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Au livre V du De lingua Latina, Varron examine les mots de la langue latine exprimant en prose les différents aspects de la notion d’espace. Cette recherche, dont le caractère étymologique est fortement marqué, aboutit à une enquête sur les toponymes de la ville de Rome, qui prend en compte d’abord les noms des lieux, puis ceux des monuments. La méthode de Varron tient compte de l’enseignement d’Aristophane de Byzance autant que de celui de Cléanthe ; le savant romain veut combiner la théorie de l’analogie et celle de l’anomalie ; les mots prennent leur origine à la fois dans la physis et dans la thésis. Varron privilégie donc les étymologies les plus anciennes, remontant de l’époque des rois de Rome et de celle de Romulus au moment de la venue d’Hercule et d’Evandre, et même, parfois, aux temps immémoriaux de Saturne. Lorsqu’il cite les poètes latins dans la droite ligne d’Aristophane de Byzance, Varron se réfère de préférence aux plus anciens d’entre eux ; il a recours aussi au document vénérable que sont les Livres pontificaux. Au total, Varron offre l’explication étymologique d’un nombre important de noms propres relatifs à la ville de Rome ; certains sont des hapax, d’autres concernent des réalités en voie de disparition de son temps. Une rapide comparaison du texte de Varron avec le livre II du De republica de Cicéron, le livre V de Strabon et le livre III de Pline l’Ancien montre la profonde originalité de la démarche adoptée dans le De lingua Latina : à travers les données linguistiques, Varron cherche à atteindre l’essence même du site et de la ville de Rome.
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