Salitot, Anne
Directeur de thèse : Pierre Sineux - Codirecteur : Michèle Coltelloni-Trannoy
Titre de la thèse : La Maurétanie Césarienne à l’époque impériale : spécificités et identité d’une province africaine
Projet de thèse
« La Maurétanie Césarienne, plus voisine du couchant que du midi, ne veut pas même passer pour une région africaine. » Ce jugement de saint Augustin (Lettre 93, 8), au début du Ve siècle, résume une idée exprimée de nombreuses fois durant l’Antiquité : la Maurétanie Césarienne fut toujours perçue comme un monde à part, marqué de spécificités qui le différenciaient du reste de l’Afrique romaine. Notre objectif au cours de cette thèse sera de parvenir à cerner ces spécificités et à définir finalement ce qui faisait l’identité de cette province.
L’espace considéré correspond aujourd’hui à l’Algérie centrale et occidentale. Après avoir été indépendante, sous l’autorité de rois placés sous la tutelle de Rome, la Maurétanie fut annexée par l’Empire au début des années 40 après Jésus-Christ, et elle resta romaine jusqu’à l’invasion vandale. Toutes les sources anciennes présentent, du Ier au Ve siècle, une province caractérisée d’abord par sa proximité avec le monde barbare, omniprésent à ses frontières, mais aussi dans ses frontières. Même aux siècles d’apogée de la romanisation, ce phénomène ne disparut pas, et lui valut par exemple, au début du IVe siècle, une place à part dans la célèbre liste de Vérone. Elle fut, de fait, de toutes les régions d’Afrique celle qui connut le plus de « révoltes maures », notamment sous les Antonins, au IIIe siècle, et en 370-375 au temps de la « guerre de Firmus » (longuement évoquée par Ammien Marcellin.) Parallèlement, elle n’eut jamais une densité de cités comparable aux provinces orientales. D’autres spécificités pourraient encore être citées, qui ont été parfois évoquées : des institutions municipales qui ne sont pas attestées ailleurs (plusieurs dossiers épigraphiques l’attestent), des particularités religieuses païennes et onomastiques, une forme distinctive du mouvement donatiste…
Face à de telles singularités, les synthèses récentes sur l’Afrique la distinguent toujours du reste de l’Afrique romaine (Cl. Lepelley, Rome et l’intégration de l’Empire. Paris, 1998). Beaucoup n’hésitent pas même à parler à son propos d’un Far West africain, en lui associant ainsi implicitement l’image d’une terre de conquête, donc d’une province au fond inachevée.
Mais jusqu’à quel point ces considérations sont-elles justifiées ? Ne relèvent-elles pas notamment d’une vision stéréotypée de la romanisation, et d’une conception faussement monolithique de celle-ci ? Dans un premier temps, notre enquête aura pour but, en abordant chacun des grands dossiers, à partir de tous les types de sources disponibles (littéraires, épigraphiques, archéologiques) de préciser cette spécificité apparente du cas maurétanien, mais sous un angle original et précis : il ne s’agira pas en effet pour nous d’écrire une synthèse sur la province dans une logique monographique, mais à chaque fois de nous placer dans une perspective comparatiste.
Au terme de ces enquêtes, notre objectif final, en nous inscrivant dans un courant de recherches qui s’est dessiné récemment à propos d’autres régions (cf. le colloque de Wiener Neustadt en 2003 : Lokale Identitäten in Randgebienten des Römischen Reiches), sera d’essayer de mettre en valeur une identité provinciale maurétanienne et d’en analyser les perceptions et les représentations.


