III. La femme paralysée guérie par les mérites du bienheureux Aubert
III. De paralitica meritis beati Autberti curata
1. Il n’est pas, croyons-nous, déplacé d’ajouter ici ce que le Seigneur a daigné accomplir à notre époque, c’est-à-dire de nos jours, par l’intercession de son évêque Aubert. C’est la coutume, comme chacun sait, autant pour les moines du Mont que pour les clercs d’Avranches, qu’une fois par an à tour de rôle le clergé d’une église se rende à l’autre église, en portant les premiers [1] le corps de saint Aubert, les seconds celui de sainte Pience [2]. Conformément à cette coutume, le corps de saint Aubert fut transporté récemment à Avranches, c’est-à-dire à son siège épiscopal. Or, il y avait là une femme qui, atteinte de paralysie, demeurait couchée depuis déjà quelques années, disposant pour assurer sa subsistance des aumônes de pieuses personnes. Comme, après la célébration de la messe, on transportait par le milieu de la ville le brancard du saint, selon la coutume, la femme, remarquant que des hommes et des femmes accouraient de tous côtés vers cet endroit, demanda où donc une si grande foule se hâtait d’aller. On lui répondit que ces gens allaient à la rencontre du corps de saint Aubert, qui allait passer par la rue principale de la ville [3].
1. Nec [1] incongruum hic subindere [2] ducimus [3] quid nostra aetate, his [4] scilicet temporibus, per eundem antistitem suum Autbertum operari dignatus sit Dominus. Mos esse noscitur tam monachis Montensibus quam clericis Abrincensibus ut alternatim alterius ecclesiae semel in annum ad alteram [5] ecclesiam procedat clerus, his [6] quidem sancti Autberti corpus, illis autem sanctae Pientiae secum deferentibus. Juxta hunc morem idem corpus sancti Autberti nuper Abrincis ad suam scilicet delatum est sedem. Ibidem vero quaedam muliercula jam [7] aliquot annis decumbebat paralytica, devotorum eleemosynis habens vitae subsidia. Cum ergo post celebrationem missae eadem lectica [8] sancti per medium urbis deferretur de more, ipsa muliercula cernens illuc undique quosdam utriusque sexus concurrere, quonam tanta multitudo sic properanter iret coepit inquirere. Cui responsum est hos ire obviam corpori [9] sancti Autberti, quod deferebatur per majorem vicum ipsius civitatis.
2. En apprenant cela, elle se mit à prier saint Aubert, en clamant son nom à de multiples reprises, de bien vouloir lui accorder par sa très sainte intercession la grâce de la santé. Or, quand elle vit que les porteurs du saint corps franchissaient la porte de la ville, se traînant par terre avec toute l’ardeur dont elle était capable, elle s’employa à gagner cet endroit en toute hâte, suppliant toujours plus instamment le saint de lui accorder son aide. C’est ainsi que par la miséricorde du Dieu tout-puissant, qui ne laisse pas de couronner ses saints dans le ciel et de les honorer par des miracles sur terre, la femme recouvra aussitôt une parfaite santé par les mérites de saint Aubert, en présence de tout le peuple. En effet, dès que l’ombre du vénérable brancard l’atteignit, elle se remit sur ses pieds, complètement guérie, tandis que tous louaient Dieu.
2. Hoc audito, eundem sanctum Autbertum, nomen ejus frequenter inclamitans, coepit orare ut sua sanctissima intercessione opem sanitatis sibi dignaretur conferre. Ubi autem [10] portitores sancti corporis portam urbis vidit [a'/f.26r] egredi, adnisu [11] quo potuit [12] per terram se trahens illuc properare studuit, magis ac magis imprecans adfore sibi suffragium ipsius sancti. Haec itaque omnipotentis Dei miseratione, qui sanctos suos et in caelis coronare et in terris miraculis consuevit honorare, meritis ejusdem sancti Autberti integra protinus redintegrata est sanitate, omni [C/f.146r] populo undique prospectante. Mox enim ut eam sancti feretri umbra attigit, cunctis Deum laudantibus, sana et incolumis in pedes constitit.
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1 his […] illis:
2 Autberti corpus […] sanctae Pientiae: sur cette double procession des reliques de sainte Pience et de saint Aubert, voir le commentaire ci-dessus, p. 239.
3 per majorem
vicum: selon le chanoine Pigeon, cette rue qui passait par la porte
Baudange s’appelait la rue d’Auditoire (cf. É.-A. Pigeon,