Partenaires

Logo tutelle Logo tutelle Logo tutelle


Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Accueil du site >

Réunion du vendredi 19 mai 2006

Présents : A. Alduc-Le Bagousse, G. Carré, G.-R. Delahaye, J. Desloges, M. Faivre, V. Gallien, V. Gazeau, M. Guillon, C. Hanusse, L. Jean-Marie, D. Jouneau, J.-Y. Langlois, J. Le Maho, G. Marie, C. Niel, C. Pilet, J. Pilet-Lemière, A. Poirier, Y. Rose.

Excusés : A. Bocquet-Liénard, D. Jeanne, C. Lorren, C. Maneuvrier, P. Roussel, C. Treffort.

Quatre interventions étaient à l’ordre du jour de cette vingt et unième séance. Les deux premières étaient consacrées à l’exposition des premiers résultats de deux mémoires de Master1 en cours de réalisation au laboratoire pour 2005-2006, la troisième à la présentation des données anthropologiques des fouilles menées dans l’église abbatiale d’Ardenne à Saint-Germain-la-Blanche-Herbe (Calvados) en 1999 et la dernière à une brève information sur les fouilles en cours à Romilly-sur-Andelle (Eure).

Guillaume Marie : Analyse historique et anthropologique des cimetières paroissiaux Saint-Julien et Saint-Gilles de Caen.

Les paroisses Saint-Gilles et Saint-Julien de Caen, fondées respectivement aux xie et xiie siècles constituent deux des plus petites paroisses de la ville médiévale. Créée par Guillaume le Conquérant dans le but de desservir l’abbaye de la Trinité, la paroisse Saint-Gilles a pour vocation première d’accueillir les sépultures des pauvres. La paroisse Saint-Julien fut créée par la nécessité d’un meilleur encadrement des fidèles dans un contexte de développement urbain, accéléré par les mesures du duc de Normandie. Elle conservera cependant son caractère rural jusqu’à la totale destruction de l’édifice religieux en juillet 1944. Les fouilles entreprises à la fin des années 80 ont permis une meilleure approche des différentes phases d’occupation de ces deux églises. Pour le site de l’église Saint-Gilles, plusieurs campagnes ont été entreprises de 1986 à 1988 sous la direction de J.-Y. Marin et trois phases chronologiques ont pu être déterminées. La première (viiie-xe siècles) comporte quarante-huit sépultures. La deuxième, qui commence avec la construction d’une première église au xe siècle et perdure jusqu’au xve siècle, comprend vingt-cinq sépultures seulement. Au cours de la Guerre de Cent Ans, l’église romane est détruite en grande partie ; sa reconstruction correspond à la mise en place de la troisième phase d’inhumations (xve-xviiie siècles), comptant cent quatre-vingt-quinze sépultures. En 1780, le cimetière est abandonné. Pour le site de l’église Saint-Julien, aucune date de fondation précise ne peut être donnée ; elle est au minimum attestée au xiie siècle. Les fouilles de 1988-1990 effectuées par l’équipe archéologique du Musée de Normandie ont permis l’identification de trois phases d’occupation successives, avec un total de trois cent soixante-seize sépultures relevées à l’intérieur et autour de l’édifice roman. La première phase d’inhumations, datées du xiie au xve siècle, comprend cent vingt-six tombes. La seconde, qui a livré plus de deux cents sépultures entre la fin du xve siècle et 1785, voit l’agrandissement de l’édifice religieux et s’achève avec le transfert du cimetière vers celui des Quatre-Nations. La comparaison des individus exhumés de Saint-Julien avec ceux de Saint-Gilles devrait permettre une approche intéressante des populations de ces deux paroisses et apporter des éléments de réponses sur les conditions de vie quotidienne de leurs habitants.

Mathilde Faivre : L’abbaye d’Ardenne : étude historique et anthropologique des inhumations du chapitre et de la galerie est du cloître.

