22e réunion du groupe du travail Inhumation en contextes religieux
Vendredi 1er décembre 2006 à 14h au CRAHM, salle de réunion de l’UFR d’histoire (SB 145, 1er étage).
Après l’habituel tour des questions d’actualité et l’établissement du calendrier des séances pour 2007, deux interventions sont à l’ordre du jour :
Étienne Louis (conservateur du patrimoine, Communauté d’Agglomération du Douaisis) : Archéologie d’une grande collégiale urbaine du Nord de la France : Saint-Amé de Douai, Xe -XVIIIe siècles.
Née à la fin de l’époque carolingienne, Douai est au Moyen Âge l’une des principales villes de Flandre. L’actuelle place Saint-Amé tire son nom de la présence d’une collégiale, premier lieu de culte de la ville. En 2004-2005, une fouille préventive de 2500 m2 y a été menée. Les vestiges des églises successives ont été reconnus et plus de mille soixante-cinq sépultures étudiées.
La première église, longue d’une trentaine de mètres, est érigée vers 950 par le comte de Flandre Arnoul Ier, à l’emplacement d’un quartier d’habitation antérieur. Une série de tombes anthropomorphes, avec logette céphalique, réparties le long des murs extérieurs et sous le parvis, lui est associée. Au xie siècle, un nouvel édifice est reconstruit. La nef primitive est allongée vers l’ouest. La superficie du chxur est plus que quintuplée et accueille désormais deux grandes chapelles latérales et de vastes cryptes aux aménagements sophistiqués. De nombreux nouveau-nés et de très jeunes enfants sont inhumés autour du chevet. Un ecclésiastique a été enterré dans la nef, vêtu d’une chasuble brodée d’or. D’autres tombes sont installées dans la salle capitulaire, au sud de l’église et surtout dans le cloître des chanoines, côté nord.
En 1190 commence la construction du chxur gothique. Les cryptes sont comblées. Une chapelle carrée axiale est installée entre deux grands contreforts extérieurs. La nef à colonnes est édifiée plus tard, au milieu du xiiie siècle. Des chapelles latérales sont ajoutées progressivement. Les tombes se multiplient à l’intérieur et autour de l’édifice. La plupart des cercueils sont déposés dans de vastes et profondes fosses. Quelques personnages privilégiés se font enterrer dans de grands caveaux maçonnés de grès. Plusieurs ecclésiastiques sont accompagnés par un calice ou des burettes en étain. Des restes de pierres tombales montrent également la présence de laïcs de haut rang. Les paroissiens « ordinaires » sont quant à eux enterrés à l’extérieur de l’église. Les défunts sont inhumés nus ou en chemise dans des linceuls et déposés dans d’étroits cercueils. Au xvie siècle, autour du chevet, un mur de briques matérialise et sépare désormais clairement voirie et espace funéraire. L’entassement des corps devient extrême dans cet étroit périmètre. En 1686, le chevet gothique est abattu et un nouveau chxur, beaucoup plus vaste, est édifié. Il recouvre l’ancien cimetière paroissial, transféré à l’emplacement du cloître nord, démoli. Le transept, la nef et les chapelles latérales sont envahis par plusieurs centaines de caveaux funéraires couverts en briques. Les corps sont ensevelis dans un drap fermé par des épingles en laiton et déposés dans un étroit cercueil en bois. En 1798, l’église est démolie pour laisser la place à un marché.
Gildas Salaün (responsable du médaillier, Musée départemental Dobrée, Loire-Atlantique) : Les jetons : instruments comptables au service des institutions religieuses. À partir d’exemples concrets provenant des collections du Musée départemental Dobrée à Nantes, les différents usages des jetons pour la comptabilité des chapitres cathédraux et des abbayes seront évoqués. Ces petits objets, fréquemment retrouvés dans les fouilles d’édifices collégiaux, étaient indispensables pour le calcul des opérations comptables officielles et servaient également à la distribution des revenus des chanoines (qui étaient payés à proportion de leur assiduité aux offices …), mais aussi aux aumônes. Tous les membres du CRAHM et tous les chercheurs concernés par ce thème sont cordialement invités à se joindre à nous.


