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Responsables : Philippe Fleury et Olivier Desbordes Philippe Fleury : Avant-propos
Jean-Pierre Adam : La première ville nouvelle de l’Histoire : une capitale pour l’Éternité
Vers 2700 avant J.-C., le roi Djeser, souverain d’une Égypte unifiée, fait élever sur le plateau désertique dominant à l’ouest sa capitale Memphis, un simulacre de cette ville, sur lequel il va régner pour l’Éternité. Imhotep, architecte du roi, imagine, pour la première fois de l’Histoire, de bâtir cette cité éternelle, non plus en briques crues, matériau humble et périssable, mais en pierres finement taillées et assemblées, et au centre de laquelle va se dresser le tombeau royal, qu’il voudra signal perceptible sur l’horizon par toutes les générations. Le défi étonnant lancé par Djeser fut un aboutissement et un triomphe sur le temps, puisque aujourd’hui, après 4700 ans, la Memphis d’Éternité demeure le complexe funéraire le plus vaste et le plus monumental, au sens étymologique du terme, qu’un roi ait jamais élevé. Or, cette réalisation hors du commun constitue à la fois le premier ensemble architectural de pierre, géométriquement conçu et discipliné de l’humanité, mais aussi la première « ville nouvelle » qui fut jamais imaginée. Une ville dont le paradoxe inouï est qu’elle ne fut conçue que pour des morts. The first new town in History : a capital for Eternity Jean-Luc Bastien : Les temples votifs de la Rome républicaine : monumentalisation et célébration
des cérémonies du triomphe
Pendant les trois derniers siècles de la République, la construction de temples votifs a été un des modes privilégiés de commémoration des triomphateurs. Il semble d’ailleurs exister un lien entre l’aptitude à triompher et celle à assurer le processus de construction d’un temple votif. Un général n’ayant pu accéder au triomphe se voit pratiquement privé de la possibilité d’assurer son processus votif. La construction d’un temple constitue un des principaux supports de mémoire pour les triomphateurs. Cette problématique est abordée ici à partir de l’étude du calendrier et notamment des corrélations existantes entre les dies natalis des temples et les dates des cérémonies triomphales. The votive temples of republican Rome : the monumental character and celebration of the triumph Stéphane Benoist : Les processions dans la cité : de la mise en scène de l’espace urbain
L’identité politique et religieuse de Rome s’affirme par l’expression ordonnée et en mouvement d’une société parcourant un espace défini partagé entre hommes et dieux. Témoignages littéraires, épigraphiques, numismatiques et iconographiques illustrent cette représentation consciente d’une ciuitas, en tant qu’espace et communauté.
Processions within the city : from staging to the urban space Dominique Briquel : Rome comme ville étrusque
Même si les récentes découvertes d’A. Carandini sur le Palatin montrent que la Rome du VIIIe siècle apparaissait déjà comme une véritable ville, beaucoup d’historiens soutiennent toujours l’idée que Rome est, en tant que ville, une création de l’époque des rois étrusques, et que cette influence étrusque a fait passer l’Vrbs du stade d’un conglomérat de villages à celui d’une cité. Cette conception de Rome trouverait un appui dans la littérature antique, puisque Denys d’Halicarnasse se réfère à des historiens grecs pour lesquels Rome était une polis Tyrrhènis. Mais un examen de la tradition littéraire conduit à relativiser cette perception. Chez Denys, cette définition de l’Vrbs est tributaire d’une représentation archaïque de l’Italie en deux parties : au sud, la partie touchée par la colonisation grecque ; au nord, celle restée indépendante, qui avait reçu la dénomination de « Tyrrhénie » d’après le nom du peuple indigène le plus important. Les auteurs latins n’ont pas davantage mis en relief le caractère étrusque de Rome. Certes la tradition souligne à l’envi certains apports étrusques ; mais il s’agit de points particuliers, qui n’impliquent pas la présence d’éléments de population toscans dans l’Vrbs. Ils ont parfois donné lieu à une entreprise de « désétrusquisation », visant à minimiser la dette des Romains envers leurs voisins du nord ; ils sont à ce titre un des points du débat important qui s’est fait jour sur ce thème à la fin de la République et à la période augustéenne. Mais si l’apport des Étrusques est admis sur certains points, le Romain ne reconnaît guère sa dette envers le monde étrusque : la tradition ne fait état que d’apports humains réduits, liés à certains groupes socioprofessionnels. Les influences artistiques ou linguistiques sont très peu soulignées ; l’idée d’une introduction de l’écriture par les Étrusques est occultée. Ce qui transparaît dans les textes, c’est principalement l’idée d’apports humains, linguistiques, culturels à partir du monde grec – au point que certains apports étrusques sont rapportés à la Grèce. La tradition littéraire latine est tributaire d’une vision qui ne pose le monde romain que par rapport au modèle grec : elle se ressent d’une situation où l’importance ancienne de l’Étrurie ne venait plus à la conscience des Romains.
