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Dans les mythes cosmogoniques de Mésopotamie, les villes occupent une place de tout premier ordre, faisant partie des toutes premières choses créées. C'est le cas, entre autres, de Babylone. Les dieux y élisent domicile, et ainsi s'élabore dans les textes mythologiques l'image d'une "ville sainte", que les auteurs grecs, admiratifs de la ville historique, n'ont pas vraiment saisie. Babylone, dans ces textes, est le centre de l'univers parce que Marduk, son roi, est également le roi des dieux et de l'univers. Or, comme le raconte le Poème d'Erra, quand le dieu de la guerre, Erra, dans sa folie belliqueuse, cherche à détruire l'univers, il lui faut chasser Marduk de Babylone, car c'est la présence du dieu dans sa statue, abritée dans son temple, qui préserve la bonne marche du monde. L'auteur du texte, en transposant fort probablement plusieurs données historiques au plan mythique pour montrer comment Erra –se substituant au roi- parvient à détruire, en particulier, les habitants de Babylone et la ville elle-même, met en évidence les deux dimensions de la ville,"ville sainte" et ville historique, ainsi que le lien consubstantiel qui unit le roi à sa ville -et symboliquement- le dieu à l'univers.
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