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Sensitroph - Du Rivage, percevoir la mer. Quels détours sensibles pour les modèles écosystémiques trophiques ?

Projet Fondation de France, UMR 7208 BOREA, UMR 7533 LADYSS, PEMAR MRSH Caen

Responsables du projet : Nathalie NIQUIL, DR CNRS, UMR 7208, BOREA et Joanne Clavel, CR CNRS, UMR 7533, LADYSS.

Les sociétés humaines interagissent fortement et de façon croissante avec les écosystèmes côtiers: par la fourniture de nourriture, le transport de toutes sortes de marchandises, la dilution des pollutions agricoles, industrielles, pharmaceutiques dans les eaux et l’installation sur les rivages des lieux de vie humains (maison primaire ou secondaire)… Les zones côtières contribuent notamment à 59% de la valeur économique prodiguée par les écosystèmes de la planète bien qu’ils ne représentent que 7% de la surface du globe. La quantification monétaire des services écosystémiques ne donne cependant qu’une vue partielle et étroite des relations intenses que les humains entretiennent avec ces écosystèmes souvent piliers constitutifs de l’individuation et des modes de vie. Il est donc essentiel de développer des recherches qui allient d’un seul tenant le fonctionnement des écosystèmes et les attaches culturelles des populations humaines d’autant que les conditions de stabilité et de résilience des socio-écosystèmes sont de plus en plus précaires par les changements climatiques et l’extinction massive de la biodiversité, mais aussi par l’actuel « partage des eaux » du Brexit.

On est alors face à la difficulté de quantifier ces relations intimes et collectives aux écosystèmes marins, quantification rendue pourtant essentielle dans le contexte technocratique de la planification spatiale des activités, en particulier énergétiques, avec celle des sites d’implantation des Energies Marines Renouvelables. Si la composante biodiversité est souvent occultée dans les solutions énergétiques post-pétrole, la composante paysagère et du «  sens des lieux » l’est tout autant et c’est ce que ce projet tente de réunir.

 

Archives maritimes de Guernesey

Responsable : Eric Barré

Les îles Anglo-Normandes constituent un espace stratégique essentiel tant au niveau local que celui des approches atlantiques de la Manche. Aujourd’hui, elles bordent l’une des voies maritimes les plus fréquentées du monde (1). Les Jersiais et les Guernesiais ont parfaitement conscience de l’importance de leur lien avec la mer dont l’histoire a fait de fidèles sujets de sa majesté britannique (2). Dans cet ensemble, le bailliage de Guernesey occupe une place importante non seulement en raison des îles et îlots qui le composent (3) mais aussi du mouillage exceptionnel que représentent les abords de Saint-Peter-Port depuis l’Antiquité (4). Il n’est guère possible pour l’historien maritime d’ignorer les lieux. C’est pourquoi il a semblé utile dans le cadre du programme de recherche La Nef normande de réaliser une présentation des sources en histoire maritime localisées dans les îles Anglo-Normandes, et, dans un premier temps, au bailliage de Guernesey, en collaboration avec les Archives de l’île (Island Archives Service).

Il ne faut pas pour autant croire que les îles de la Manche soient restées vierges de toutes recherches. Chercheurs locaux et universitaires britanniques se sont intéressés depuis très longtemps à l’histoire maritime de ces îles comme le démontrent les quelques références déjà citées. Pour une bonne approche globale concernant le bailliage de Guernesey, quoiqu’un peu datée, l’historien peut se pencher sur les travaux d’Edith Carey (5). Pour une vue plus spécifique et afin de mieux appréhender le cadre institutionnel et événementiel au lendemain de la commise de 1204, il est essentiel de lire les travaux du très regretté John Le Patourel sur l’administration des îles Anglo-Normandes, mais on se reportera aussi aux articles de Wendy Stevenson et de Trevor Williams sur l’importance des îles dans les relations anglaises avec le continent (6). Pour la fin du Moyen Âge et le début de la première moitié de la période moderne, le livre récent de Tim Thornton constitue une base solide dans notre compréhension des relations entre les îles et les souverains anglais. On citera également les travaux de Gregory Steven-Cox qui permettent non seulement de suivre l’évolution de la capitale de l’île, Saint-Peter-Port, de 1680 à 1830, mais aussi d’étudier le monde des marchands guernesiais, sans oublier ceux de Rose-Marie Crossan qui portent sur un phénomène induit que représente l’anglicisation des îles durant le xixe et la première moitié du xxe siècle (7).

