Accueil

Page de Mathieu Uhel

Mathieu UHEL

02 31 56 62 43
 mathieu.uhel@unicaen.fr
Salle sh 203/204

Doctorant

Membre de l'équipe ESO-Caen

Titre (provisoire) de la thèse :

La dimension spatiale de l'action collective. Essai de géographie sociale sur les échelles du pouvoir à partir des résistances et alternatives à la marchandisation de l'eau en Bolivie et au Venezuela.

 

 

Résumé :

Dans les villes des pays de la périphérie du système monde capitaliste, l’« hydrocratie » (Molle F, Mollinga PP, Wester P, 2009) ne parvient pas à raccorder l’ensemble de la population aux réseaux techniques, engendrant une sorte de « biopolitique hydrique » tronquée ou partielle et obligeant les habitants privés d’accès à l’eau à développer des stratégies individuelles et collectives afin de satisfaire cette nécessité vitale. Plusieurs milliards d’êtres humains sur la planète sont donc encore aujourd’hui privés d’un accès continu à l'eau potable.

Dans les années 1990, s’est diffusé à l’échelle mondiale un modèle de gestion qui devait solutionner cet état de crise, en privilégiant l’intervention des mécanismes du marché et du secteur privé transnational. Cette politique néolibérale en matière de service urbain de l’eau n’est pas isolée et correspond à un processus d’accumulation par expropriation qui part à la conquête de tous les secteurs ou biens exclus jusqu’à présent de la valorisation marchande capitaliste, tels que la génétique, la culture ou les biens écologiques planétaires (Harvey, 2005). La marchandisation des biens matériels et immatériels tous azimuts participe de la remise en cause des prérogatives étatiques et de la constitution d’une nouvelle structure du pouvoir économico-politique articulée à différentes échelles. Ce qu’Erik Swyngedouw identifie par le processus de « glocalisation », c'est-à-dire la restructuration des rapports de pouvoir de l’échelle nationale, vers le haut (échelle supranationale ou globale) et vers le bas (échelle infranationale, de l’échelle du corps à l’échelle régionale en passant par l’échelle locale ou urbaine) (Swyngedouw, 1997).

L’application de l’« utopie » néolibérale en matière de services urbains de l’eau a entraîné des résistances locales, qui ont pu prendre la forme de mouvements sociaux (Cochabamba en Bolivie ou Buenos Aires en Argentine). La dimension mondiale du processus de privatisation s’est vue remise en cause à cette même échelle, par l’internationalisation des conflits locaux contre les contrats signés avec les Firmes Transnationales de l’eau (FTN) et la constitution d’une « coalition mondiale contre la marchandisation et privatisation de l’eau ». En Amérique latine et dans les Caraïbes, certaines formations politiques (auto-proclamées) révolutionnaires se sont appuyées sur ces résistances pour gagner les élections (le Mouvement vers le socialisme en Bolivie porteur d’une « révolution démocratique et culturelle ») ou ont incorporé la question de l’eau dans le projet politique une fois les élections remportées (le Mouvement bolivarien au Venezuela tente de construire un « Socialisme du XXIème siècle »), cherchant ainsi à expérimenter des alternatives publiques à la privatisation des services. En dépit des différences inhérentes à chaque contexte, il semblerait qu'une redéfinition des rapports de pouvoir de l'échelle locale à l'échelle nationale émerge en mettant l'accent sur la participation locale des usagers aux services.

 

La recherche en géographie sociale portera sur l’action collective pour l’eau, entendue dans une double acception, d’une part en tant que résistances à la privatisation des services urbains de l’eau et, d’autre part en tant que création de modes alternatifs de production / distribution de l’eau. L’accent sera mis sur le concept d’échelle conçue comme « l'arène et le moment, tant discursivement que matériellement, où les relations de pouvoir socio-spatiales sont contestées et des compromis sont négociés et régulés » (Swyngedouw, 1997).

