Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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Des pots dans la tombe (IXe au XVIIIe siècle). Regards croisés sur une pratique funéraire en Europe de l'Ouest




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Réunion du vendredi 27 avril 2007

par Micael Allainguillaume - publié le , mis à jour le

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Présents : A. Alduc-Le Bagousse, A. Bocquet-Liénard, É. Broine, F. Carré, R. Colleter, M. Coussirat, G.-R. Delahaye, B. Fajal, V. Gallien, D. Jouneau, Y. Hamonou, V. Hincker, J.-Y. Langlois, C. Niel, C. Pilet, J. Pilet-Lemière, Y. Rose, P. Roussel.

Excusés : V. Brunet, G. Deshayes, F. Delahaye, J. Desloges, V. Gazeau, M. Guillon, C. Hanusse, C. Maneuvrier, É. Rivoire, C. Treffort.

Le début de cette vingt-deuxième séance était consacrée aux questions d’actualité et à l’établissement du calendrier des deux prochaines réunions pour l’année 2007, en fonction des divers colloques et tables rondes à venir. Les dates retenues sont les vendredi 14 septembre et 14 décembre (voir ordre du jour ci-dessous).

En introduction, Armelle Alduc-Le Bagousse dresse un rapide bilan, très satisfaisant, de la première table ronde du cinquantenaire du CRAHM Inhumations de prestige ou prestige de l’inhumation ? Expressions du pouvoir dans l’au-delà, qui a réuni 126 participants les 23 et 24 mars 2007 à l’université de Caen Basse-Normandie. Le thème retenu, favorisant une large approche pluridisciplinaire, avec des contributions associant ou croisant les apports de différentes sources documentaires, était très porteur et a suscité un grand intérêt, d’où la satisfaction d’accueillir des chercheurs de toutes appartenances institutionnelles et des étudiants de divers horizons universitaires, ainsi que plusieurs confrères étrangers, tant parmi les intervenants que parmi les participants. Quinze interventions orales et une communication affichée ont été présentées et discutées au cours de ces deux journées, clôturées par une synthèse à deux voix magistralement menée par Cécile Treffort (Université de Poitiers) et Michel Lauwers (Université de Nice). La publication des Actes est envisagée pour le 1er semestre 2008 dans la collection des Tables rondes du CRAHM. 

Rappel : Deux autres tables rondes, inscrites dans le cadre de la célébration du cinquantenaire du CRAHM, sont également programmées en 2007 :

  • 16-17 novembre : Provinces et identités provinciales dans l’Afrique romaine (Resp. : Yves Modéran et Claude Briand-Ponsard),
  • 7-8 décembre : À propo(t)s de l’usage, de la production et de la circulation des terres cuites dans l’Europe du Nord-Ouest (XIVe-XVIe s.) (Resp. Anne Bocquet-Liénard et Bruno Fajal).

La suite de la matinée était consacrée à trois interventions, de différentes natures, qui ont chacune donné lieu à des discussions très ouvertes.

Florence CARRÉ (conservateur SRA de Haute-Normandie) : Hypothèses pour la restitution d’une tombe exceptionnelle à Louviers (Eure).

Florence Carré présente un travail réalisé avec Frédérique Jimenez et Serge Le Maho (INRAP) : différentes hypothèses sont proposées pour le rendu graphique d’une tombe datée entre 490 et 530, mise au jour en 2000 au cours d’une intervention archéologique Rue des Mûriers par F. Jimenez (cf. présentation lors de la séance du 4 juin 2004). La tombe 118, située en bordure de l’espace fouillé, est un sarcophage calcaire taillé dans des blocs de réemploi provenant d’un monument antique. Il contenait les restes d’une jeune femme dont le squelette avait été quelque peu perturbé par un pillage intervenu au cours de la décomposition du corps. Malgré ces bouleversements, un riche mobilier a pu être recueilli, notamment des éléments de collier composé principalement de perles fines à dominante verte (plus trois perles en ambre), deux petites fibules cupelliformes de type anglo-saxon, des boucles d’oreille, une paire de fibules et une plaque boucle wisigothiques, deux bagues portées à l’annulaire gauche, un probable petit sac et son contenu, et un couteau.

Une étude a été menée par Antoinette Rast-Eicher (Archéotex) sur des fragments de textile pour essayer de restituer le vêtement de la défunte. Les hypothèses proposées pour la restitution du costume sont subordonnées à son usage : s’agit-il d’un vêtement destiné à être porté au quotidien ou conçu à des fins funéraires ? Plusieurs tissus ont été identifiés : une toile de chanvre ou lin de qualité moyenne collée à un riche samit de soie évoque une tunique doublée, portée à même la peau et fermée par la ceinture ; une autre étoffe de lin ou chanvre à lisière rouge, renforcée d’une bande de cuir au niveau de la fixation par les grosses fibules de type wisigothique, suggère un manteau utilisé comme linceul. À hauteur des jambes, des effets de contrainte ont révélé une probable enveloppe souple (bottes ou bandes molletières ?).

