Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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Abbaye Notre-Dame-du-Vœu

par Éric Broine - publié le , mis à jour le

Cherbourg-Octeville (Manche)

SONDAGES ARCHEOLOGIQUES DE 1994

A la demande des Monuments Historiques, une opération de sondages archéologiques a été organisée à l’abbaye Notre-Dame-du-Voeu à Cherbourg, du 15 juin au 14 août 1994. Cette opération s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme de mise en valeur du site et précède la poursuite des restaurations. Les trois archéologues contractuels de l’A.F.A.N. (Eric Broine, Manuel Lopez et Laurent Vipard) ont réalisé cinq sondages dans le cloître et l’église abbatiale.

Le résultat des découvertes a dépassé de loin toutes les espérances :
Au niveau du cloître, tout d’abord, les traces de l’édifice du bas Moyen Age ont pu être mises en évidence. Les trois sondages, pratiqués au niveau des galeries, ont permis de mettre au jour des sépultures qui suivent exactement l’organisation des axes de circulation. Il ne reste plus aucune trace des parties médiévales bâties et seules les fosses sépulcrales en négatif permettent de nous renseigner. On note une différence d’orientation de 10° vers l’Ouest des vestiges anciens, par comparaison aux bâtiments encore en élévation aujourd’hui.
Deux niveaux de sépultures, orientées selon un axe Est-Ouest (tête placée à l’Ouest) sont différenciables dans le cloître : dans les couches supérieures, des enfants inhumés en linceul, sont sus-jacents aux adultes inhumés en cercueil dans les fosses creusées jusque dans la roche schisteuse. Dans les quatre galeries du cloître, les fosses sépulcrales ont été utilisées à plusieurs reprises. Dans certains secteurs, il y a jusqu’à trois individus par tombe, le dernier occupant se trouvant en connexion anatomique et ses prédécesseurs en vrac plus ou moins rangé dans le remplissage de la fosse. Les céramiques archéologiquement complètes, découvertes dans les tombes d’adultes, datent des XIIIe et XIVe siècles. Les oules, cruches et chope font parties du rituel funéraire ; certains vases présentent un percement de la panse après cuisson.

Au niveau de l’église abbatiale, les vestiges s’échelonnent du XIIIe au XIXe siècle. Les piliers rectangulaires de la salle des malades, construite au XVIIIe siècle sur l’édifice religieux, rappellent l’affectation de ce lieu en tant que caserne militaire. Le seuil de la porte reliant l’église abbatiale au cloître, les bases circulaires d’un pilier de la nef et les fondations des murs du jubé témoignent de la période médiévale.
Des pavés de céramique, datés des XIIIe et XIVe siècles, comblaient la nef et le bras sud du transept. Certains étaient simplement décorés, d’autre représentaient les armoiries des grandes familles normandes du bas Moyen Age. Ils complètent ceux déjà découverts dans les abbayes normandes de fondation royale.
L’apogée des découvertes fut la mise au jour d’une plate-tombe complète dans la nef de l’église abbatiale, dans un étonnant état de conservation. Le motif représente un clerc tonsuré, revêtu des vêtements liturgiques du célébrant de la messe. Il est placé à l’intérieur d’un dais architectural. Des angelots maniant l’encensoir encadrent sa tête. Il tient un calice dans sa main gauche. L’inscription entourant la représentation précise que ce religieux était prêtre de Querqueville. Il est décédé dans les années 1280, en août, le jour de la saint Augustin (patron de l’ordre auquel il appartenait ! ).

Cette plate-tombe place Cherbourg au centre des découvertes archéologiques médiévales bas-normandes pour l’année 1994. Les résultats très encourageant plaident en faveur d’une opération archéologique de grande envergure sur l’ensemble du site, avant de laisser la place aux restaurateurs.

Eric Broine, le 30/09/94.

Plate-tombe en céramique du prêtre Guillaume

D.F.S 1994

Document pour consultation.
Exemplaires papiers accessibles au Service régional de l’archéologie de Basse-Normandie et à la bibliothèque du CRAHAM. 