Rome as an Etruscan city
Jacqueline Champeaux : Images célestes de Rome : la Ville et ses incarnations divines
La puissance temporelle de Rome s’est incarnée successivement en plusieurs figures divines qui, plus que les protectrices célestes de la Ville, sont ses incarnations surnaturelles. Celle que nous appelons la Dea Roma est en fait d’origine grecque (apparue au IIIe siècle), et sa figure symbolique ne s’est imposée que lentement dans le monnayage et l’idéologie de la République. Au temps d’Auguste, une nouvelle entité, une Fortuna Vrbis, qu’il conviendra de définir plus précisément, n’est pas parvenue à s’imposer de façon durable. C’est dans ses associations impériales, d’abord, sous Auguste, à la divinité du Prince, puis, sous Hadrien, à Vénus, mère de la nation romaine, que Roma, désormais titulaire d’un temple, accédera pleinement au statut divin. À travers ces alliances successives s’affirme l’image idéale que Rome Éternelle entend donner d’elle-même à ses citoyens et au monde. The staging of the Augustinian re-foundation of Rome in the “Room of the Masks” in the house of Augustus in the Palatine Laurence Chevillat : La mise en scène de la refondation augustéenne de Rome dans la « Salle des Masques » de la maison d’Auguste au Palatin
La « Salle des Masques » fait partie des quartiers privés de la demeure palatine d’Auguste. Son décor, qui date des années 36-28 avant J.-C., est centré sur le « paysage au bétyle ». Sur ce paysage, l’association du bétyle apollinien avec le javelot romuléen et la Roma quadrata augustéenne, identifiée par A. Carandini, symbolise la refondation augustéenne de Rome sous les auspices d’Apollon. Par son allusion à la fondation de Rome par Romulus, cette nouvelle fondation de Rome est présentée comme un retour à la tradition, souligné par le dialogue instauré entre le paysage au bétyle et les autres paysages de la pièce, évocation de sanctuaires rustiques. Cependant, si ce décor fait d’Octave-Auguste un nouveau Romulus, les relations qu’il est possible de déceler entre toutes les parties de la fresque, des pinakes jusqu’au moindre détail, présentent Auguste comme l’héritier politique de César, à travers l’avènement d’un nouvel Alexandre. L’inscription du « paysage au bétyle » dans la transposition peinte d’une frons scaenae dévoilerait la mise en scène, au sens propre, de la prise du pouvoir par Auguste et la construction d’une nouvelle Rome. The staging of the Augustinian re-foundation of Rome in the “Room of the Masks” in the house of Augustus in the Palatine Élizabeth Deniaux : Les tempêtes et la vie politique : recherches sur l’imaginaire des Romains
de la fin de la République
La mer a toujours suscité chez les Romains des sentiments de crainte, transmis par les textes littéraires qui utilisent de multiples comparaisons maritimes. Les métaphores qui assimilent les troubles de la vie politique aux tempêtes permettent de cerner les contours de cette peur à la fin de la République. L’homme politique doit apprendre à les subir et à les affronter. À l’époque des guerres civiles, nos sources mettent l’accent sur la Fortune des grands hommes qui savent affronter aussi bien les dangers de la mer que ceux de la politique. L’histoire de César et de sa Fortuna en est l’exemple le plus extraordinaire. Storms and politics : research on the imagination of the Romans at the end of the Republic Christine Dumas-Reungoat : La dimension symbolique de Babylone et du lien qui unit le roi à sa ville d’après l’Enuma eliš, Marduk, Créateur du monde et le Poème d’Erra
