GEOPHEN-UMR LETG 6554 CNRS, UFR de Géographie, Esplanade de la Paix, BP 5186, 14032 Caen cedex , Professeur en Etudes Anglophones et dirige l’équipe de recherche EA 2610 « Littératures et Sociétés Anglophones » Université de Caen-Basse Normandie.
Dans une époque marquée par des changements rapides des paysages ruraux sous l’effet de facteurs sociaux et environnementaux, la pression sociale pour la patrimonialisation voire la protection des paysages s’est accentuée. Dès lors, la compréhension des dynamiques paysagères à différents pas de temps constitue un enjeu scientifique important. En effet, la connaissance des dynamiques paysagères passées est indispensable aux réflexions prospectives sur l’avenir des paysages parce qu’elle permet de comprendre les systèmes de production à l’œuvre et d’envisager ainsi la mise en place de scénarii prédictifs susceptibles d’aider à la mise en œuvre des politiques de gestion appropriées. Dans ce contexte, les recherches menées au GEOPHEN (UMR LETG 6554 CNRS) ont pour objectif de restituer et de comprendre l’évolution des paysages du Néolithique à nos jours dans différents espaces (Basse Normandie, monde méditerranéen, Afrique soudano-sahélienne). Parce que les évolutions paysagères sont souvent le fruit de processus complexes et longs, dépassant souvent le millénaire, les études s'appuient sur une triple approche. Il s'agit d'abord d’enquêtes géographiques qui font l’état des lieux contemporain. Il s’agit ensuite de recherches naturalistes qui exploitent les archives naturelles, de l'échelle macroscopique à l'échelle microscopique, afin de reconstituer les dynamiques paysagères au cours du temps. Il s'agit enfin de confronter ces données aux résultats des recherches archéologiques et historiques afin de comprendre le rôle des interactions Nature/Société dans les dynamiques paysagères. Pour ces recherches fondamentales, la mise en réalité virtuelle révèle (1) un nouvel enjeu méthodologique et scientifique et (2) témoigne d’une volonté de restitution de travaux complexes au plus grand nombre afin d’élargir l’espace du débat sur le devenir des paysages. (1) La production d'images de synthèse validées scientifiquement apparaît aujourd’hui comme une étape indispensable dans l’effort scientifique de reconstitution des paysages passés et sera sans doute l’occasion de progrès méthodologiques dans ce domaine. En effet, la production d’environnements virtuels réalistes nécessite la mise en œuvre de recherches complexes afin de renseigner les états du paysage à diverses époques selon un maillage suffisamment précis pour éviter les extrapolations dont peuvent se contenter les modèles conceptuels. Ce changement d’acuité nécessite de franchir un seuil et des biais méthodologiques et conduit à redéfinir les approches utilisées par les recherches paléoenvironnementales et de géographie historique classiques. (2) La production de réalité virtuelle apparaît également de plus en plus indispensable pour valoriser des recherches qui possèdent une portée générale mais sont souvent complexes et difficiles à appréhender par le profane. Elle offre également une forme de patrimonialisation de paysages en évolution rapide ou pour lesquels les coûts d’entretien seraient jugés prohibitifs par la collectivité. Enfin, dans le cadre de démarche prospective, elle peut également constitue un moyen de se projeter dans l’avenir et de le rendre accessible aux populations afin d’en faire véritablement les acteurs des décisions prises en terme d’aménagement et de gestion. Ainsi, la production de réalité virtuelle apparaît comme un enjeu majeur multiforme pour les recherches sur les dynamiques paysagères.