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Juvénal assure avoir trouvé l’inspiration de ses Satires dans les rues de Rome et ses pages les plus célèbres en décrivent avec beaucoup de verve les embarras et les dangers, de jour comme de nuit. De sa vision pessimiste d’une réalité contemporaine à laquelle il oppose des temps anciens idéalisés découle l’image négative qu’il offre de l’Vrbs dans son oeuvre, contrairement à d’autres écrivains de sa génération. Le Cirque où la foule se déchaîne , les Forums où l’argent règne en maître, au mépris du droit et du mérite, les temples négligés ou souillés par la débauche, édifices publics et monuments sont les témoins de la corruption générale ; l’évocation des statues des triomphateurs, le rappel du sauvetage du Palladium lors de l’incendie du temple de Vesta font ressortir la décadence morale du temps par comparaison avec la vertu des ancêtres, tandis que les références à l’Asylum du Capitole ou à l’Ara Maxima du Forum Boarium illustrent la déchéance des Romains en général et de certaines grandes familles en particulier. C’est aux quartiers d’habitation du nord-est de la Ville que Juvénal s’intéresse le plus : Subure et son effervescence, les tranquilles Esquilies et le Viminal envahis par les Orientaux ; à propos de ces quartiers, aux détails pittoresques donnés sur l’Agger, domaine des saltimbanques et des charlatans, s’ajoutent des allusions à l’époque où Hannibal menaçait la Ville. Cependant la nostalgie du passé s’exprime surtout dans la description de la « Vallée d’Egérie » près de la Porte Capène, dont la source n’a plus rien de naturel, comme dans le nom d’Ouile donné aux Saepta, dont les commerces de luxe voisinent désormais avec le sanctuaire d’Isis, et celui de « Champ de Tarquin » désignant le Campus qui , dans cette Rome dégénérée, a perdu tout caractère « martial ».
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