Dans les mythes cosmogoniques de Mésopotamie, les villes occupent une place de tout premier ordre, faisant partie des toutes premières choses créées. C’est le cas, entre autres, de Babylone. Les dieux y élisent domicile, et ainsi s’élabore dans les textes mythologiques l’image d’une « ville sainte », que les auteurs grecs, admiratifs de la ville historique, n’ont pas vraiment saisie. Babylone, dans ces textes, est le centre de l’univers parce que Marduk, son roi, est également le roi des dieux et de l’univers. Or, comme le raconte le Poème d’Erra, quand le dieu de la guerre, Erra, dans sa folie belliqueuse, cherche à détruire l’univers, il lui faut chasser Marduk de Babylone, car c’est la présence du dieu dans sa statue, abritée dans son temple, qui préserve la bonne marche du monde. L’auteur du texte, en transposant fort probablement plusieurs données historiques au plan mythique pour montrer comment Erra – se substituant au roi – parvient à détruire, en particulier, les habitants de Babylone et la ville elle-même, met en évidence les deux dimensions de la ville, « ville sainte » et ville historique, ainsi que le lien consubstantiel qui unit le roi à sa ville – et symboliquement – le dieu à l’univers.
The symbolic dimension of the link that connected the king to his city,according to the Enuma elis, Marduk, Creator of the World ant the Poem of Erra Caroline Février : Ponere lectos, deos exponere. Le lectisterne, une image du panthéon romain ?
La cérémonie du lectisterne, qui consistait à convier les dieux à un banquet solennel dans le but de les apaiser, est sans doute l’un des rites expiatoires les plus spectaculaires de la religion romaine. Apparu au début du IVe siècle, à l’instigation des décemvirs sacris faciundis, responsables à Rome des cultes étrangers, le lectisterne s’impose comme une pratique rituelle innovante, dont le caractère grec ne semble guère contestable : inspiré des rites de convivialité de la Grèce, le festin sacré réunit, au centre de l’Vrbs, des divinités anthropomorphes qui, exceptionnellement, se « donnent à voir » aux hommes. Image ou mise en scène d’un sacrifice grandiose, le lectisterne évoluera néanmoins au cours de sa brève existence pour devenir un rite d’expiation global et, de ce fait, presque infaillible. En conviant les douze grands dieux d’une religion hellénisée, Rome se conciliait, à travers eux, le panthéon tout entier. Ponere lectos, deos exponere. The lectistern, an image of the Roman pantheon ? Jean-Claude Golvin : À propos de la restitution de l’image de Puteoli. Correspondances,ancrage,
convergences
Parmi les exemples susceptibles de permettre d’énoncer clairement de nouvelles règles d’exploitation des images anciennes, le cas de Pouzzoles était particulièrement intéressant. Il permettait l’exploitation d’une série de dessins sur verre très connus de façon beaucoup plus poussée que jusqu’à présent, de la célèbre peinture de Stabies représentant un port, de dessins anciens du port et de la grande jetée et de toutes les données archéologiques connues publiées par P. Sommella et par la suite. La synthèse de toutes ces données a permis d’aboutir à une image cohérente et évocatrice de ce grand port de l’Antiquité où figurent tous les édifices connus encore visibles (amphithéâtre, marché, thermes et ceux dont la position et l’image ont pu être restituées). Les notions de correspondance (occurrence du même élément dans deux images), de convergence (présence d’un élément dans des documents de nature très différente) et d’ancrage (présence dans une image d’un élément dont l’existence est connue par des indices matériels) ont été définies. About the image of Puteoli : correspondences, roots, convergences Jean-Pierre Guilhembet et Angeline Fallou : Sedvm regionvm locorvm nomina (Cicéron). La Rome antique à travers ses toponymes : les vici