DIAGNOSTIC ARCHEOLOGIQUE DU CHŒUR ET DU SANCTUAIRE DE L’EGLISE ABBATIALE

En octobre 2005, une campagne de diagnostic archéologique a été entreprise à l’emplacement du chœur et du sanctuaire de l’église abbatiale Notre-Dame-du-Vœu à Cherbourg-Octeville. Environ vingt-cinq structures ont été mises en évidence (murs, canalisations, égouts, fosses sépulcrales, aménagements liturgiques, dépotoirs). Le mobilier archéologique prélevé se réparti entre des éléments de terre cuite (vaisselle, pavés décorés, briques de construction, pipes), des ossements animaux (déchets de consommation alimentaire), des ossements humains (trois sépultures primaires dont une avec des traces de linceul, quelques os dispersés dans des remblais) et des éléments lapidaires (calcaire, schiste).

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Cellier et réfectoire restauré de l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu

Deux grandes étapes d’occupation des lieux ont été reconnues : l’une concerne l’ancienne abbaye, l’autre, l’établissement militaire de l’époque Contemporaine. Au centre du « pavillon carré » un tronçon de mur, orienté selon un axe nord-est/sud-ouest et correspondant à l’extrémité orientale de l’ancienne église abbatiale, a été mis au jour. Sa fondation, épaisse d’1,10 m, repose sur un remblai de schiste très compact formant terrasse. À l’intérieur de l’édifice (à l’ouest de ce mur) la construction d’un emmarchement d’autel, accolé au mur, a été mise en évidence ; quelques traces d’enduit subsistent. Quatre mètres plus à l’ouest, toujours dans le sanctuaire abbatial, un autre massif de pierres et de mortier, également parallèle au chevet plat, marque sans doute un réaménagement du sanctuaire : cette structure est interprétée comme la fondation du maître-autel avancé en direction du chœur. Il s’agit de vestiges importants de l’édifice médiéval (XIIe-XVe siècle) qui n’ont pas été détruits par les grands travaux réalisés sur le site à la fin de l’époque Moderne. À l’est du chevet, des fragments de verre plat, unis et des éléments de plomb indiquent l’existence d’une verrière dans le mur pignon du chevet, à l’aplomb de l’ancien maître-autel.

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Structures mises au jour dans le chœur de l’abbatiale

Dans le chœur, le sol de l’édifice religieux (dans ses différents états) est marqué, par endroits, par la présence d’un mortier de pose, recouvrant une couche de limon argileux (épaisse de 20 cm environ). À 1,30 m de profondeur, un individu inhumé dans l’axe central de l’abbatiale, a été fouillé dans le remblai de schiste. Les principaux os longs encore conservés étaient recouverts des fragments d’un tissu, probablement un linceul. À l’extérieur du chevet de l’église abbatiale, plusieurs inhumations ont été observées ; elles témoignent d’un cimetière dont les limites restent à reconnaître.

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Mur du chevet de l’abbatiale et soubassement du maître-autel

Enfin, la période contemporaine est marquée, à partir de la fin du XVIIIe siècle, par la construction du « pavillon carré » dont les fondations coupent partiellement les vestiges médiévaux et modernes. La grande profondeur des fondations est liée à l’élévation importante des murs. De plus, un système de canalisation, de mur de soutènement et d’égout demeure encore en parfait état de servir. Quelques dépotoirs attestent une présence militaire aux XVIIIe et XIXe siècles (éperon en fer, pipe en terre cuite).

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Fragment de linceul en tissu

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Sépulture avec coffrage en schiste, à l’est de l’abbatiale, coupée par des constructions contemporaines

En conclusion, le diagnostic archéologique de 2005 montre qu’il reste des éléments significatifs des vestiges médiévaux à découvrir à l’occasion d’une fouille plus exhaustive. La quantité et la qualité des vestiges reconnus à ce jour permettent d’espérer que des éléments importants à notre connaissance du site peuvent encore être mis au jour. Les vestiges archéologiques pourront compléter utilement les lacunes des sources écrites. Sépulture au linceul, en cours de fouille

Eric Broine, le 31/01/06.