La reconstitution graphique de cette tombe 118 est en cours et sera intégrée dans la publication exhaustive des fouilles de Louviers, à paraître dans Suppléments à Gallia.

Rozenn COLLETER (INRAP Bretagne) : Étude anthropologique d’un échantillon d’une population carolingienne à Bréal-sous-Vitré (Ille-et-Vilaine) : tentative de rapprochement avec d’autres groupes de l’Europe du Nord-Ouest.

Le bourg de Bréal-sous-Vitré se situe aux marges de la Bretagne. Des fouilles préventives, sous la direction de Françoise Le Boulanger (INRAP Bretagne), ont été réalisées en 2003 sur une parcelle d’environ 250 m2, à 50 m au sud-ouest de l’église actuelle. La partie de cimetière exhumée regroupe 159 sépultures réparties en deux phases d’inhumations bien attestées. La plus précoce (fin du VIe - fin du XIe siècle) se matérialise par l’édification d’un bâtiment sur solin médiocrement conservé, dans lequel la majorité des défunts ont été retrouvés. Des coffres en plaques de schistes juxtaposées sont aménagés – seuls ou accolés par groupes de deux, trois ou plus – à l’intérieur de fosses rectangulaires. La plupart des cuves ont été réutilisées à plusieurs reprises (réduction ou superposition des corps). Un sarcophage en calcaire coquillier et des sépultures en pleine terre se rapportent également à cette période. À la fin du XIe siècle, préalablement à l’édification d’un nouveau bâtiment, un épais remblai de plaquettes de schiste est disposé au-dessus des sépultures, clôturant définitivement ce premier cimetière. La deuxième phase d’inhumation (XIVe - XVIIe siècles) correspond à l’extension maximale du cimetière paroissial entourant l’église actuelle, bâtie au XIe siècle. Les tombes ont une orientation différente, axée sur l’édifice religieux. Ce sont des inhumations en cercueil, sans mobilier funéraire.

L’étude anthropologique de l’échantillon exhumé, réalisée dans le cadre d’un Master 2 Recherche [1], montre un très net déséquilibre des sexes, avec un taux de masculinité global de 67 %. Cette inégalité est probablement en partie due à la fouille partielle et au nombre important d’indéterminés, toutefois une plus grande densité des sépultures masculines est observée à l’intérieur du bâtiment du haut Moyen Âge, présumant une sélection des inhumés. Pour la seconde phase, où l’édifice funéraire n’existe plus, il est possible que la surreprésentation des hommes soit un simple artéfact imputable à la situation périphérique de cette zone d’inhumation et à la très mauvaise conservation des ossements. Les schémas démographiques obtenus à partir des âges au décès ne correspondent pas non plus à ceux d’une population préjennérienne naturelle : un déficit de la classe d’âge 0-4 ans, peut-être lié à la fouille partielle du site ou à une sectorisation spécifique des inhumations des jeunes enfants, et une nette prépondérance des adultes d’âge mature par rapport aux classes jeunes ou âgées ont été constatés pour les deux phases sépulcrales.

Les analyses ostéométriques et morphoscopiques mettent en évidence un fort dimorphisme sexuel à l’intérieur de l’échantillon et permettent de bien différencier l’évolution morphologique entre les deux phases d’inhumation, même si l’ensemble reste globalement homogène. D’autre part, le rapprochement topographique de caractères discrets rares à fort déterminisme génétique (torus palatin, métopisme, fosse de Allen, épine sus-épitrochléenne) discrimine quelques sous-groupes archéologiques pertinents, correspondant vraisemblablement à des regroupements familiaux.
Afin d’essayer d’appréhender l’origine de ce groupe humain, des comparaisons ont été effectuées, au travers d’analyses statistiques multivariées (ACP, AFC), avec des populations synchrones du nord-ouest de l’Europe présentant des recrutements similaires – Cherbourg Notre-Dame (Manche, VIIe - XIe siècles), Saint-Urnel en Plomeur (Finistère, IXe - XIIe siècles), Cannington (Somerset, Angleterre, IIIe - VIIe siècles) – et un site de référence choisi à l’extérieur de la zone géographique et culturelle étudiée (l’Isle-Jourdain La Gravette, Gers, IXe - XIe siècles). Dans tous les cas, les individus de Bréal-sous-Vitré se démarquent nettement des autres populations, notamment par une robustesse plus faible, alors que les caractères discrets soulignent l’homogénéité de l’échantillon.