L’analyse de la toponymie urbaine est bien souvent négligée par les toponymistes : elle ne manque pourtant pas d’intérêt pour l’histoire urbaine, est-il besoin de le rappeler. Dans le cas de la Rome antique, le corpus disponible n’a que rarement fait l’objet de remarques d’ensemble, alors que les études monographiques, souvent passionnantes, abondent. Les noms de uici constituant une part prépondérante (près du quart) des toponymes (au sens strict du terme) de l’Vrbs parvenus à notre connaissance, il est légitime de leur accorder une attention particulière, d’autant plus que ne peut manquer de se poser à leur sujet la question récurrente de leur classement comme odonymes et / ou microtoponymes. Après une présentation succincte des orientations et des difficultés de l’approche toponymique, il s’agira, dans les limites fixées par la documentation, de proposer quelques observations sur ce corpus, à partir des problématiques classiques de la toponymie urbaine : typologie, origines, strates, enjeux… Sedum regionum locorum nomina (Cicéron). The vici : antique Rome through its place names Corinne Jouanno : Rome vue de la Grèce : l’exemple d’Épictète
Épictète a vécu longtemps à Rome, où il fut esclave d’Épaphrodite, l’affranchi de Néron, puis professeur de philosophie, avant d’être frappé par le décret d’expulsion de Domitien. Or la ville de Rome occupe une place importante dans la géographie imaginaire des Entretiens, où elle constitue, avec Athènes et Gyaros, un triangle symbolique : elle incarne le lieu du pouvoir, des plaisirs, des affaires, et constitue un pôle attractif pour le profane, mais dangereux pour le philosophe, à l’inverse d’Athènes, ville d’études, et de Gyaros, terre d’exil. Raisons biographiques et philosophiques se conjuguent pour expliquer le caractère négatif de cette image de Rome, fortement influencée par le souvenir des années noires du règne de Néron et de Domitien, et par ailleurs victime d’une entreprise systématique de dépréciation du pouvoir temporel. The example of Epictetus : Rome seen from Greece Marie-José Kardos : L’Vrbs dans les Satires de Juvénal
Juvénal assure avoir trouvé l’inspiration de ses Satires dans les rues de Rome, et ses pages les plus célèbres en décrivent avec beaucoup de verve les embarras et les dangers, de jour comme de nuit. De sa vision pessimiste d’une réalité contemporaine à laquelle il oppose des temps anciens idéalisés découle l’image négative qu’il offre de l’Vrbs dans son oeuvre, contrairement à d’autres écrivains de sa génération. Le Cirque, où la foule se déchaîne, les forums, où l’argent règne en maître, au mépris du droit et du mérite, les temples, négligés ou souillés par la débauche, édifices publics et monuments sont les témoins de la corruption générale ; l’évocation des statues des triomphateurs, le rappel du sauvetage du Palladium lors de l’incendie du temple de Vesta font ressortir la décadence morale du temps par comparaison avec la vertu des ancêtres, tandis que les références à l’Asylum du Capitole ou à l’Ara Maxima du forum Boarium illustrent la déchéance des Romains en général et de certaines grandes familles en particulier. C’est aux quartiers d’habitation du nord-est de la Ville que Juvénal s’intéresse le plus : Subure et son effervescence, les tranquilles Esquilies et le Viminal envahis par les Orientaux ; à propos de ces quartiers, aux détails pittoresques donnés sur l’Agger, domaine des saltimbanques et des charlatans, s’ajoutent des allusions à l’époque où Hannibal menaçait la Ville. Cependant la nostalgie du passé s’exprime surtout dans la description de la « Vallée d’Égérie » près de la Porte Capène, dont la source n’a plus rien de naturel, comme dans le nom d’Ouile donné aux Saepta, dont les commerces de luxe voisinent désormais avec le sanctuaire d’Isis, et celui de « Champ de Tarquin », désignant le Campus qui, dans cette Rome dégénérée, a perdu tout caractère « martial ». The Vrbs in the Satires of Juvenal Françoise Lecocq : Les premières maquettes de Rome. L’exemple des modèles réduits en liège de Carl et Georg May dans les collections européennes aux XVIIIe-XIXe siècles
