaces de contact et lieux d’échanges : l’espace fluvio-littoral normand, de l’échelle régionale à l’échelle européenne
Les recherches archéologiques à Blainville-sur-Orne, coordonnées par C. Allinne, qui visent dans l’immédiat d’une part à vérifier l’existence d’un habitat groupé (hameau, petite agglomération) ; d’autre part à définir l’utilisation faite de la rivière. Les fouilles anciennes (1913, 1918, 2005) effectuées autour de la zone de fouille d’août 2008 témoignent d’une occupation dense sur les secteurs ouverts. Ceux-ci restent toutefois éloignés les uns des autres de plusieurs centaines de mètres. Cette vision fragmentée ne permet pas de préciser s’ils font partie d’une même agglomération ou s’ils forment un réseau de bâtiments dispersés. Quant à la vocation du site, plusieurs hypothèses sont pour le moment avancées et devront être tranchées. Il pourrait s’agir d’un hameau portuaire indépendant, servant d’escale ou de point de rupture de charge pour le transport de marchandises redistribuées à l’échelle locale. Dans ce cas, les questions des ressources de la population et du statut administratif de l’agglomération doivent être posées. Le site pourrait également correspondre au débouché portuaire d’un domaine agricole de type villa, installé sur les terres de la propriété et destiné à l’écoulement de ses productions. Enfin, une vocation non portuaire des aménagements du Dan et de ses rives doit aussi être envisagée : pêcherie, moulin ou encore roussoir.
Pour résoudre la question du lien éventuel entre les différentes zones de fouille, une prospection géophysique sur l’ensemble de la parcelle bordant le cours d’eau est envisagée. Une demande de subvention est déposée dans ce sens auprès du Ministère de la Culture, par le biais du Service Régional de l’Archéologie, et du Conseil Général, pour faire aboutir le projet dès le printemps 2009. En complément des informations que la prospection géophysique apportera sur la densité d’occupation du site, une campagne de relevé micro-topographique des 3 parcelles principales (environ 2 ha) sur lesquelles s’étendent les vestiges sera effectuée, à l’automne 2008 ou durant l’hiver 2009. Cette opération est destinée à spatialiser sur une carte récente et précise du modelé les différents points de découverte mis en évidence, en visualisant la pente réelle et le profil de la vallée du Dan. Enfin, la poursuite des fouilles débutées en 2008 sur la rive nord du Dan éclairera la question de la vocation économique du secteur bordant le cours d’eau antique. Un volet paléoenvironnemental sera adjoint à l’étude archéologique proprement dite pour définir l’état de la rivière dans l’Antiquité et comprendre les modalités de comblement et de déplacement de son lit depuis l’époque romaine.
Les recherches sur Blainville-sur-Orne sont engagées sur les deux prochaines années, à l’issue desquelles un bilan général des travaux sera proposé. La poursuite éventuelle de l’étude de ce site sera alors évaluée sur la base de la synthèse réalisée. L’enquête menée sur Blainville doit être comprise comme une étude de cas renseignant la thématique plus générale de la place dans la dynamique du peuplement local des sites implantés sur des voies d’eau secondaires, et de l’évolution de cette position dans le temps, en lien avec les mutations des environnements. Le passage nécessaire des observations effectuées à l’échelle micro-régionale à l’interprétation à l’échelle régionale sera assuré en développant des contacts avec des équipes engagées sur l’étude de plusieurs sites portuaires fluviaux, estuariens ou côtiers plus ou moins modestes de Gaule intérieure ou des littoraux atlantique, de la Manche et de la Mer du Nord (cf. PCR Quentovic). À plus long terme, des rapprochements sont envisagés avec des équipes étrangères, notamment belges, anglaises et hollandaises, qui travaillent sur des thématiques proches dans les deltas et estuaires des fleuves (Tamise, Rhin, Escaut, Meuse) et de leurs affluents (Sambre). Les recherches débutantes portant sur le site de Blainville-sur-Orne sont par ailleurs intégrées au PCR « Archéologie du paysage de la plaine de Caen », piloté par L. Lespez (UCBN, UFR Géographie, GeoPhen), au sein duquel C. Allinne est chargée pour l’année 2009 de dresser une synthèse de l’état des paysages et de leur exploitation à l’époque romaine, à partir du regroupement de données environnementales acquises sur et autour des sites archéologiques de la plaine de Caen.