Il est bien évident que cette liste est sélective, elle démontre néanmoins tout l’intérêt historique que représentent les îles Anglo-Normandes. Entre le second quart du xixe et le premier quart du xxe siècle, ses habitants ont manifesté un vif intérêt pour la publication des sources historiques les plus anciennes, allant de 1204 jusqu’au règne d’Henri VIII. Les documents publiés ne concernent pas uniquement le domaine maritime, mais ils en constituent une part importante (8). Ils permettent, par exemple, de connaître les obligations faites aux tenanciers des îles de porter du blé entre le Mont-Saint-Michel et Cherbourg, la possibilité pour l’abbaye du Mont-Saint-Michel d’exporter leurs revenus de Guernesey vers le continent (9). Ces mêmes sources détaillent les mesures prises au lendemain de la commise de 1204 telles que la mise en place d’un véritable contrôle naval qui puisse sécuriser les approches maritimes de l’archipel ou les taxes établies pour financer sa défense (10).

Ces quelques éléments démontrent toute la richesse archivistique du baillage de Guernesey dont les trois principaux dépôts sont l’Island Archives Service, la Priaulx Library et le greffe de la Royal Cour auquel il convient d’associer les musées de l’île et une association le Maritime Heritage. Le premier contient, entre autres, une collection imprimée depuis les années 1800 des « Billets d’État », projets soumis à la discussion des États par le bailli, contenant nombre d’informations sur le domaine maritime et en particulier les infrastructures (11). Pour le greffe, nous disposons d’un inventaire en trois volumes fournissant toutes les indications nécessaires quant au cadre de classement, celui-ci étant composé de quatre ensembles : les registres, les documents simples (officiels, semi-officiels et officieux), les enregistrements en attente de classement, les collections déposées (12). Si l’on se reporte uniquement aux registres judiciaires de la cour royale, une série attire particulièrement l’attention, les registres d’« Amirauté » (13). Ces derniers représentent 65 volumes allant de 1633 à 1934. Il ne s’agit pas de la juridiction de l’Amirauté telle que nous l’entendons en France ou en Angleterre, mais des causes évoquées devant la cour concernant plus spécialement le commerce maritime (14). Les Records of the Sates contiennent un livre de certificats sur l’expédition du vin entre 1768 à 1788 (15). La collection des manuscrits dite « in the bailliff’s room » comporte une série de documents relatifs au phare des Casquets datant de 1723 à 1753 (16). Parmi les lettres royales, citons une lettre de Richard II délivrée à Westminster, le 28 juillet 1394, qui exempte les habitants des îles de tous droits, y compris de port, dans le royaume d’Angleterre (17).

Il aurait été possible d’évoquer les documents concernant les corsaires, la contrebande ou les droits seigneuriaux, mais le but de ce propos était de démontrer toute la richesse d’un ensemble de sources qui, depuis la fin du xve siècle, n’ont subi aucun affront notable si ce n’est ceux du temps. La réalisation d’une présentation des sources d’histoire maritime sous la forme d’une base de données y a toute sa place, non seulement dans une optique scientifique mais aussi dans le renforcement des liens qui unissent les Anglo-Normands et les Normands « continentaux » de part et d’autre du passage de la Déroute.

Bibliographie Guernesey

Publications :

Eric Barré, "Aurigny, terminal pour un pirate", Revue de Manche, t. 60, fasc. 242, 2018, p. 2-32. (version longue)
Eric Barré, "Aurigny, terminal pour un pirate", Frontières, obstacles, franchissements en Normandie, t. 23, 2018, p. 407-414. (version courte)
Eric BARRE, Darryl OGIER (coll.), Aperçu des sources d'histoire maritime du bailliage de Guernesey, le greffe de la Cour royale de justice de Guernesey", Chronique d'histoire maritime, n° 83; décemebre 2017, p. 61-78.
Eric BARRE, "Le mandement de Charles VI approvant la règlementation du métier des arrimeurs de vin de la ville de Rouen, de novemebre 1398", Chronique d'histoire maritime, n° 84, juin 2018, p. 35-50.