Penser l’hégémonie du théâtre à l’occidental

Lieu : Salle des actes de la MRSH
Début : 11/04/2018 - 17:00
Fin : 11/04/2018 - 19:00

Théâtres et internationalisme. Penser l’hégémonie du théâtre à l’occidental, par Emmanuelle Thiébot et le Collectif Théâtre Palestine

Séminaire organisé par le programme Pratiques et pensées de l'Émancipation.

L’intifada culturelle contre l’hégémonie occidentale,  Emmanuelle Thiébot – doctorante en études théâtrales

Les pratiques théâtrales en Palestine sont méconnues ou négligées avant le XIXe siècle. Le déni de culture des peuples colonisés a servi de justification aux entreprises coloniales modernes. Ces « stratégies de déculturation » (Sironi, 1999) ont perduré et se sont actualisées dans les conflits contemporains. En conséquence, « l’intifada culturelle » menée par les artistes de Palestine est une lutte à la fois symbolique et pragmatique. Indissociable de sa vocation sociale et politique, le théâtre palestinien est au service d’enfants, de jeunes adultes et de femmes. Il s'adresse à toute la population vivant sous occupation mais bien au-delà à toutes celles et ceux qui sont concernés par la résistance culturelle à toutes les formes d'oppression.

Instrument de lutte politique contre l’occupation militaire, il s’est affirmé après l’échec des accords d’Oslo (1993-2000) et la deuxième intifada (2000-2005) mais dépend toujours du mécénat, des ONG, de partenariats internationaux. Son émergence progressive sur les scènes internationales ne s’accompagne pas d’une reconnaissance sur les scènes françaises, sur lesquelles le théâtre militant visant explicitement à la transformation sociale est déprécié (Neveux, 2007). Le transfert culturel d’œuvres palestiniennes vers la France doit être envisagé à la lumière des rapports de force qui structurent le champ théâtral français. Parmi les quatre « Cités du théâtre politique » (Hamidi-Kim, 2011), quelle peut être la place du théâtre palestinien ?

Collectif Théâtre Palestine : Marie-José Elhaimer et Sonia Fayman membres de l’association des Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine ; Sylvie Deplus-Ponsin membre de l’association des Amis d’Al-Rowwad

Fondé en 2017, le Collectif Théâtre Palestine réunit les membres de deux associations qui œuvrent à la venue du théâtre palestinien en France depuis le début des années 2000.

L’association des Amis d’Al-Rowwad (2002) :

2002 : rencontre improvisée au camp de réfugiés d’Aïda (Bethléem, Cisjordanie) entre Abdelfattah Abusrour (A.A) et Jean Claude Ponsin (JCP). AA. biologiste, célibataire parfaitement francophone utilise la petite maison de ses parents pour accueillir les jeunes désœuvrés après l’école ; JCP., père de famille devenu médecin,  après avoir été ingénieur en travaux publics, revient en Palestine. Entre ces deux novices en pratique socio-culturelle énergiques et audacieux, la complicité est immédiate ! L’association est fondée dans l’année. Ses statuts sont explicites : « Permettre aux enfants du camp de ne pas être emportés par la violence qui les entoure ;  offrir aux habitants les moyens de produire ; symboliser le refus de l’assistanat. Et sur la base de cette expérience, soutenir d’autres initiatives culturelles. »

L’association des Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine (2006) :

En 2006, le comédien Juliano Mer Khamis laisse de côté sa carrière internationale de comédien pour créer un théâtre dans le camp de réfugiés de Jénine en Palestine, le Théâtre de la Liberté (ou Freedom Theatre ou al-Masra al-huriya), reprenant l’action de sa mère, Arna Mer, avec les enfants du camp. Des associations d’amis du théâtre se sont immédiatement constituées dans plusieurs pays. En France, l’association a été enthousiasmée par plusieurs aspects de ce projet :

  • La personnalité d’Arna Mer, israélienne mariée à un Palestinien, qui s’était publiquement et activement manifestée aux côtés des Palestiniens contre la politique israélienne
  • Le travail artistique avec des enfants qui grandissent sous occupation militaire, avec toutes les formes d’injustice qui en découlent
  • La possibilité de faire découvrir à des jeunes garçons et filles un jeu théâtral de qualité, jusqu’à la professionnalisation (l’école de théâtre du Freedom Theatre a formé plusieurs promotions de comédiens)
  • La perspective de les faire venir en France se faire connaître par leurs pièces de théâtre et sortir ainsi de leur ghetto.

Notre soutien s’inscrit dans le florissant contexte palestinien de la résistance par la culture.

Ouvert à tous et à toutes.