Peuplement de la basse vallée de la Seine. À la fin de l’époque carolingienne, les sites d’échanges ont connu de profondes mutations, consécutives au rassemblement, plus ou moins forcé, de la population marchande dans les castella royaux, comtaux ou épiscopaux installés aux abords des estuaires. Liée à des stratégies de pouvoir, mais aussi au développement d’une nouvelle fiscalité en relation avec l’accroissement des dépenses militaires, cette recomposition du paysage économique apparaît comme un des éléments moteurs du processus qui allait aboutir dans le nord-ouest de l’Europe à la grande « renaissance urbaine » des Xe et XIe siècles. Le cas de Rouen, étudié par J. Le Maho, est ici exemplaire et est l’objet d’une étude sur « Rouen et la Basse Seine, de la cité carolingienne à la ville normande », dont la publication est prévue pour 2010. Cet exemple s’intègre plus globalement à une réflexion sur l’évolution des zones d’estuaire, engagée par l’équipe.
Collaboration à la Zone Atelier (CNRS), « La baie du Mont Saint-Michel et ses bassins versants », sous la responsabilité de J.-Cl. Lefeuvre et A. Radureau du laboratoire Sciences de la Vie et Environnement à Rennes 1. M. Casset est associée à ce programme dans lequel elle mène une recherche dans les archives (AD Manche, AD Ille-et-Vilaine, Archives Nationales) et une cartographie de la poldérisation médiévale dans la baie du Mont Saint-Michel à l’est et à l’ouest du Couesnon.
La maigreur des sources écrites médiévales peut être contournée par des dossiers des XVIIe et XVIIIe siècles (cartes et enquêtes). Les données fournies par les travaux sur la situation récente (fluctuations des surfaces en herbus, puissance destructrice des fleuves côtiers, dépôts sédimentaires) autorisent un travail régressif et la compréhension des phénomènes qui ont favorisé puis desservi les entreprises de poldérisation. L’évaluation des raisons de l’échec de la poldérisation à partir de la fin du XVe siècle passe par le dépistage et l’inventaire des aménagements des bassins versants (moulins, pêcheries, étangs, déforestation).
Ce travail s’effectuera avec la collaboration et l’assistance des Archives départementales de la Manche (repérage des dossiers méconnus, de microfilms et des dossiers numérisés du CARAN), du SRA-Caen (autorisations, travaux antérieurs …).
C’est à une autre échelle d’analyse que se situe la collaboration CRAHAM au Projet collectif « Quentovic, un port du haut Moyen Âge entre Ponthieu et Boulonnais » (L. Verslype, UCL, Belgique). La participation du CRAHAM continue à être sollicitée par le responsable du PCR, notamment pour l’étude des productions céramiques du haut Moyen Âge. Pour mieux connaître le site de Quentovic et ses relations économiques avec l’hinterland, plusieurs actions de recherche ont été et seront entreprises. L’une d’elles concerne l’exploitation des données issues des recherches préventives récentes et particulièrement l’analyse du mobilier céramique. Notre collaboration reposerait sur l’étude, à travers des sites localisés dans différentes zones géographiques, dont la vallée de la Canche et les espaces côtiers voisins, des céramiques endogènes et exogènes, sur la nature des activités artisanales, leur concentration, le mode de production, les réseaux d’échanges et leur évolution depuis la fin du IIIe siècle jusqu’à la période carolingienne voire au-delà. Un examen croisé des phénomènes de production et de consommation sur le littoral anglais est également envisagé. Ce projet implique également les numismates de notre équipe. Cette contribution converge par ailleurs vers l’une des problématiques qui sera examinée au sein du PPF « Caractérisation des matériaux… » que nous avons présenté plus haut et qui concernent les sites d’échanges qui ont connus de profondes mutations à la fin de l’époque carolingienne, consécutives au rassemblement, plus ou moins forcé, de la population marchande dans les castella installés aux abords des estuaires. À travers les études du monnayage carolingien, des verres médiévaux et de la céramique, les laboratoires de Rennes, Orléans et Caen travailleront pour étudier la recomposition du paysage économique qui va aboutir dans le nord-ouest de l’Europe à la renaissance urbaine des Xe-XIe s. Cette étude repose par exemple sur l’identification des productions régionales et de leurs diffusions par rapport aux produits importés en utilisant les sources archéologiques, archéométriques et écrites pour les périodes plus récentes. La question du transfert culturel des modes, de l’organisation ou des techniques de production dans l’espace fluvio-littoral normand sera comparée aux phénomènes observés dans les espaces voisins comme celui autour du port de Quentovic ou de la basse vallée de la Seine. À cette fin, L. Verslype (FNRS, UCLouvain, Belgique), responsable du PCR « Quentovic … » organisera une journée d’étude à Boulogne-sur-Mer dans le courant du premier semestre 2009, pour mettre en place une stratégie d’étude et de discrimination des centres de production situés dans l’hinterland de Quentovic et un programme de comparaison avec les zones littorales normandes.