Inspirée de la technique traditionnelle des crèches de Noël napolitaines en liège, la « phelloplastique » est mise au service des voyageurs du Grand Tour, des collectionneurs d’antiquités et de grands architectes, comme Louis-François Cassas ou Sir John Soane, pour fabriquer des maquettes des ruines antiques d’Italie à l’époque de la redécouverte archéologique de Paestum, de Pompéi et de Rome. Des artistes italiens comme Augusto Rosa, Giovanni Altieri, Antonio Chichi, les exportent dans les diverses cours et capitales d’Europe, de Londres et Stockholm à Saint-Pétersbourg, avant d’être concurrencés en Allemagne par Carl May, pâtissier de la Cour de Ludwig Ier de Bavière à Aschaffenburg. Son oeuvre, mécénée par le souverain et poursuivie par son fils Georg, constitue la plus importante collection au monde de maquettes de monuments romains en liège, avec une cinquantaine de pièces, dont un Colisée de 3 mètres de long. Outre leur statut d’objets d’art, elles constituent, de par leur rigueur scientifique, un précieux témoignage en trois dimensions sur la Rome contemporaine, complémentaire des gravures de Piranèse ou des tableaux de Giovanni Panini et Hubert Robert. La collection a été récemment restaurée et remise en valeur. The first models of Rome. The example of cork models made by Carl and Georg May in the European collections in the XVIIIth and XIXth centuries Anna-Maria Liberati : L’evoluzione urbanistica di Roma dall’età arcaica al tardo impero attraverso il diritto e le sue fonti. Alcuni esempi
Après avoir illustré la représentation de Rome à l’époque impériale par l’examen de la grande maquette de la Rome antique conservée au Musée de la Civilisation de Rome, lors du colloque « Rome An 2000. Ville, maquette et modèle virtuel », A.M. Liberati cherche maintenant à approfondir quelques aspects du développement urbanistique de la cité. Pour cela, elle s’est servie, comme clé de lecture, d’un type particulier de sources : les textes juridiques. Partant du présupposé que la genèse de certains espaces urbains et l’organisation juridique de Rome se sont mutuellement influencées, elle a reparcouru la topographie de la cité, de l’époque romuléenne à l’empire tardif, en donnant des exemples à l’appui de cette thèse. Parmi les types d’édifices publics qui peuvent le mieux exprimer cette idée ont été choisis les lieux consacrés à l’administration de la justice ; ceux-ci seront ensuite examinés en tenant compte de l’évolution du procès criminel et privé. Quand on passe de la vie publique à la vie privée, le droit de propriété sera illustré relativement à quelques aspects de sa connotation urbaine. On verra comment l’évolution de la cité a conduit à la création d’autres droits réels : les seruitutes, la superficies et l’habitatio. Le respect des règles qui y sont rassemblées aurait dû permettre aux habitants de l’Vrbs de mieux profiter de l’espace urbain lui-même, en réalité non dépourvu de problèmes, comme le font apparaître les nombreux cas d’actions en justice qui sont exposés. Rome était une cité compliquée et chaotique, et assez souvent de nombreux dangers pour la sécurité des citoyens étaient inhérents aux bâtiments eux-mêmes. Cette considération introduit l’examen de quelques droits d’obligation. Justinien, dans ses Institutiones, prévoit quelques sources d’obligations, définies comme des « quasi-délits » et qui sont étroitement liées au développement urbanistique de Rome. L’evoluzione urbanistica di Roma dall’età arcaica al tardo impero attraverso il diritto e le sue fonti. Alcuni esempi Sophie Madeleine : La troisième dimension des insulae d’après les symboles de la Forma Vrbis Romae
