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Dernière modification le 18/10/2017

Pablo BUZNIC-BOURGEACQ
 pablo.buznic-bourgeacq@unicaen.fr

Maître de conférences

Membre de l'équipe CERSE

Activités de recherche

1. Le sujet enseignant : un champ et un programme de recherche

Structurant la diversité de mes travaux, des objets étudiés et des terrains investigués, la question du sujet enseignant constitue le centre problématique de mes recherches. Impulsée par les enjeux épistémologiques et éthiques du champ au sein duquel j’ai commencé mon activité de recherche, la didactique clinique, la question du sujet enseignant organise aujourd’hui le programme de recherche que j’ai commencé à mener, à construire et à organiser pour l’avenir de mes activités de recherche et de celles des individus et groupes dont je dirige les recherches. Ce questionnement est à la fois empirique – comment la subjectivité des enseignants structure leurs pratiques d’enseignement ? –, épistémologique, au croisement entre de multiples domaines de recherche (sciences de l’éducation, didactique, psychanalyse, philosophie, linguistique, sociologie) – qu’est-ce qu’un sujet ? Quels paradigmes permettent de penser le sujet et la subjectivité ? –, méthodologique – comment prendre en compte le sujet dans la recherche ? – et théorique – comment élaborer une théorie du sujet enseignant à la fois consistante d’un point de vue épistémologique et fonctionnelle d’un point de vue empirique ?

Cette perspective conduit à appréhender les pratiques enseignantes, les processus éducatifs et les phénomènes didactiques d’une manière originale et heuristique, en mettant en exergue les enjeux subjectifs, les dynamiques inconscientes et les singularités qui les organisent.

Si toutes mes publications s’inscrivent plus ou moins fortement dans ce questionnement sur le sujet enseignant, on peut en retenir quelques-unes comme balises ponctuant mes constructions théoriques, épistémologiques et méthodologiques. Le texte de 2008 dans la revue Education et didactique pose les origines de mon approche au sein du champ de la didactique clinique. Le texte de 2013 dans la Revue française de pédagogie propose la structure d’une théorie du sujet enseignant dans une perspective synchronique. Celui de 2016 dans la revue Transformations développe cette théorie du sujet enseignant dans une perspective diachronique. La conclusion de l’ouvrage dirigé aux Presses universitaires de Caen en 2015 précise certains fondements épistémologiques de cette théorie. Le texte de 2011 publié dans la revue brésilienne Estilos da clinica développe les principes méthodologiques d’une telle perspective. Les interventions aux colloques de Reims en 2012, de Caen en 2014 et de Toulouse en 2016 s’attaquent aux fondements logiques, philosophiques et éthiques de ce travail. La suite est à venir, sa structuration générale, détaillée et prospective constitue un enjeu pour l’élaboration d’un programme de recherche.  

 

2. Les enseignants débutants et l’apprentissage du métier : des objets et des terrains de recherche génériques

Dès leur origine, mes travaux se sont centrés sur les enseignants débutants et l’apprentissage du métier. J’ai abordé le sujet enseignant à partir de sa construction, à la fois par intérêt personnel – sous un mode identificatoire – et à la fois pour des raisons épistémologiques : comprendre des phénomènes à partir de leur genèse, accéder aisément au décalage entre le sujet et son (nouveau, voire futur) rôle d’enseignant, comprendre les effets d’une expérience personnelle sur les pratiques d’enseignement moins filtrée par une expérience professionnelle. L’étude de la construction d’une professionnalité spécifique chez les enseignants débutants a traversé mes recherches centrées sur le poids de l’expérience personnelle dans l’activité enseignée chez des enseignants d’EPS (Education physique et sportive), sur les tensions qui structurent le positionnement de professeurs des écoles stagiaires inscrites dans un dispositif d’alternance en formation professionnelle, ou encore sur la prise en compte multiple de l’expérience de professeurs d’EPS stagiaires au travers du dispositif de formation.

Tous mes textes jusqu’en 2014 présentent des travaux, soit exclusivement centrés sur des enseignants débutants, soit contrastants des études de cas d’enseignants débutants et expérimentés pour interroger les ressorts de l’expérience.

Cet intérêt pour les enseignants débutants et la construction de leur professionnalité m’a conduit à collaborer à la direction de deux ouvrages, amplifiant le champ de mes études. L’ouvrage paru aux Presses universitaires de Caen en 2015 s’est centré sur l’apprentissage du métier d’enseignant, de l’école primaire à l’université, ouvrant ainsi les réflexions à la dimension constructive du métier en tant que telle et au métier d’enseignant à toutes ses échelles. L’ouvrage paru chez De Boeck en 2015 s’est centré sur les tensions inhérentes à la construction et la reconstruction d’une professionnalité chez les acteurs des métiers de l’humain (de l’éducation, de la formation, du social, du soin). L’ouverture s’est ici faite au-delà du métier d’enseignant, en tentant de caractériser des éléments génériques aux métiers de l’humain.  

