Autonomie, subjectivation politique et territoire

Lieu : Salle des thèses - SH 028 – MRSH
Début : 30/11/2017 - 17:00
Fin : 30/11/2017 - 19:00

Autonomie, subjectivation politique et territoire (théorie et étude de cas mexicain)

Discutant : Simon Le Roulley

  • Subalternité, Antagonisme et Autonomie : processus de subjectivation politique dans le marxisme. Massimo Modonesi, sociologue, historien et latinoaméricaniste, professeur à la Faculté de Sciences Politiques et Sociales de l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM).

    Résumé de la communication :
    Bien qu’élaboré à des époques différentes, l’homologie théorique des concepts de subalternité (Gramsci), d’antagonisme (Negri) et d’autonomie (revue Socialisme et Barbarie) a permis leur articulation en une matrice d’une grande portée explicative, puisqu’elle fait le lien entre mondes objectif et subjectif. Les trois concepts se situent sur un « terrain commun », celui d’une conception thompsonienne de l’expérience, acceptant ainsi une relation ouverte entre être social et conscience sociale. En effet, la triade subalternité/antagonisme/autonomie permet de faire une corrélation entre les conditions expérimentées par le sujet et ses manifestations, représentées respectivement par les axes domination/conflit/émancipation et pouvoir sur/pouvoir contre/pouvoir faire. Cette matrice d’inspiration marxiste ne peut se configurer que par rapport à une forme spécifique de la relation entre structure et action sur le plan socio-politique. C’est-à-dire qu’elle présuppose l’existence d’une structure sociale toujours considérée comme de domination, et qu’à travers le conflit peuvent se structurer des relations sociales « alternatives ». Dans ce schéma, l’action est toujours considérée comme une expression de pouvoir, orientée à la conservation ou à la transformation de la structure sociale.Massimo Modonesi exposera en quoi cette matrice conceptuelle est utile à la pensée de l’émancipation, puisqu’en plus d’être un filtre théorique solide pour comprendre l’évolution des conflits socio-politiques, elle permet de penser nos propres relations « militantes » dans une structure sociale complexe, et donc de penser l’autonomie dans ses flux et reflux, dans ses avancées et ses échecs, dans un mouvement jamais figé. Pour l’auteur,  le défi explicatif de la triade se situe dans un débat des plus polémiques au sein de marxisme car elle met en lumière un point fondamental, celui de l’intersection entre spontanéité et conscience comme fil rouge des processus de subjectivation politique.
     
  • Antagonisme étudiant et autonomies militantes à l’Université Nationale Autonome de Mexico : penser l’émancipation à partir des territoires. Renaud Lariagon, géographe et militant, ATER à l’Université Caen Normandie.

    Résumé de la communication :
    La Faculté de Philosophie et Lettres de l’UNAM fut d’abord son lieu d’étude de doctorat et de militantisme avant de devenir son terrain d’étude. Participer et être absorbé par ce microcosme politiquement dynamique, souvent théâtre de conflits, l’ont amené à questionner la véracité des représentations qui se battent pour l’hégémonie idéologique au sein même de la faculté. En effet, il est rapidement apparu que certains discours, notamment ceux de l’administration universitaire, étaient plus souvent fondés sur les positions idéologiques dominantes que sur une analyse socio-économique et politique. Dans la faculté, les tensions entre groupes politiques et/ou collectifs étudiants et/ou vendeurs ambulants et/ou la direction de la faculté sont d’autant plus importantes que ces groupes cohabitent dans un espace relativement réduit. Les tensions sont à l’image des divergences subjectives construite par des collectifs territorialisés, et dont leurs territoires sont souvent l’objet même des conflits.

    En s’inspirant des outils conceptuels élaborés par Massimo Modonesi et en les appliquant à ses réflexions tant militantes qu’académiques, Renaud Lariagon s’est essayé, entre autre à partir de son expérience à l’UNAM, de comprendre dans quelles mesures les dynamiques d’émancipation sont toujours inscrites dans l’espace. Comment donc, les projets d’autonomie, expression d’un pouvoir faire, signifient nécessairement une territorialisation des pratiques et l’institutionnalisation du territoire ? Comment ces autonomies territoriales, parfois en conflit entre elles, participent néanmoins, à une autre échelle, à maintenir un antagonisme étudiant ? Autant de questions qui invitent à dé-fétichiser les notions d’autonomie et de rupture, pour les comprendre comme des processus plutôt que comme des choses rêvées qu’il suffirait de décréter pour croire qu’elles existent.