Cette communication propose de donner un des exemples méthodologiques d’évaluation de la troisième dimension des édifices, souvent détruite et pourtant indispensable à leur reconstitution virtuelle, en utilisant la Forma Vrbis Romae. Cette méthode sera appliquée à un type architectural très précis, les insulae, dans le but de proposer des images virtuelles en trois dimensions d’immeubles romains et, plus largement, de rues qui en sont bordées. Nous verrons comment repérer les insulae sur la Forma Vrbis, comment les étages y sont représentés, afin de proposer une estimation de leur élévation, pouvant atteindre une vingtaine de mètres. Ces résultats seront ensuite confrontés aux textes législatifs, afin de voir si la hauteur des insulae représentées sur la Forma Vrbis Romae correspond aux « normes » définies. La communication s’achèvera par une proposition de reconstitution virtuelle d’une rue romaine, élaborée dans le cadre de l’équipe « Plan de Rome » de l’université de Caen. The third dimension of the insulae, as illustrated by the symbols of the Forma Vrbis Romae Nicole Méthy : Rome vue par un Italien du second siècle : le témoignage des lettres de Pline le Jeune
Dans les lettres de Pline le Jeune, envisagées comme des témoignages sur la pensée de leur auteur, la ville de Rome n’est, dans sa matérialité, qu’à peine entrevue. Car son nom devient un double symbole, celui de valeurs et celui de la vie urbaine. Les valeurs romaines sont avant tout morales et tenues pour essentiellement occidentales. La vie urbaine se définit par la présence de la société et des contraintes qu’elle impose. Pline, en cela, suit la tradition. Il s’en démarque, cependant, par la perspective adoptée et le jugement porté. Rome se distingue de toute autre cité, par sa culture et non plus par son rôle politique. En dépit de cette supériorité, elle ne doit pas constituer une destination unique ou un but ultime. La vie la meilleure intègre, à parts égales, Rome et la campagne provinciale. Cet idéal, dans lequel la petite patrie a au moins autant d’importance que la grande, doit son originalité au dépassement de la hiérarchie traditionnelle. En Italien, Pline a un point de vue qui n’est ni étroitement romain ni purement provincial. En homme du second siècle, il incarne la transition entre un monde ancien, convaincu de la suprématie romaine, et un monde nouveau, qui fonde cette suprématie sur d’autres bases et n’y voit plus un absolu. Rome seen by an Italian of the Second Century : the testimony of the letters of Pliny the Younger Michel Jean-Louis Perrin : Hraban Maur et Rome : l’exemple d’un grand ecclésiastique à l’époque carolingienne
Hraban Maur (780-856) a fait une très grande carrière ecclésiastique, qui commença sous Charlemagne et connut son apogée sous Louis le Pieux et Louis le Germanique. Si on cherche à savoir ce qui apparaît de Rome chez Hraban, il faut se rappeler qu’il n’est jamais allé physiquement parlant à Rome, à la différence d’Alcuin, son maître. Si nous faisons rapidement le bilan d’un ensemble monumental, Rome y apparaît comme un lieu bien entendu, mais aussi comme une ville, et même la Ville par excellence, dotée d’édifices remarquables, une ville à l’histoire militaire, politique, religieuse hors pair. Hraban s’attarde particulièrement à parler de Rome, puissance dominante du monde, dans ses rapports difficiles avec les Juifs, Rome, la ville où saint Paul a été martyrisé, la ville de l’Église, des martyrs et de leurs reliques, des papes – et donc le centre du pouvoir ecclésiastique –, mais aussi celle d’hérésies. Tout cela manifeste avec évidence la place éminente de Rome la Ville devenue chrétienne, ce que signifie encore « en creux » la censure persistante de l’expression communis patria. Une comparaison rapide avec Alcuin dessine les mêmes lignes de force, mais avec une différence importante : Alcuin est allé à Rome et en Italie. Il n’y a pas chez Hraban l’équivalent du carm. 25, 1 (PL 101, 778D-779A). Mais chez l’un et l’autre, Rome est essentiellement la ville des apôtres et des martyrs, de saint Paul, des papes, avec tout ce que cela implique, en un mot la capitale du monde. The example of a great man of the church in the Carolingian period Anne-Valérie Pont : Valeurs culturelles et politiques du beau paysage urbain à Smyrne et à Nicomédie, du IIe au IVe siècle