 

Deux séries d'interrogations structurent alors les recherches :

 

- Action collective (conflictuelle)

 

1) Quelle politique scalaire, développée par le mouvement social pour l’eau de Cochabamba a permis de rompre la nouvelle structure de domination « socio-hydrique » ayant entrainé l’appropriation du service public de l’eau par une FTN étasunienne ?

 

2) L’action collective transnationale a-t-elle été en mesure de construire un mouvement social mondial pour l’eau capable d’exercer un pouvoir collectif sur l’« oligarchie mondiale de l’eau » afin d’imposer des expériences alternatives altérant la configuration « socio-hydrique » inégalitaire des villes du Sud ?

 

- Action collective (productrice)

 

1) A travers l'analyse comparative des discours politico-institutionnels bolivien, et vénézuélien sur les services de l'eau est-il possible de mettre en évidence l'émergence d'une idéologie révolutionnaire post-néolibérale porteuse d'un projet politique de transformation des rapports de pouvoir sociaux et socio-environnementaux ?

 

2) Dans les processus révolutionnaires bolivien et vénézuélien, la ré-articulation des échelles de pouvoir socio-hydriques a-t-elle permis de satisfaire les besoins d’accès à l’eau et d’altérer le processus de production socio-environnemental ?

 

Afin de répondre à ces questions de recherche, la démarche scientifique s’appuiera sur la comparaison de processus « socio-hydriques » ayant traversé le continent latino-américain en se focalisant principalement sur les cas bolivien (Cochabamba) et vénézuélien (Maracaibo). Ces investigations localisées seront reliées à un contexte global visant à la constitution d'une coalition mondiale contre la marchandisation de l’eau. Le cadre temporel de la recherche s’étendra du début des années 1990, avec les premières privatisations des services urbains de l’eau, à l’année 2010, date de l’adoption par l’ONU d’une résolution sur le droit à l’eau (revendication du mouvement altermondialiste pour l’eau).

Seront alors mobilisés les matériaux empiriques issus de l’analyse de discours des acteurs impliqués dans les processus « socio-hydriques » contemporains (Etats et prestataires publics ; Institutions internationales et FTN ; acteurs de la contestation), ainsi que des observations directes et des entretiens réalisés lors des missions de recherche dans les hauts lieux de l’« altermondialisme hydrique » (Cochabamba et Maracaibo ; Forum Alternatif Mondial de l’Eau à Genève en 2005, Assemblée Mondial des Elus et Citoyens pour l’Eau à Bruxelles en 2007 et Foire Internationale de l'Eau à Cochabamba en 2010).

 

Bibliographie indicative

 

Harvey D, 2005, The new imperialism, Oxford University Press, 275 p.

 

Molle, F, Mollinga PP et Wester P, 2009, Hydraulic bureaucracies and the hydraulic mission: Flows of water, flows of power, Water Alternatives, Vol. 2, n°3, pp 328-349

 

Ripoll F, 2005, La dimension spatiale des mouvements sociaux. Essais sur la géographie et l’action collective dans la France contemporaine à partir des mouvements de « chômeurs » et « altermondialistes », thèse de doctorat en géographie, sous la direction de Robert Hérin, Université de Caen Basse Normandie, 741 p.

 

Swyngedouw E, 1997, Excluding the other: the production of scale and scaled politics, in Lee, R. and Wills, J., editors, Geographies of economies, London: Arnold, 167–76

 

Swyngedouw E, 2004, Social power and the urbanization of water. Flows of power, Oxford University Press, 209 p.

 

Éléments biographiques

Cursus universitaire

DEA de Géographie, Université de Caen, 2004

Maîtrise de Géographie, Université de Caen, 2002

Licence de Géographie, Université de Caen, 2001

DEUG de Géographie, Université de Caen, 2000

 

Activités scientifiques

Co-organisation (collectif de chercheurs) du séminaire de recherche intitulé Pensées et pratiques de l’émancipation, laboratoires ESO Caen et CERReV, Université de Caen – Basse Normandie, février – juin 2013


N.B. : chaque page personnelle est rédigée sous l'entière responsabilité de son auteur.