Recherches sur les sociétés et les espaces ruraux

Lieu : Amphithéâtre de la MRSH
Début : 06/03/2018 - 14:30
Fin : 06/03/2018 - 17:00
Responsable(s) scientifique(s) : Philippe MADELINE et Jean-Marc MORICEAU


Hervé BENNEZON, Professeur agrégé d’histoire (Amiens), HDR, Vivre en pays de Santerre au siècle des Lumières : des campagnes sous influence

Résumé : Du café dans les campagnes françaises au XVIIIe siècle ? Quelle ne fut ma surprise en découvrant aux Archives départementales de la Somme la trace de pauvres manouvriers propriétaires de deux cafetières ? J’imaginais les ruraux nés sous la Régence (1715-1723) plus sensibles au feu de l’eau de vie qu’à l’arôme du café. Il est vrai que l’histoire du petit peuple des campagnes picardes demeure pour le moins méconnue. Piqué au vif, je décidai de poursuivre les recherches et les découvertes s’accumulèrent : cafetières et tasses de faïence, paysans portant redingote et lunettes, livres relativement nombreux, vêtements aux couleurs vives dès les premières années du siècle, incessants va-et-vient entre la Picardie et Paris, brassages d’hommes, notamment de soldats au service du roi, omniprésence du célèbre tribun Gracchus Babeuf… Mes certitudes sur un monde que je supposais d’autant plus figé qu’il se trouvait enraciné au cœur du plat pays céréalier, loin de toute ville d’importance nationale, s’en trouvèrent ébranlées. Ainsi, à l’instar des populations villageoises d’Ile-de-France à la même époque, les Picards ne semblaient guère rétifs à l’innovation. L’introduction dans l’alimentation de la pomme de terre, Cendrillon transformée en fée par les bons soins du célèbre Parmentier et du sieur Dottin, maître de poste de Villers-Bretonneux ; l’invention d’outils originaux voués à optimiser la production céréalière, paraissent autant d’indices de la dynamique née des échanges entre Paris et les campagnes. Restait à étudier les masses de documents conservés dans les dépôts d’archives, afin d’appréhender les évolutions, le cheminement des « novelletés » du Roi-Soleil à Louis Capet, l’influence des Lumières jusqu’au moment où, à la faveur de la Révolution, éclatent violemment les structures sociales en place.