Plusieurs interprétations sont avancées pour expliquer les caractéristiques pédomorphes de cette population. Outre des erreurs d’échantillonnage liées à la fouille partielle du gisement ou des divergences inter-observateurs qui ne peuvent être exclues, des conditions environnementales (isolement géographique loin de toute voie de communication importante) couplées à un effet fondateur ont pu favoriser cette évolution endogame. L’installation à l’époque carolingienne d’un petit groupe de nouveaux arrivants, appartenant à une même communauté familiale, aurait engendré des effets de dérive génétique importants, aboutissant probablement à une consanguinité élevée. Même si ces hypothèses semblent confirmées par les sources historiques et cartographiques, seule une analyse ADN pourrait les valider.

David JOUNEAU (INRAP) : État des recherches archéologiques en cours sur le site du prieuré Saint-Crépin à Romilly-sur-Andelle (Eure).

Une nouvelle campagne archéologique est programmée de juillet 2006 à juillet 2007 sur une surface de 6000 m2 à l’emplacement des bâtiments de la ferme monastique bénédictine. Elle permet de mieux appréhender la chronologie de l’espace funéraire et des différents bâtiments. Contrairement aux observations faites sur les parties hautes, aucun vestige antique n’a été mis en évidence sur la zone explorée.

L’occupation funéraire débute à la charnière des VIe et VIIe siècles avec l’implantation au sud de la parcelle d’un vaste cimetière, développé sur plus de 3000 m2, organisé en rangées régulières. Par rapport au secteur fouillé précédemment (cf. présentation des fouilles antérieures avec M. Guillon lors de la séance du 19 mai 2006), la densité des tombes est surprenante, avec quatre à cinq niveaux de recoupements observés en stratigraphie. Les modes d’inhumations sont très divers : sarcophages en calcaire taillé réutilisés, sarcophages en plâtre, coffrages maçonnés, fosses aux bords plaqués de plâtre, contenants en bois, linceuls et pleine terre. Environ un tiers des tombes mérovingiennes ont livré du mobilier caractéristique (très nombreux dépôts céramiques, scramasaxes, fers de lance, plaques boucles, fibules…). La nécropole poursuit son expansion dans toutes les directions au moins jusqu’à la fin du XIe siècle. Il ne semble pas exister de sélection à l’inhumation : toutes les classes d’âges et les sexes y sont représentés, mais les tombes des enfants les plus jeunes sont concentrées auprès de l’édifice cultuel le long du mur gouttereau.

L’église primitive (VIIe - Xe siècles) a en effet été identifiée dans la partie nord, avec deux absides au nord et à l’est et une troisième plus tardive au sud, qui recoupe deux sarcophages en calcaire coquillier attribuables au VIIe siècle. Cette première église sera remplacée à la charnière des Xe et XIe siècles par un édifice de type préroman, doté d’une nef rectangulaire et d’une abside plus étroite mais plus profonde. Les maçonneries du mur gouttereau et du mur sud sont appareillées en opus spicatum. Vers la fin du XIe siècle, au moment de la fondation du prieuré Saint-Crépin, dépendant de l’abbaye bénédictine de Lyre, l’édifice perd sans doute sa fonction paroissiale et le cimetière est abandonné au profit de celui de l’actuelle église Saint-Georges. Au XIVe siècle, la construction de la ferme monastique transforme considérablement l’édifice : l’abside préromane est détruite, remplacée par un chevet plat et la nef est alors transformée en lieu de vie, avec l’installation d’une cheminée et d’un escalier desservant une cave. De nouveaux bâtiments sont accolés à l’ouest et à l’est, et la grange dîmière, actuellement toujours présente, est édifiée au nord. À la fin du XVe siècle, un bassin est aménagé et des cuisines sont construites au sud de l’ancienne église. Au XVIIe siècle, peu avant l’abandon de l’ensemble prieural, deux bâtiments circulaires à la fonction non identifiée sont encore ajoutés au sud, tandis que des apports de terre pour la construction d’une petite remise scellent définitivement le cimetière.


[1Rozenn COLLETER, 2006, Étude d’une population carolingienne aux marges de la Bretagne (Bréal-sous-Vitré, Ille-et-Vilaine), Mémoire de Master 2 Recherche « Anthropobiologie, délimitation génétique des populations humaines et santé », Université Paul Sabatier Toulouse III, 80 p.