Introduction au projet du CERSE

√Čducation et formation n'ont jamais √©t√© l'apanage seul de l'√©cole ; on peut m√™me consid√©rer qu'historiquement la transmission des savoirs s'est jusqu'au XIXe si√®cle effectu√©e essentiellement hors des enceintes scolaires. Il est non moins vrai que l'extension de la scolarisation au XIXe si√®cle s'est accompagn√©e d'un mouvement d'int√©gration et d'homog√©n√©isation relative des cadres de l'instruction et des formations, √† l'int√©rieur d'une m√™me rationalit√© globale : progressivit√© des programmes, d√©finition des dipl√īmes, dispositifs d'alternance dans les domaines techniques et professionnels, relations dialectiques entre formations pratiques et th√©oriques, entre enseignements g√©n√©raux et sp√©cialisations. Mais ce programme d'institutionnalisation et de rationalisation a aussi toujours √©t√© accompagn√© et/ou contredit par des forces divergentes ou des besoins particuliers et locaux, dans certains secteurs professionnels ou bien √† travers les mouvements d'√©ducation populaire ou d'innovation p√©dagogique.

Les trente dernières années n'ont fait qu'accélérer ces différents processus, accentuer leurs logiques propres, dans une évolution que l'on peut décrire comme un mouvement complexe de dé?territorialisation et de recomposition des formes de la scolarisation et de la formation. Ce phénomène se déroule à travers des transformations plus larges dont les descriptions sont multiples : fin de la société industrielle et de ses nettes hiérarchies, structuration horizontale des relations sociales en termes de cercles ou de réseaux, recomposition du lien social sur la base des valeurs de liberté, d'égalité, d'autonomie, de projets temporaires, autant de modes nouveaux d'articulation entre l'individuel et le collectif. À cela, il faut ajouter les modifications en profondeur touchant aux représentations de l'enfant : manipulé, médicalisé en même temps que mythiquement survalorisé. De ces transformations, les formes d'organisation sociale, institutionnelle et symbolique de l'éducation et de la formation reçoivent une sorte de contrecoup, de telle sorte que l'on assiste aujourd'hui au croisement de dynamiques plurielles, parfois antagonistes, certaines plus anciennes et d'autres inédites, qui font éclater les modèles classiques et ouvrent les dispositifs de formation et d'éducation à de nouvelles temporalités et à d'autres espaces.

Telle est la problématique générale dans laquelle s'inscrit le projet du CERSE ici présenté.