Présentation

Le programme émergent « Vulnérabilités, Santé et Société » est une refondation du programme « Santé Maladie et Handicap ». En introduisant la thématique contemporaine des vulnérabilités (commune à différents laboratoires de l’Université Caen Normandie), il permet une ouverture à des domaines de recherches transdisciplinaires, au-delà des questions posées par la maladie et le handicap. Le regard des sciences humaines et sociales incluant les arts et les lettres s’avère particulièrement fécond pour saisir les enjeux contemporains des questions posées par les vulnérabilités et la santé.

Le concept de vulnérabilité, authentiquement transdisciplinaire, émerge dans différents champs des sciences humaines et sociales dans les années 1990/2000. Il tend à remplacer celui de précarité ou encore d’exclusion, et recouvre un domaine qui s’étend au-delà des vulnérabilités sociales en incluant notamment les fragilités corporelles ou la souffrance psychique. Ce concept, dont les fondements sont philosophiques - en particulier l’éthique de la sollicitude (Ricœur, Lévinas) et du care (Gilligan) -, ouvre sur une nouvelle lecture des grilles interprétatives à partir desquelles se construit la représentation de l’humain (Génard). Cette notion nous fait passer d’une anthropologie disjonctive à une anthropologie conjonctive : si chacun est vulnérable, chacun est aussi capable, au cœur d’un continuum entre autonomie et dépendance.

Le concept de santé a beaucoup évolué et vient faire contrepoint à celui de vulnérabilité. Si la santé était pour Leriche à la fin du 19ème siècle « le silence des organes », elle est pour l’OMS, en 1946, un état de « de bien-être physique, mental et social, et non pas seulement absence de maladie ou d’infirmité ». La santé recouvre ainsi un domaine qui excède l’absence de maladie ou même la bonne santé somatique pour inclure un état psychique et social satisfaisant. Parallèlement, elle devient une notion subjective et prend des contours flous : qu’est-ce que le bien-être ? La bonne santé mentale ? Sociale ? La santé renvoie moins à un concept médical qu’à une notion redéfinie par une diversité d’acteurs (patients, associations, société civile). Elle soulève des questionnements auxquels les sciences sociales peuvent aussi apporter des réponses.

La notion de société permet de souligner que vulnérabilité et santé ne peuvent se penser sans référence à la vie sociale et à la culture. Les sociétés contemporaines ont connu des mutations majeures au tournant du 21e siècle. Ces mutations tendent à redéfinir les limites de l’humain, des appartenances et des identités, mais aussi à reconfigurer les rapports sociaux en effaçant la notion de classe au profit d’un rapport qui se voudrait uniquement d’individus à individus. Dans un tel contexte, les sciences sociales et juridiques mais aussi les arts et les lettres sont d’un apport fondamental pour comprendre comment la société pense et met en scène ses propres mutations et leurs effets sur les individus.

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Ce programme émergent rassemble au sein de l’Université Caen Normandie des chercheurs de huit laboratoires de Sciences Humaines et Sociales (sociologie, sciences de l’éducation, psychologie, droit, géographie, lettres et arts du spectacle, mais aussi des acteurs du monde sanitaire et social). Les liens entre le programme et les institutions régionales en charge des populations vulnérables et de la santé en font un interlocuteur scientifique privilégié (ARS, Education Nationale, CHU, IRTS, ASE…).

L’objectif global du programmeest de promouvoir des formes de recherche transdisciplinaires adaptées aux problématiques de terrain, ce qui nécessite des approches méthodologiques diversifiées, conjuguant recherche et action, recherche interventionnelle et recherche participative, sans exclure pour autant des recherches fondamentales en SHS.