Intervenants
Tableau des différents intervenants de l’opération de diagnostic archéologique
BSR 2005
Article paru dans le bilan scientifique régional 2005 du Service régional de l’archéologie de Basse-Normandie
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Plan des découvertes de l’opération de 2005

PROJETS ARCHÉOLOGIQUES

En liaison avec la ville de Cherbourg-Octville, propriétaire du site, avec la Direction régionale des affaires culturelles (Service régional de l’archéologie, Monuments Historiques) et en collaboration avec le laboratoire d’anthropologie physique du CRAHAM, il est envisagé une fouille exhaustive de l’église abbatiale et du cloître. Ce projet correspond à une réflexion engagée au sujet de l’étude des espaces funéraires. La reconnaissance de la conservation in situ des inhumations de la fin du Moyen Age a déjà été faite lors des opérations de sondages archéologiques. La poursuite de ces fouilles s’inscrit dans un axe de recherche sur les établissements monastiques normands soutenu par le Service Régional d’Archéologie de Basse-Normandie.

VALORISATIONS DES RECHERCHES

EXPOSITIONS

  • « De terre et de feu, céramiques anciennes du Cotentin, XIIIe-XIXe siècle », Cherbourg, Musée Thomas-Henry, du 27 juin au 3 novembre 1996.
  • « Philippe-le-Bel », Paris, Grand Palais, du 15 mars au 30 juin 1998.
  • « Nouvelles acquisitions du musée », Cherbourg, Musée Thomas Henry, du 1er juillet au 30 octobre 1998.
  • « Arts funéraires et décors de la vie- Normandie XIIe - XVIe siècle », Cherbourg, Musée Thomas Henry, du 5 juillet au 22 octobre 2003 (commissaire de l’exposition et catalogue de publication) .

COMMUNICATIONS

- Communication au colloque « matériau et construction en Normandie de la Préhistoire à nos jours », Saint-Lô, novembre 2000.
Présentation d’une communication intitulée « La terre cuite au service de la décoration des édifices cultuels du bas Moyen Âge. L’exemple des plates-tombes en céramiques de la Normandie occidentale (XIIIe-XIVe siècles) », Matériau et construction en Normandie du Moyen Âge à nos jours : actes du colloque organisé par la Société d’archéologie et d’histoire de la Manche (section de Saint-Lô), Saint-Lô, 24-25 novembre 2000, publiés par Gilles Désiré dit Gosset et Janjac Leroy, collection Études et documents, n°21, Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, Saint-Lô, 2004, p. 59-70.

- Communication au 132e congrés du CTHS.
Le 132e congrès national des sociétés historiques et scientifiques qui s’est tenu à Arles du 16 au 21 avril 2007 a eu pour thème « Images et imagerie ». Une communication (co-signée par Armelle Alduc-Le Bagousse et Eric Broine) y a été présentée sous le tiitre « une plate-tombe en céramique, image du XIIIe siècle ? ».

La plate-tombe et son individu

Résumé de la communication :

Les plates-tombes en céramique, produit caractéristique des arts du feu et du travail du potier en Normandie aux XIIIe et XIVe siècles, offrent aux archéologues une source graphique de premier choix. L’agencement de dalles incisées colorées recouvre et signale, au niveau du sol, l’emplacement de sépultures privilégiées (aspect social, localisation) dans les principaux lieux de culte normands.
La découverte de la plate-tombe du prêtre Guillaume (datée entre 1380 et 1389) dans l’abbatiale Notre-Dame-du-Vœu à Cherbourg et la fouille de l’individu reposant au fond de la fosse sépulcrale, complétée par l’étude anthropologique, nous livrent des éléments divers pour une analyse approfondie. Trois axes principaux seront abordés : l’image léguée à la postérité (son agencement, sa mise en scène codifiée, son message), les rapports de l’image avec le texte de l’épitaphe l’accompagnant et enfin la confrontation des renseignements livrés par le monument lui-même et ceux obtenus grâce à l’étude ostéologique.

Cette publication en ligne est accessible directement à l’adresse suivante :
http://cths.fr/ed/edition.php?id=5032

Eric Broine, le 19/12/08.

JOURNÉES DU PATRIMOINE :

  • 15 et 16 septembre 2001.
  • 22 septembre 2002 (visite-conférence).
  • 20 et 21 septembre 2003 (visites guidées de l’abbaye).
  • 16 septembre 2006 (participation à un bar des sciences à l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu. Le thème « Pierres précieuses ; comment préserver notre patrimoine ? »).
  • 15 septembre 2007 (conférence à l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu, sur le thème « Restitution virtuelle 3D »).

