|
Dans les lettres de Pline le Jeune, envisagées comme des témoignages sur la pensée de leur auteur, la ville de Rome n’est, dans sa matérialité, qu’à peine entrevue. Car son nom devient un double symbole, celui de valeurs et celui de la vie urbaine. Les valeurs romaines sont avant tout morales et tenues pour essentiellement occidentales. La vie urbaine se définit par la présence de la société et des contraintes qu’elle impose. Pline, en cela, suit la tradition. Il s’en démarque, cependant, par la perspective adoptée et le jugement porté. Rome se distingue de toute autre cité, par sa culture et non plus par son rôle politique. En dépit de cette supériorité, elle ne doit pas constituer une destination unique ou un but ultime. La vie la meilleure intègre, à parts égales, Rome et la campagne provinciale. Cet idéal, dans lequel la petite patrie a au moins autant d’importance que la grande doit son originalité au dépassement de la hiérarchie traditionnelle. En Italien, Pline a un point de vue qui n’est ni étroitement romain ni purement provincial. En homme du second siècle, il incarne la transition entre un monde ancien, convaincu de la suprématie romaine, et un monde nouveau, qui fonde cette suprématie sur d’autres bases et n’y voit plus un absolu.
|