Derrière la problématique interdisciplinaire du risque se cache la problématique de l’information pluridisciplinaire du risque. Parce qu’une information globale se nourrit d’abord d’une information mutuelle, le premier objectif du pôle est de créer les conditions d’une réflexion concertée alliant sciences humaines et sociales et sciences dites « dures » sur quatre entrées majeures de la thématique du risque :
- Evaluation
- Perception/communication
- Gestion
- Analyse de dynamique de production des risques
Cette réflexion collective et interdisciplinaire est envisagée au moins à deux niveaux :
- à un premier niveau, il s’agit d’animer un réseau d’échanges (à travers des séminaires et colloques, universités européennes d'été) ayant pour but de comparer les différents domaines d’application, les méthodes et échelles d’analyse des risques
- à un deuxième niveau, il s’agit de mener des recherches en commun au sein du réseau, destinées à concevoir une méthode d’articulation des types et des niveaux d’information qu’apportent les différents protocoles disciplinaires. Cette étape s’appuie sur des cas d’étude concrets et localisés (notamment en Normandie) de situations à risques, abordés en concertation étroite dans le cadre de journées de travail à thème. Un Système d’Information Global constituerait un prototype d’outil d’information territorial élaboré en commun sur la base des acquis méthodologiques évoqués précédemment.
ECHANGES
OPINIONS
Le contexte :
Dans toute l'histoire de la vie sur Terre, jamais des organismes n'ont autant modifié le climat et l'écosystème, en une moitié de génération : 1360 experts de 95 pays de l'ONU admettent que nous sommes en pleine crise de la biodiversité atteignant la sixième extinction géologique des espèces, à laquelle les humains participent. Outre les conséquences globales et locales touchant l'agriculture, le développement des pathologies environnementales (cancers, maladies nerveuses, immunitaires, hormonales, de la reproduction...) chez les animaux sauvages et nous-mêmes, et outre les transformations et concentrations des sociétés en mégapoles, c'est aussi la première fois de l'histoire de l'humanité que nous sommes aussi nombreux, que nos ressources sont autant épuisées et polluées, et que les contaminants chimiques issus de nos activités industrielles contaminent toutes les formes de vie sur la planète. Plus aucune philosophie ne peut se penser de la même manière sans prendre en compte ces faits.
Des dosages sanguins des parlementaires européens pris comme témoins permettent de retrouver chez chacune et chacun d'entre eux des dizaines de molécules plastiques (bisphénol A, phtalates), lubrifiants ou isolants, matériaux (PCB, retardateurs de flammes, métaux lourds), pesticides, qui sont aussi dans tous les seins et les laits, et jusque sur les gènes des foetus. Parallèlement, c'est la première fois qu'une espèce développe la force d'exploser la planète avec l'énergie nucléaire, et de s'emparer de l'évolution en modifiant à une vitesse industrielle le patrimoine héréditaire des êtres vivants qui l'entourent, cela en transperçant les barrières sexuelles : il s'agit de l'histoire des organismes génétiquement modifiés. Le contrôle de ces techniques, et la régénération des milieux de vie, avec aujourd'hui les nanotechnologies et la difficulté de prévoir le recyclage de nanoparticules peu biodégradables, fait l'objet de vifs débats internationaux et de contre-expertises qui rencontrent de plein fouet une crise économique et identitaire internationale, source de conflits.
Les objectifs :
La recherche et l'enseignement universitaires ne peuvent rester indifférents à de tels enjeux nouveaux, exacerbés à la fin du XX° siècle et qui devront être mieux abordés au XXI° siècle. C'est la synthèse de ces expertises et l'analyse et l'expérimentation de solutions régionales et internationales, tout comme une recherche active sur l'étendue précise des problèmes, qui est l'objectif du Pôle Risques de la MRSH de l'Université de Caen. Par essence, ces études et mises en place de solutions (par exemple détoxification, dépollution, évolution des lois et d'indicateurs économiques environnementaux, cartographie des risques et de leurs gestions, meilleure connaissance des besoins sociétaux durables) ne peuvent être que transdisciplinaires, avec par ordre alphabétique parmi les chercheurs participant des biologistes, chimistes, économistes, géographes, juristes, psychologues, sociologues,... qui ont pris l'habitude de se poser des questions ensemble dans des colloques et de collaborer.
Des modules d'enseignements pluridisciplinaires ont été mis en place, et des diplômes, encore trop peu au vu des enjeux. Des pôles de compétitivité internationales sur ces questions sont stimulés, ainsi que le développement de contrats, comme les liens avec la société civile et les associations. Une extension écoconstruite de la MRSH avec un amphithéâtre public dédié à ces questions, hautement symbolique, serait l'idéal.
Des postes d'ingénieurs de recherche et de post-doctorants seront nécessaires, entre autres, pour la coordination multidisciplinaire de ces projets originaux, qui pourront conduire à un environnement durable local, et général, mais aussi donner à la région de Normandie, grâce à ses atouts, une avance considérable sur le monde vivable de demain.
Gilles-Eric Séralini,
professeur de biologie moléculaire, co-responsable du Pôle Risques, 2009