 

 

 

 

3. L’expérience du sujet, l’épreuve de l’enseignant et l’objet EPS : un fil rouge en problématisation évolutive

Mes premiers questionnements de recherche ont porté sur les influences que pouvait avoir une expérience personnelle de pratiquant dans l’activité enseignée sur les pratiques d’enseignement de cette même activité en EPS. La question de l’expérience demeure ainsi centrale dans mes travaux, tout en évoluant au fil des différentes recherches. Trois champs d’étude organisent aujourd’hui cette question. Tout d’abord, l’ancrage initial en EPS est constitutif de l’intérêt porté à l’expérience du sujet et impulse les deux autres axes d’étude de l’expérience. D’une part, la structuration scolaire de la discipline EPS en une diversité d’APSA – quand bien même cette diversité est-elle organisée en domaines de compétences, en champs d’apprentissage ou en principes d’action – conduit les enseignants d’EPS à assumer une polyvalence conséquente. De la danse à l’escalade, en passant par les arts du cirque et le rugby, chaque enseignant d’EPS se confronte à devoir enseigner des activités dans lesquelles il peut avoir une expérience personnelle prolongée et intensive ou totalement inexistante. La question de l’expérience renvoie à celle de ses seuils : à partir de quand peut-on considérer avoir une expérience personnelle suffisante pour enseigner ? Qu’est ce qui légitime une expérience ? Comment peut-on enseigner quand on considère ne pas avoir assez d’expérience ? La question de l’expérience est toujours en partie celle d’un positionnement personnel par rapport à son propre vécu. D’autre part, la discipline EPS met en exergue une dimension essentielle de l’expérience, celle du corps. Si l’on accepte que le corps constitue l’enjeu, l’objet et le média de l’EPS, alors la question de l’expérience corporelle y apparaît centrale. Or, l’expérience corporelle est par définition incarnée, vécue à la première personne, ressentie et éprouvée, immanente au réel, débordant la pensée et le langage. L’inscription initiale en EPS impulse ainsi un questionnement sur le réel de l’expérience, qui ne se laisse jamais totalement appréhendée par des systèmes symboliques et laisse toujours ouvert une dimension expérientielle propre à chacun.

Ma thèse, soutenue en 2009, propose une réflexion transdisciplinaire et un système théorique original pour appréhender le savoir spécifique à l’expérience personnelle. Le texte publié dans l’ouvrage paru aux Editions Revue EPS en 2013, ainsi que plusieurs communications lors de divers colloques, questionnent le réel de l’expérience à partir de la notion de contingence. Le dossier coordonné en 2017 pour les Cahiers de l’ESPE de l’académie de Caen le prend en compte au travers de la notion d’épreuve. Le texte à paraître en 2018 dans les Nouveaux c@hiers de la recherche en éducation envisage sa prise en compte en formation du côté des enseignants stagiaires.

 

4. Le travail collectif et la rencontre : une perspective émergente

Mes travaux récents ont ouverts une nouvelle perspective au champ de recherche dans lequel ils s’inscrivent. La question du sujet enseignant, notamment débutant, et de son expérience personnelle s’est orientée vers celle du travail collectif, du rapport du sujet aux autres sujets (enseignants, professionnels de l’éducation, enfants) et de la rencontre entre sujets. Cette ouverture a d’abord été impulsée par une recherche que j’ai pilotée sur la mise en place de la réforme des rythmes scolaires dans l’académie de Caen. Elle se poursuit dans une recherche à laquelle je participe, centrée sur l’accompagnement des réseaux d’éducation prioritaire dans la même académie. Elle est enfin accompagnée par les échanges que je peux avoir au sein de deux groupes d’étude et de recherche : l’un réunissant des chercheurs du CERSE de l’université de Caen, centré sur l’engagement des acteurs des métiers de l’éducation et la formation ; l’autre réunissant des chercheurs des universités de Caen, Rouen et Toulouse, centrée sur la confiance et l’entrée en relation dans ces mêmes métiers.

L’ensemble de ces travaux m’ont conduits à de nouvelles perspectives de recherche, épistémologiques, conceptuelles, empiriques et méthodologiques. D’un point de vue épistémologique et conceptuel, je travaille aujourd’hui sur la question des frontières entre soi et les autres. Qui sont ceux qu’un sujet considère comme relevant des autres et/ou de lui-même ? A qui un sujet s’identifie-t-il dans son activité professionnelle ? J’ai tenté d’aborder ces questionnements complexes au travers de la notion de rencontre : une rencontre entre des sujets, filtrée par des rapports symboliques et des relations imaginaires, et inscrite dans des histoires individuelle et collective. Cette perspective a particulièrement été impulsée par une nouveauté empirique de mes recherches, celle d’analyser l’activité et la professionnalité d’acteurs pluriels amenés à collaborer : enseignants de plusieurs degrés en REP, animateurs périscolaires, coordonnateurs des mondes de l’enseignement et de l’animation, élèves/enfants. D’un point de vue méthodologique, les recherches sur les rythmes scolaires et les REP m’ont alors conduit à intégrer la dimension collaborative jusqu’à mes propres démarches et postures de recherche, dans une perspective de recherche-développement.

Mes travaux sur la réforme des rythmes scolaires ont donné lieu à l’organisation de plusieurs journées d’étude en 2015, 2016 et 2017 et à des communications à Paris et Bordeaux en 2015 et 2016. Les communications parisiennes et le texte des actes d’un de ces colloques, la Biennale de l’éducation, met en avant la dimension méthodologique collaborative de ces travaux. Un texte développant conceptuellement et empiriquement la notion de rencontre sortira en 2017 aux Editions carrières sociales. Mes travaux sur la dimension collective de l’engagement ont donné lieu à plusieurs communications dans des colloques à Caen, Paris et Bordeaux en 2015 et 2016. Un texte paraîtra aux Presses universitaires de Bordeaux en 2017. Un numéro thématique de revue que je codirige est en préparation. Mes travaux sur la confiance dans les métiers de l’éducation et sur l’accompagnement des REP sont en cours et donneront ultérieurement lieu à publication.

CV et publications, Pablo Buznic-Bourgeacq, 2017.pdf


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