|
Hraban Maur (780-856) a fait une très grande carrière ecclésiastique qui commença sous Charlemagne, et connut son apogée sous Louis le Pieux (comme abbé de Fulda) et sous Louis le Germanique (comme archevêque de Mayence). Pour avoir un aperçu sur sa carrière et sur son abondante oeuvre littéraire, on se reportera par exemple à l'article de 1988 du Dictionnaire de Spiritualité (t. 13, 1 - 10) qui lui est consacré, et dont l'auteur est Raimund Kottje. Si donc on cherche à savoir ce qui apparaît de Rome chez Hraban, il faut se reporter à son oeuvre, en sachant que lui-même n'est jamais allé physiquement parlant à Rome, à la différence par exemple de son maître Alcuin. Nous allons donc examiner sous cet angle l'oeuvre de Hraban, en rappelant son influence (on l'a appelé un peu abusivement le "praeceptor Germaniae") et matérielle (six volumes de la Patrologie Latine : 107-112). Cela dit, une première approche consiste à interroger la Patrologie Latina électronique de Proquest (naguère Chadwick-Healey), sous les rubriques "Roman*" et "Roma*". Si nous faisons rapidement le bilan de cet ensemble, Rome apparaît chez Hraban comme un lieu bien entendu, mais aussi comme une ville, et même la Ville par excellence, dotée d'édifices remarquables, une ville à l'histoire militaire, politique, religieuse remarquable. Hraban s'attarde particulièrement à parler de Rome, puissance dominante du monde, dans ses rapports difficiles avec les Juifs, Rome, ville où saint Paul a été martyrisé, la ville de l'Église, des martyrs et de leurs reliques, des papes - et donc le centre du pouvoir ecclésiastique (en quelque sorte le coeur battant de celui-ci), mais aussi celle d'hérésies. Rome est si célèbre que cela se traduit dans la grammaire, le vocabulaire et les exemples classiques (au sens de "scolaires") ; tout cela manifeste avec évidence la place éminente de Rome la Ville devenue chrétienne, ce que signifie encore "en creux" la censure persistante de l'expression "communis patria". La comparaison rapide avec Alcuin dessine les mêmes lignes de force, mais avec une différence d'importance : Alcuin est allé à Rome et en Italie ; dans la fin des années 770, il va à Rome avec Aelberth comme magister à York ; il y retourne en 780-781 (avec un retour via Parme) afin d'obtenir le pallium pour l'archevêque Eanbald d'York. Il n'y a pas chez Hraban l'équivalent de la pièce poétique intitulée dans la PL (101, 778 D - 779 A) "Pia uota pro Roma et Leone papa" (carm. 25, 1) : "/ Salue, Roma potens, mundi decus, inclyta mater, / Atque tui tecum ualeant in saecula nati. /". La suite continue par l'éloge de Léon et plusieurs expressions alcuiniennes reviennent ailleurs sous la plume de Hraban. Mais chez l'un comme chez l'autre, Rome est essentiellement la ville des apôtres et des martyrs, de saint Paul, des papes, avec tout ce que cela implique, en un mot la capitale du monde.
|