"L'enseignant référent, une fonction à la croisée des mondes sociaux du handicap"

Lieu : Salle du Belvédère - Bâtiment droit
Début : 19/01/2016 - 14:00
Fin : 19/01/2016 - 17:30
Responsable(s) scientifique(s) : Philippe MAZEREAU

 

Le droit à la scolarisation des enfants handicapés est une notion centrale de la  loi du 11 février 2005. Le législateur rompt avec le principe d’intégration pour tendre vers celui de l’inclusion qui préfigure un nouveau paradigme axé non plus sur une éducation spécialisée distincte du circuit « normal » de l'éducation, mais sur la scolarisation de tous les élèves, et a fortiori ceux avec un handicap, au plus près de l’école ordinaire. L’émergence du paradigme inclusif s’accompagne de mutations intra et inter institutionnelles qui invitent à rompre avec les fonctionnements historiquement et culturellement cloisonnés entre les secteurs de l’éducation, du médico-social et du sanitaire afin de trouver de « nouveaux ajustements collectifs » (Plaisance, 2009). C’est dans ce contexte changeant, où l’émergent s’entrechoque parfois avec l’établi (Demazière, 2008), que le législateur a spécifié une fonction d’enseignant référent chargée « d’assurer, sur l’ensemble du parcours de formation, la permanence des relations avec l’élève, ses parents ou son représentant légal» (décret du 30 décembre 2005).

La présente recherche propose d’étudier le processus de professionnalisation de cette fonction d’enseignant référent. Ce travail est conduit sous la double référence de la socio-histoire des groupes professionnels et de l’analyse de l’activité. La première nous conduit à étudier l’inscription de cette fonction dans la filiation du champ de l’enfance, actuellement désignée « handicapée », depuis la constitution des premières Commissions médico-pédagogiques prévues par l’article 12 de la loi du 11 avril 1909, puis de suivre, diachroniquement et synchroniquement, les évolutions structurelles relatives à ces commissions. La seconde mobilise la sociologie des groupes professionnels (Demazière, Gadéa, 2009) et ouvre la perspective d’une analyse de l’activité visant à dégager les principaux organisateurs du travail des enseignants référents. Une ethnographie exploratoire, permet, tout d’abord, de décrire et de classer l’organisation de l’activité (Vergnaud, 1991) d’un représentant de ce groupe professionnel à l’échelle locale dans un secteur géographique spécifique. Elle sert ensuite à la construction d’une enquête par questionnaire adressée à tous les enseignants référents de France et ayant recueilli 32% de réponses. Les résultats de cette enquête proposent une topographie des territoires professionnels des enseignants référents et permettent également d’apprécier les déterminants les plus significatifs de l’activité de ces derniers. Ils sont complétés par 21 entretiens semi-directifs qui précisent comment les enseignants référents incarnent leur fonction et le sens qu’ils donnent à certains pans de leur activité quotidienne. Nous appuyant sur la « circulation des prescriptions » (Denis, 2007), nous envisageons alors d’apprécier les interprétations, cristallisées à l’échelle départementale, du cadre législatif qui définit la fonction d’enseignant référent. Cette analyse à double entrée invite finalement à faire le pont entre les dimensions structurelles des évolutions de la scolarisation et les manières d’interpréter en contexte la fonction charnière d’enseignant référent. Plus généralement, elle permet de saisir, pour cette première génération d’enseignants référents, « le moment étrange où se fait l’ajustement entre l’individu et le poste, [et] le moment où les individus se font tout en faisant le poste » (Muel-Dreyfus, 1983).

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