L’étude des inhumations de la salle du chapitre et de la galerie orientale du cloître de l’abbaye d’Ardenne, fondée en 1121 et consacrée en 1138, apporte des compléments d’informations à la fouille menée par Michel Vico et Pierre Lecomte de 1983 à 1986. Sur une soixantaine de sépultures mises au jour, une quarantaine ont pu être étudiées. La recherche entreprise dans le cadre de ce Master 1 s’appuie à la fois sur des éléments archéologiques, anthropologiques et historiques afin de cerner le statut, mais aussi l’identité des personnages ayant acquis droit de sépulture dans ces espaces sacrés. En effet, il s’avère, comme cela a pu être observé lors de la fouille d’autres salles capitulaires normandes (notamment à Boscherville) que l’inhumation d’ecclésiastiques, et plus particulièrement celles d’abbés, est clairement attestée à Ardenne. Toutefois certains textes (issus de la collection Mancel) indiquent que des laïcs y ont également été ensevelis dès le xiiie siècle et au moins jusqu’au xve siècle. Les premiers résultats anthropologiques indiquent une nette prédominance de sujets masculins très âgés, mais l’identification de huit femmes confirme l’existence de sépultures laïques. Les documents historiques témoignent de l’origine locale et « aristocratique » des défunts, ce qui va tout à fait dans le sens de certaines observations ostéologiques. La présence de ces individus, plus que l’emploi de plates-tombes marquant leur sépulture, démontre le caractère prestigieux de ces espaces funéraires.

Mark Guillon (Inrap Grand Ouest / Pacea - Umr 5199) : L’église abbatiale d’Ardenne : archéologie funéraire et anthropologie biologique. La campagne de fouille dans l’église abbatiale d’Ardenne a eu lieu d’octobre à mai 1999 (responsable d’opération : Marc Viré, Inrap) et environ deux tiers du sous-sol du monument ont pu être étudiés. Il est certain qu’une synthèse complète des données issues des diverses interventions menées dans l’abbaye depuis les années 50 reste à faire, mais l’étude par l’archéologie funéraire et l’anthropologie d’une communauté prémontrée du xiiie au xviiie siècle est d’un grand intérêt pour essayer de déterminer si d’autres membres conventuels ou des laïcs ont pu obtenir droit de sépulture dans l’église abbatiale. De plus, la fouille permet une analyse biologique de la population inhumée et évolue vers une paléoethnologie de la mort par la reconstitution des gestes mortuaires et la mise en évidence de la gestion des espaces funéraires. La question de la représentativité de cet échantillon doit être posée. Cent cinquante sépultures en place ont été fouillées, chacune contenant un défunt en position primaire. De nombreuses tombes ont également livré des ossements en position secondaire et trois ossuaires ont été fouillés, doublant ainsi le corpus de sujets. Les squelettes ayant depuis été réinhumés, le matériel biologique n’est désormais plus accessible. Après un exposé des méthodes et des outils de l’analyse taphonomique des sépultures et des premiers résultats de l’étude biologique, l’apport de ces travaux à la connaissance de l’abbatiale d’Ardenne a fait l’objet d’une présentation détaillée. La mise au jour de plusieurs niveaux sépulcraux a montré que les enterrements dans l’abbatiale ont duré un demi millénaire, du xiiie au xviiie siècle. L’église étant avant tout un lieu de prière et de vie, toute sa surface n’a pas été occupée de manière homogène par les tombes. La zone orientale, proche du chxur, fut un lieu privilégié d’inhumation, et ce depuis le Moyen Âge (nombreuses tombes médiévales à vases) jusqu’au xviiie siècle. La forte densité des sépultures est encore accentuée dans certains secteurs par la preuve de nombreux remaniements de tombes d’adultes, mais aussi de tombes d’enfants. C’est également le cas de la travée la plus proche du chxur, au sud de la chapelle Saint-Norbert, où les inhumations étaient serrées les unes contre les autres, sur quatre niveaux. Le centre de la nef fut moins densément utilisé, mais les bas-côtés et les zones proches du chxur ont accueilli des sépultures depuis le Moyen Âge, tandis que les parties proches du grand portail à l’ouest ont surtout été occupées à partir du xvie siècle. Dans le sous-sol, les mises au jour de terminus post quem (céramiques en place, vases funéraires percés avant ou après cuisson datés des xiiie-xive siècles) et de terminus ante quem (pierres tombales du xive au xviiie siècle prélevées dans l’église abbatiale) ont permis de caler la chronologie de certaines tombes, même si l’association entre les pierres tombales du xviiie siècle et l’identité des sujets inhumés a révélé qu’il n’y avait pas toujours concordance. Plusieurs fosses comportaient du matériel peu courant sans doute en raison des bonnes conditions de conservation du sous-sol (épingles à linceul, cheveux, tissu, fragments de bure monastiquex). La grande variété des modes de dépôts et des gestes mortuaires reconnus dans l’abbatiale est surprenante, car les défunts appartenant au même groupe social et étant enterrés dans un lieu unique une certaine homogénéité des modes d’inhumation était a priori attendue. Des cercueils cloutés, des coffres sans clous, un cercueil de plomb lui-même placé dans un coffre de bois et des dépôts en pleine terre ont ainsi été observés, de même que deux déplacements d’os secs avec réinhumation, l’un dans un vase, l’autre en pleine terre. De nombreux vestiges de bois ont été identifiés et une chrono-typologie des cercueils, majoritaires pour la période la plus ancienne, a pu être effectuée selon les modes d’assemblage des planches latérales avec le fond de cercueil. Si la couverture est toujours difficile à déterminer en raison de l’existence d’espaces vides sous-jacents, de nombreuses informations sur les planches occidentales et orientales, sur les fonds et les parois latérales des cercueils ont pu être recueillies. De plus, de nombreux clous ont été prélevés et la position de traverses de bois présentes sous les corps au niveau des épaules et des chevilles a été relevée. Les ossements sont nettement moins bien conservés, sans doute en raison des interactions chimiques engendrées par les jus de décomposition des cadavres et la nature et l’essence des bois employés. Environ trois cents squelettes d’adultes ont été mis au jour, la plupart attribuables à des sujets âgés, voire très âgés. L’analyse biologique a permis d’identifier cinquante-huit hommes et quatorze femmes, plutôt âgés, à l’intérieur de l’édifice, et huit hommes pour deux femmes, jeunes ou matures, à l’extérieur. Une seule sépulture d’enfant a été observée en place, mais une dizaine de vestiges de tombes d’immatures (du nouveau-né à terme à l’adolescent) ont également été mises en évidence. Les atteintes pathologiques sont essentiellement liées à la vieillesse des défunts (phénomènes inflammatoires sur le rachis et les articulations, affections dentaires sévères). Peu de fractures et quelques pathologies d’origine génétique comme la dysplasie congénitale de la hanche ont été notés.

