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L’« ornement de la cité » est devenu un enjeu essentiel de la vie civique en Asie et dans le Pont-Bithynie à l’époque romaine. La prolifération des constructions, que l’on observe alors dans des cités de toutes tailles, ne doit pas être vue comme un signe de romanisation ou de la maiestas imperii, comme on le trouve dans les lettres de Pline le Jeune à Trajan. Elle ne l’était pas en tout cas aux yeux des habitants des cités grecques d’Asie Mineure occidentale, qui considéraient la beauté de leur cité comme un achèvement de l’hellénisme d’époque impériale. Selon Aelius Aristide, Smyrne est un « modèle de cité ». Nulle n’est plus belle ni ne répond mieux à l’esthétique des espaces urbains alors définie dans cette région de l’empire. Les inscriptions honorifiques pour ses évergètes constructeurs, l’impulsion décisive donnée par les sophistes, au premier rang desquels figure Antonius Polémon, et enfin le titre très particulier qu’elle reçoit de la part de Caracalla, celui d’« ornement de l’Ionie », confirment la richesse de cette esthétique, qui renvoie à des valeurs morales et politiques vivantes. Nicomédie forme un contrepoint à cette vision : à partir du début du IIIe siècle, l’intérêt que lui portent les empereurs brouille son identité de cité grecque, si bien qu’Ammien Marcellin finit par qualifier cette capitale de « région de Rome ». L’empereur y figure comme seul constructeur, comme à Rome, et pour des bâtiments inhabituels dans ces provinces, un palais, un cirque. Comme le montrent les deux exemples si différents de Smyrne et de Nicomédie, l’esthétique urbaine traduit, en Asie Mineure occidentale, une conception culturelle et politique spécifique de la beauté de la cité.
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