RESTITUTIONS VIRTUELLES

Deux étudiants en licence professionnelle à l’IUT de Cherbourg-Octeville, antenne de Saint-Lô, ont travaillé à des restitutions virtuelles en trois dimensions de l’église abbatiale, en lien avec le CRAHM. Une présentation publique de ce travail a été faite lors de la 24e édition des Journées européennes du patrimoine (15-16 septembre 2007), organisée sur le thème « Faisons vivre notre patrimoine ». Cela a été l’occasion de valoriser l’ensemble des métiers qui interviennent pour la connaissance, la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine. Le public a pu aller à la rencontre des domaines récents de haute technologie (informaticiens, géomaticiens, cartographes, …), échanger avec celles et ceux qui agissent quotidiennement en faveur du patrimoine et découvrir ces nouvelles filières de formation.

A l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu, il a été possible de découvrir en exclusivité les premières images du chantier de restitutions virtuelles 3D de l’église abbatiale. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication appliquées à l’histoire et à l’archéologie permettent de repousser les limites de notre approche des sites historiques. Imaginer ce que fut l’édifice par le passé reste une démarche abstraite ; le visualiser grâce à une modélisation virtuelle 3D permet d’avoir une approche plus « concrète ». C’est une immersion dans un autre monde, un voyage récrit à partir de nos connaissances actuelles. Il ne s’agit pas d’une réalisation aboutie, figeant à tout jamais ce que nous savons du passé. Au contraire, les images de synthèse présentées tiendront compte de la mise à jour de toutes nos sources et seront susceptibles d’évoluer au fur et à mesure de la poursuite des recherches (tant historiques qu’archéologiques).

Cette présentation a permis de poser un regard renouvelé sur le patrimoine. Ce fut aussi l’opportunité de découvrir un nouveau métier et de pouvoir échanger avec les étudiants (Nadège Carlier, Alexandre Leuwers) de l’IUT de Cherbourg-Manche, antenne de saint-Lô, venant d’acquérir leur Licence Profesionnelle Dévelppement et Protection du Patrimoine Culturel (LPD2PC). Toutes les étapes du travail, depuis la conception du projet jusqu’à la présentation vidéographique, ont été présentées.

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Vue aérienne de l’église abbatiale médiévale

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L’église abbatiale vue du nord-est

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L’église abbatiale vue du sud-est

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L’église abbatiale vue du sud-ouest

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Intérieur de l’église abbatiale

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L’église abbatiale transformée en hôpital militaire

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Salle des malades

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Salle des bains

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Escalier du pavillon carré

Crédit des illustrations : Eric Broine, Nadège Carlier, Alexandre Leuwers / CRAHM / 2007

SEMINAIRE VIRTUALIA

Le CIREVE (Centre Interdisciplinaire de Réalité Virtuelle) de l’Université de Caen Basse-Normandie est un service commun ayant pour mission la mise en œuvre de la politique de l’Université dans le domaine de la réalité virtuelle. Quatorze équipes de l’Université de Caen Basse-Normandie appartenant à des disciplines différentes sont associées au CIREVE, dont le CRAHAM. Le CIREVE organise, comme chaque année depuis 2006, un séminaire international intutilé VIRTUALIA réunissant des spécialistes de l’utilisation de la réalité virtuelle dans différentes disciplines pour montrer et promouvoir l’apport de cette technologie dans la recherche. Lors du séminaire VIRTUALIA 2008, une communication ayant pour titre « A la croisée de l’archéologie et de l’histoire : la restitution 3D de l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu à Cherbourg-Octeville » a été présentée. Elle est maintenant publiée sous forme électronique aux Presses Universitaires de Caen :

BROINE Eric, « A la croisée de l’archéologie et de l’histoire : la restitution 3D de l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu à Cherbourg-Octeville », Schedae (édition électronique), 2009, prépublication n°23, (fascicule n°3, p. 19-34).

et accessible à l’adresse suivante :
http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0232009.pdf

(3 restitutions virtuelles animées peuvent être visualisées en vidéos à la page 31).

Résumé

Désormais l’archéologue peut mettre en image ses découvertes ainsi que la lecture qu’il en fait. La restitution virtuelle 3D lui permet de rassembler dans un même document les sources archivistiques et archéologiques, d’accroître les connaissances, de tester de nouvelles hypothèses et de repousser les limites de l’interprétation. Cette communication présente un cas concret, comprenant le cadre du déroulement du travail, l’éventail des sources utilisées et les résultats obtenus.

Eric Broine, le 08/04/09.