Miracles de saint Michel
Miracula sancti Michaelis [1]
I. Du clerc qui, par une audace inconsidérée, voulut examiner les saintes reliques [1]
I. De clerico qui temerario ausu sancta voluit inspicere pignora [2]
1. Le bienheureux Aubert, qui édifia le sanctuaire [2] consacré à saint Michel, fit rapporter du Mont Gargan au Mont qu’on appelle Tombe de saintes reliques [3] : un morceau du manteau rouge que le bienheureux Michel déposa sur l’autel de cet endroit et un fragment du marbre sur lequel il laissa, d’après ce qui est rapporté dans les textes, en souvenir de lui, une légère empreinte de pas, semblable à celle d’un homme. Dès qu’il les reçut, Aubert les enferma respectueusement avec les honneurs appropriés dans une châsse qu’il déposa au-dessus de l’autel du bienheureux Michel, pour qu’ils viennent en aide à tous les humains [4].
1. Beatus [3] Autbertus, constructor [4] ipsius monasterii Sancti Michaelissacras reliquias a Gargano in eumdem Montem qui Tumba dicitur fecit deferri [5], partem scilicet rubei pallii quod isdem beatus Michael super ipsius loci altare posuit partemque marmoris [a'/f.20v] in quo, sicut habetur in scriptis, ob memoriam sui quasi hominis pusilla vestigia impressit. Quas suscipiens honore competenti in quadam capsula reverenter [C/f.138v] inclusit atque ad commune cunctorum suffragium super ipsius beati Michaelis altare deposuit.
2. Après un très long intervalle de temps, un des chanoines du lieu chercha à savoir auprès de ses aînés quelles étaient précisément ces reliques dites de saint Michel et si l’un d’entre eux les avait vues un jour. Ceux-ci répondirent qu’ils avaient appris de leurs anciens que les reliques de saint Michel se trouvaient bien là, mais qu’aucun parmi eux [5] ne les avait vues: alors ce clerc, poussé par la légèreté de sa jeunesse, se mit à leur réclamer avec beaucoup d’insistance la permission de les examiner. Ils eurent beau s’évertuer à l’en dissuader par tous les moyens, ils ne purent en aucune manière le détourner de la réalisation de son projet. Enfin à force de les presser par d’intempestives supplications, il leur arracha la permission qu’il sollicitait – et qui n’allait pas lui être salutaire.
2. Post igitur longissimi [6] interstitium temporis quidam ex ipsius loci canonicis a suis prioribus requirere coepit quae ipsae essent reliquiae quas dicebant sancti Michaelis, vel utrum quispiam eorum eas aliquando viderit. Illis vero haberi quidem ibi sancti Michaelis reliquias a suis se percepisse majoribus, neminem autem sui eas vidisse respondentibus, ipse, juvenilis animi levitate permotus, ut licentiam eas inspiciendi sibi darent efflagitare coepit enixius. Hoc licet ipsi omnimodis conati sint [7] dissuadere, nullo modo eum ab incepta quiverunt intentione revocare. Tandem ergo instans precibus importunis quam petebat – non sibi profuturam – licentiam extorsit.
3. Il observa donc un jeûne continu de trois jours et, le troisième jour, après avoir purifié son corps dans l’eau, il offrit le sacrifice du mystère sacré sur l’autel de saint Michel. Quand il eut achevé la célébration de la messe et saisi dans ses mains le coffret [6] qui abritait les saintes reliques, comme nous l’avons dit, il tenta d’ôter le couvercle avec un couteau. Mais, avant d’avoir approché le couteau du coffret, il resta figé dans son mouvement et il déplora, alors tardivement, d’avoir été puni par la perte de la vue, de l’ouïe et de la parole. On l’emporta ensuite loin de là, à force de bras, et, peu de temps après, le mal causé par ce choc s’aggravant, il mourut.
3. Triduo itaque continuans jejunium tertiaque die aquis abluens corpus proprium, super aram ipsius sancti Michaelis sacrosancti mysterii [8] obtulit sacrificium. Expleta autem celebratione missae, sumpta in manibus pyxide qua sanctae, ut diximus, tegebantur reliquiae, cooperculum ejus cultro aggressus est revellere. Sed, priusquam cultrum admo[a'/f.21r] visset pyxidi, in ipso conatu restitit multatumque se videndi, audiendi loquendique officiis jam tarde ingemuit. Mox ergo inter manus inde sublatus atque post modicum, eadem ingravescente percussione, est defunctus.
Que ce récit serve à inspirer de la terreur à celui qui n’accorde foi qu’à ce qu’il voit.
Hoc illi ad terrorem profecerit qui fidem accommodat his [9] solis quae viderit.
~
1 Ce miracle eut lieu avant 966,
puisqu’il met en scène la communauté des chanoines. Dom Th. Le Roy
place ce miracle avant la donation d’Ardevon effectuée par Rollon en
912. Cf. dom J. Huynes,
2 monasterium: ce terme désigne au Moyen Âge aussi bien « le monastère » ou « la communauté monastique » que « l’église (cathédrale, abbatiale, collégiale ou paroissiale) »; cf. Introduction, p.280-281 .
3 pignora/reliquiae: les reliques de l’archange ont
été rapportées du Mont Gargan au début du VIIIe siècle selon la tradition; elles consistaient
en un morceau d’un manteau ou d’un voile de couleur rouge que
l’archange aurait déposé sur l’autel du Mont Gargan et en un
fragment du rocher sur lequel saint Michel se serait posé; cf.
4 ad commune cunctorum suffragium:
l’expression peut être comprise de deux façons, soit « avec l’accord
unanime de tous », conformément au sens classique de
5 neminem sui: « personne parmi eux »;
6 capsula/capsa/pyxis:
~
1 Les
2 chapitre
omis par
3 beatissimus
4 consecrator
5 deferri fecit
6 longissimi igitur
7 sunt
8 mysterium
9 hiis