De telles enquêtes pluridisciplinaires et collaboratives supposent le développement et la diffusion d’outils de recherche. C’est la fonction que l’on doit attribuer à deux bases de données élaborées au sein de notre laboratoire.
Base de données bibliographiques sur la céramique. La base de données bibliographique se compose de plus de 8000 articles et ouvrages concernant l’artisanat céramique, y compris l’archéométrie. L’intérêt de cette base est de permettre d’effectuer des recherches thématiques proches de l’exhaustivité grâce aux milliers de critères de recherche proposés (qui peuvent être croisés), constitués de mots-clés (plus de 5000), de lieux cités (environ 5300, utilisables en cascade ), de datations et de tous les autres paramètres classiques de la recherche bibliographique (auteurs, date de parution, mots des titres etc.). Cet outil, mis en place il y a environ dix ans et régulièrement mis à jour et enrichi, est consultable sur place par tous les chercheurs et étudiants. La faisabilité d’une mise en ligne bibliographique sera évaluée avec comme objectifs la récupération de la base de données et sa conversion en un format universel (XML ou MySQL).
Projet « Nummus ». Le projet « Nummus » vise à promouvoir la diffusion et la collaboration scientifique dans le domaine de la recherche numismatique et à la mise en place d’un outil accessible à la communauté de chercheurs. « Nummus » est une base de données qui comporte 8500 monnaies antiques et médiévales découvertes principalement en Normandie ; deux autres bases annexes dont une spécifique de la période mérovingienne permettent d’interroger près de 10 000 fiches. La base établie favorise certaines informations : l’identification, les éléments qui concernent le type monétaire (légendes et types, dénomination, date de fabrication et lieu d’émission, autorité, référence bibliographique) et les éléments qui concernent l’exemplaire lui-même (poids, axe, état de conservation). La provenance (commune, lieu-dit, opération de fouille) et le contexte archéologique sont particulièrement développés. L’originalité est de permettre de renseigner le contexte de la découverte (monnaie isolée, trésor monétaire, dépôt funéraire etc.), en ce sens il ne s’agit pas d’une simple collection de monnaies, mais véritablement d’un instrument de recherche sans autre équivalent en France. En effet il n’existe, à l’heure actuelle aucun fichier informatisé ni de base numismatique au Cabinet des Médailles.
Actuellement la base est utilisée à des fins d’analyse et de service pour l’identification des monnaies. Le projet vise à construire un outil permettant aux chercheurs et aux conservateurs de musées de participer à l’échange de données, à la mise en place d’un outil produit collaborativement et à une réflexion d’ensemble sur le signalement des découvertes monétaires. A terme, l’outil pourrait être couplé à un SIG permettant de cartographier immédiatement les découvertes numismatiques, la répartition géographique d’un même type monétaire, les associations des monnaies à d’autres types d’artefacts découverts en fouilles.