L’« ornement de la cité » est devenu un enjeu essentiel de la vie civique en Asie et dans le Pont-Bithynie à l’époque romaine. La prolifération des constructions, que l’on observe alors dans des cités de toutes tailles, ne doit pas être vue comme un signe de romanisation ou de la maiestas imperii, comme on le trouve dans les lettres de Pline le Jeune à Trajan. Elle ne l’était pas en tout cas aux yeux des habitants des cités grecques d’Asie Mineure occidentale, qui considéraient la beauté de leur cité comme un achèvement de l’hellénisme d’époque impériale. Selon Aelius Aristide, Smyrne est un « modèle de cité ». Nulle n’est plus belle ni ne répond mieux à l’esthétique des espaces urbains alors définie dans cette région de l’empire. Les inscriptions honorifiques pour ses évergètes constructeurs, l’impulsion décisive donnée par les sophistes, au premier rang desquels figure Antonius Polémon, et enfin le titre très particulier qu’elle reçoit de la part de Caracalla, celui d’« ornement de l’Ionie », confirment la richesse de cette esthétique, qui renvoie à des valeurs morales et politiques vivantes. Nicomédie forme un contrepoint à cette vision : à partir du début du IIIe siècle, l’intérêt que lui portent les empereurs brouille son identité de cité grecque, si bien qu’Ammien Marcellin finit par qualifier cette capitale de « région de Rome ». L’Empereur y figure comme seul constructeur, comme à Rome, et pour des bâtiments inhabituels dans ces provinces, un palais, un cirque. Comme le montrent les deux exemples si différents de Smyrne et de Nicomédie, l’esthétique urbaine traduit, en Asie Mineure occidentale, une conception culturelle et politique spécifique de la beauté de la cité. The cultural and political values of the beautiful urban landscape of Smyrne and Nicomedia in the 2nd and 4th centuries Bruno Poulle : Rome vue par l’humaniste Jean-Jacques Boissard (1528-1602)
Humaniste protestant, J.-J. Boissard a écrit une ample Topographia et Antiquitates Vrbis Romae, près de quarante ans après avoir séjourné à Rome. Sa description de la ville traduit à la fois son amour de l’Antiquité et sa volonté de sauvegarder par la mémoire des ruines menacées. Somme érudite axée sur la statuaire et sobre dans son admiration, cette topographie doit beaucoup à des sources livresques contemporaines. Boissard présente une Rome presque exclusivement antique et morte, dont la froideur est tempérée par sa conception et sa pratique de l’amitié. Rome as seen by the humanist Jean-Jacques Boissard (1528-1602) Manuel Royo et Brice Gruet : Décrire Rome : fragment et totalité, la ville ancienne au risque du paysage
Ce travail emprunte pour partie son titre à celui de l’ouvrage de C. Edwards : Writing Rome. Cependant, à la différence de l’auteur britannique, notre perspective, sinon notre approche, se fera à travers la question du paysage, notion controversée s’agissant de l’Antiquité, et sur le regard que l’on porte par le biais des mots qui le qualifient. Parler de l’apparence de la ville, comme l’ont fait certains auteurs latins, implique une mise à distance – au moins intellectuelle –, préalable indispensable à toute conception paysagère de l’espace vécu. Ce recul suppose à son tour une pratique particulière du regard, comportant des « codes » propres à cette culture et organisant la « mise en cadre » de son objet ; celle-ci décide aussi du choix privilégié de certains supports et oriente l’usage de ces images et le rôle que l’on entend tenir dans le tableau ou face à celui-ci. Writing Rome : fragment and totality ; the ancient city threatened by landscape Pierre Sineux : Pour une relecture des récits de guérison de l’Asklépieion de l’île Tibérine