David Jouneau (Inrap) et Mark Guillon : Présentation des fouilles en cours du cimetière et du prieuré de Romilly-sur Andelle (Eure).

Le projet de recherche développé pour l’étude de ce site localisé au sud de Rouen a rapidement été présenté, la fouille à venir étant prévue sur une période de 18 mois. La durée d’occupation s’étend de la protohistoire à l’époque Moderne, et si le cimetière du haut Moyen Âge, estimé entre cinq cents et huit cents tombes environ, sera fouillé exhaustivement, par contre le secteur rattaché à la période protohistorique ne fera l’objet d’aucune intervention archéologique. Des traces d’une occupation du vie siècle ont été repérées. Au viie siècle, le cimetière aurait été longé par des habitations sur le côté sud (des silos et des trous de poteaux ont été identifiés). Au viiie siècle, l’extension du cimetière semblerait se structurer : un bâtiment sur poteaux semi enterré de 25 m2 a été relevé. Un autre bâtiment marque la limite méridionale de la zone sépulcrale, mais aucune sépulture n’est installée à l’intérieur. L’extension occidentale du cimetière recoupe étroitement l’habitat voisin, posant de nombreuses questions sur les relations entre l’espace des vivants et celui des morts. La nécropole semble avoir été utilisé du viiie au xie siècle, terminus ad quem fourni par des sources textuelles qui mentionnent le don de terres par Guillaume Fitz Osbern. Dans le dernier quart du xie siècle, la construction du prieuré Saint-Crépin marque l’abandon de la zone funéraire, recouverte par un apport de terre. Une église paroissiale est alors construite et un nouveau cimetière vraisemblablement installé autour. Les sépultures actuellement fouillées sont attribuables à des sujets adultes (hommes et femmes) et à des enfants en nombre équivalent, mais aucune tombe de sujets décédés en période périnatale ou de tout jeune enfant de moins d’un an n’a été observée. Deux sépultures doubles dans lesquelles ont été déposés simultanément une femme adulte et un enfant, ont été mises au jour. Un protocole de prélèvement systématique d’os humains (trois échantillons par sujet) en vue d’une éventuelle analyse paléogénétique a été mis en place à titre expérimental. Ils sont stockés et congelés pour pouvoir effectuer ultérieurement des extractions d’ADN (mitochondrial et nucléaire). Cette démarche vise également à constituer une méthodologie de prélèvement en contexte archéologique afin de vérifier s’il existe ou non une pollution due au fouilleur au moment des relevés de terrain.