Roman et croissance urbaine : XVIIIe et XIXe siècles

Lieu : Amphithéâtre de la MRSH
Début : 05/12/2017 - 14:00
Fin : 05/12/2017 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : PierreBbergel et Lionel Rougé

Carole Dornier (Littérature, UFR SHS) et Gérard Gengembre (Littérature)

Journée organisée par PierreBbergel et Lionel Rougé (UFR SEGGAT)

Ville capitale et nouvelle esthétique romanesque : le Paris de Challes, Prévost, Marivaux par Carole Dornier

Dans la période 1710/1740, le roman français qui, contrairement à ses homologues espagnol et anglais, était resté marqué par la hiérarchie des genres, l’idéalisation et un romanesque invraisemblable dénoncé par ses détracteurs, connaît de profondes mutations.
Les romanciers cherchent à représenter le concret de la vie, à rapprocher les événements racontés du monde du lecteur, à mettre en débat des questions morales et sociales, à représenter des réalités jusqu’alors reléguées dans la fiction parodique et comique ou dans la « littérature de gueuserie ». Décors exotiques et champêtres, cours et palais cèdent alors la place à la Ville capitale. Si Paris est l’espace de « désagrégation » du héros classique, -elle favorise le « désordre des familles", le libertinage et l’infidélité – la ville offre aussi de nouvelles opportunités à des personnages en quête d’ascension sociale ou de liberté et aux romanciers des objets de représentation non conventionnels. Les Illustres Françaises de Robert Challe (1713), l’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut (1731), la Vie de Marianne de Marivaux (1731-1742) illustrent ce rapport ambivalent à la Ville. Dans la même période, un débat sur les avantages et les inconvénients des villes capitales s’est installé sur la scène intellectuelle, qui traduit les réticences et l’attirance suscitées par la concentration urbaine, débat dont le roman se fait l’écho.

Les romanciers français du XIXe siècle et Paris : écrire/décrire les mutations de l’urbain par Gérard Gengembre

L’importance dans le roman français de Paris, cette « capitale du XIXe siècle », n’est plus à démontrer. Thèmes romanesques par excellence de Balzac à Zola, l’histoire, la géographie, l’architecture, la sociologie, l’ethnologie, la vie et les mentalités urbaines sont décrites, analysées, commentées afin de donner à voir et à comprendre.
Il s’agit de définir par les voies de la fiction la modernité en montrant comment la ville est entrée et évolue dans un processus complexe où le temps et l’espace urbains traduisent directement ou expriment métaphoriquement les mutations provoquées ou accélérées par la Révolution – politique, sociale, économique, culturelle –, les nouveaux rapports des individus et des groupes sociaux entre eux et avec le monde ainsi que le vertige des métamorphoses. Divers, inépuisable, changeant, Paris devient à la fois spectacle, enfer pour les uns, champ de manœuvres pour les autres, lieu géométrique des appétits de toute nature, des ambitions, des révoltes ou des expansions, en bref un condensateur d’énergies, et donc un objet romanesque sans cesse revisité.