Dans la deuxième moitié du IIe ou au début du IIIe siècle après J.-C., on inscrit en grec, sur une stèle de marbre, de courts textes qui racontent comment des malades venus au sanctuaire d’Asklépios-Esculape ont trouvé, à la suite d’un rêve, la guérison. Relire ces textes aujourd’hui revient à montrer comment ils participent à la tradition des « récits de guérison » des sanctuaires asklépieiens du monde grec et à examiner la confrontation de cette tradition grecque aux réalités cultuelles et culturelles de la Rome impériale, ce qui implique notamment de s’interroger sur la question de leur réception et sur leurs fonctions. Re-reading the accounts of healing in the Asklepieion on the Tiberine Island Jean-Paul Thuillier : Une journée particulière dans la Rome antique. Pour une topographie spor
tive de l’Vrbs
La lettre de Pline le Jeune 9,6 fait apparaître que Rome se vide de ses habitants au moment des jeux du cirque, et vit alors une sorte de « journée particulière ». On voudrait étudier ici la topographie sportive de l’Vrbs, comme on a pu parler d’une topographie des exécutions ou des opérations financières, et on ne se limitera pas à la seule situation, d’ailleurs bien connue en général, des édifices de spectacle. Le fait que la Rome antique a été une mégapole et que le Grand Cirque par exemple était situé en pleine ville ont eu des conséquences importantes, mais les mouvements de la foule des supporters n’avaient pas pour seul but la zone de la vallée Murcia, entre Palatin et Aventin. Des nécropoles, les sièges des différentes factions, des rues et des places pouvaient être investis par les supporters des couleurs et les fanatiques des ludi circenses : le témoignage d’Ammien Marcellin ne manque pas d’intérêt à ce sujet. A special day in the antique Rome : the sportive topography of the Vrbs Hubert Zehnacker : La description de Rome dans le livre V du De lingua latina de Varron
Au livre V du De lingua latina, Varron examine les mots de la langue latine exprimant en prose les différents aspects de la notion d’espace. Cette recherche, dont le caractère étymologique est fortement marqué, aboutit à une enquête sur les toponymes de la ville de Rome, qui prend en compte d’abord les noms des lieux, puis ceux des monuments. La méthode de Varron tient compte de l’enseignement d’Aristophane de Byzance autant que de celui de Cléanthe ; le savant romain veut combiner la théorie de l’analogie et celle de l’anomalie ; les mots prennent leur origine à la fois dans la physis et dans la thésis. Varron privilégie donc les étymologies les plus anciennes, remontant de l’époque des rois de Rome et de celle de Romulus au moment de la venue d’Hercule et d’Évandre, et même, parfois, aux temps immémoriaux de Saturne. Lorsqu’il cite les poètes latins dans la droite ligne d’Aristophane de Byzance, Varron se réfère de préférence aux plus anciens d’entre eux ; il a recours aussi au document vénérable que sont les Livres Pontificaux. Au total, Varron offre l’explication étymologique d’un nombre important de noms propres relatifs à la ville de Rome ; certains sont des hapax, d’autres concernent des réalités en voie de disparition de son temps. Une rapide comparaison du texte de Varron avec le livre II du De republica de Cicéron, le livre V de Strabon et le livre III de Pline l’Ancien montre la profonde originalité de la démarche adoptée dans le De lingua latina : à travers les données linguistiques, Varron cherche à atteindre l’essence même du site et de la ville de Rome. The description of Rome in Varro’s Book V of the De lingua latina |
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