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L’astrologie aujourd’hui en France : quel « genre » de divination ?

Caroline Boquet, docteure en sociologie
Structure de recherche associée à la MRSH : CERReV, Ateliers Du Genre
Date : 26/09/2016
Lieu : MRSH Caen
Durée : 46:21

Cette communication a été donnée dans le cadre des Ateliers Du Genre qui ont pour vocation d’animer un espace de travail et d’échange autour du genre dédié aux étudiant.e.s, doctorant.e.s et jeunes chercheur.e.s en sciences humaines et sociales. Il s’agit de valoriser les approches féministes du genre, en tant que principe de différenciation et de hiérarchisation des sexes, des sexualités, et des valeurs et des représentations qui leur sont associées.

Caroline Boquet est docteure en sociologie.

Résumé de la communication

Dans la société française contemporaine, l’astrologie et, plus généralement, la divination sont communément identifiées à des « trucs de bonne femme ». Il convient pourtant de souligner que la féminisation de l’astrologie est un processus socio-historique relativement récent. Car, du deuxième millénaire avant notre ère jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’exercice légitime de la divination astrale était exclusivement réservé aux hommes. Intimement liée à l’astronomie, l’astrologie était l’affaire de savants occupant des positions privilégiées au sein de l’élite sociale et politique. Impliquant une longue éducation recourant à la maîtrise de l’écriture, l’apprentissage de l’astrologie, comme celui des autres « sciences » de la divination déductive, était donc inaccessible aux femmes.

Après avoir rayonné sur les cours royales européennes pendant plusieurs siècles, l’astrologie est cependant remise en cause par la découverte de l’héliocentrisme, puis éclipsée par la science astronomique au cours du XVIIIe siècle. Privée du droit de cité académique, l’astrologie trouve refuge dans les cercles occultistes où se retirent les savoirs et les pratiques discrédités par la science moderne. Alors qu’elle semblait appartenir au passé, l’astrologie refait pourtant surface au XXe siècle dans le monde occidental. En France, les premiers horoscopes apparaissent dans certaines revues féminines au début des années 1930, avant d’être plus largement diffusés dans la grande presse quotidienne. Depuis, l’essor d’Internet et des nouveaux outils numériques ont considérablement étendu la portée des messages zodiacaux qui s’affichent désormais sur l’ensemble des écrans qui tapissent notre quotidien.

Une analyse approfondie révèle toutefois que le clivage de genre conditionne la visibilité de l’astrologie dans les différents médias. Tandis que l’horoscope demeure omniprésent dans les magazines féminins, les journaux visant un lectorat masculin continuent à l’exclure de leurs pages. De plus, l’examen des rubriques astrologiques montre que ces énoncés intègrent, eux aussi, l’opposition hiérarchisée du masculin et du féminin, et véhiculent une myriade de stéréotypes adossés à la norme hétérosexuelle. Ciblées par l’astrologie de masse, les femmes sont, en contrepoint, plus nombreuses que les hommes à pratiquer la divination astrale, qu’il s’agisse de consulter les prévisions zodiacales, de faire appel aux services personnalisés d’un.e professionnel.le, ou même de devenir astrologue. Mais, loin de refléter des dispositions d’esprit innées, nous verrons que ce plus grand recours des femmes à l’astrologie s’inscrit dans le prolongement des inégalités de genre ancrées au cœur de l’ordre social contemporain.

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