La Nef normande. Programme de recherche et de valorisation du patrimoine nautique de Normandie et des îles Anglo-Normandes

Alors que les Normands rèvent de « drakkars » et qu'ils évoquent la Tapisserie de Bayeux, comme l'unique source documentaire, dès qu'il s'agit d'aborder le navire à l'époque médiévale, les quelques investigations scientifiques qui lui ont été consacrées n'ont fait l'objet d'aucun projet fédérateur. Paradoxalement, le navire en Normandie (et son environnement géographique, technique et culturel) est le parent pauvre des recherches universitaires, quelle que soit d'ailleurs la période étudiée.

Une équipe constituée au sein du Pôle pluridisciplinaire « Espaces maritimes, sociétés littorales et interfaces portuaires » de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (CNRS - Université de Caen) s'est donc engagée dans un partenariat avec les Archives de l'île de Guernesey afin de valoriser le patrimoine nautique de Normandie et des îles Anglo-Normandes. Cette valorisation pourra prendre plusieurs formes : colloques, séminaires, conférences, publications, comptes rendus sur le site du Pôle maritime sous la forme de journaux de bord.

 

Ce programme de recherche pluridisciplinaire se développera au sein de sept grands domaines scientifiques :

  • Un volet archéologique :
    a) inventaire et étude des vestiges archéologiques navals anciens, de la préhistoire au XVIIIe siècle ; b) cartographie des structures portuaires antiques et médiévales (Urville-Nacqueville, Port-en-Bessin, Barfleur, etc.).
  • Un volet iconographique :
    a) sculptures à figuration navale ; b) sceaux ; c) vitraux ; d) graffiti ; e) modèles de navire (ex-voto).
  • Un volet historique :
    Inventaire et cartographie des chantiers navals depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours.
  • Un volet ethnologique :
    Les bateaux de pêche en Normandie et dans les îles Anglo-Normandes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle : leurs types, leur architecture, leur usage selon les modes de pêche.
  • Un volet juridique :
    La Coutume et la mer : le droit de varech en Normandie et dans les îles Anglo-Normandes, les choses gaives, etc.
  • Le volet hagiographique :
    Les saints marins en Normandie : la culte de saint Clément et autres...
  • Un volet linguistique :
    a) le vocabulaire nautique normand et anglo-normand depuis le poète jersiais Wace (XIIe s.) jusqu'au XXe siècle ; b) la toponymie maritime.


Équipe :

Responsables : Élisabeth Ridel (conceptrice du projet et co-directrice du Pôle maritime) et Sophie Poirey (directrice du certificat d'études juridiques normandes).

Équipe : Éric Barré, Michel Daeffler, Marion Delhaye, Fabrice Émont, Justin Lecarpentier, Jean-Louis Lenhof (directeur du CRHQ), David Nicolas-Méry, Darryl Ogier, Annick Perrot, François Renault.

Organisme porteur du projet : Pôle maritime de la MRSH (CNRS-Université de Caen).

Organismes partenaires du projet : CRHQ, Archives de l’île de Guernesey, Musée de Normandie, Musée maritime de l’île Tatihou, Société Française d’Histoire Maritime, GRAC.

 

 

 

 

 

 

 

Téléchargez le Journal de bord de La Nef Normande.

 

 

 

 

 

 

Bibliothèque virtuelle des dictionnaires de marine (17e - 19e siècle)

Objectifs

Depuis plusieurs années, le CRHQ a constitué un fonds ancien de dictionnaires de marine afin d’enrichir la documentation liée à l’élaboration du Nouveau glossaire nautique d’Augustin Jal (Ridel & Zysberg, 2011). Ce fonds est actuellement accessible au Centre de documentation de la MRSH et référencé dans le catalogue collectif de l’Université de Caen et le SUDOC. Afin de constituer une véritable bibliothèque virtuelle des dictionnaires de marine, le corpus initial sera complété par d’autres dictionnaires inventoriés dans diverses bibliothèques ainsi que par des dictionnaires manuscrits inédits des 17e et 18e siècles. Le corpus final devrait atteindre une trentaine de dictionnaires.

Le projet DicoMarine consistera à mettre en parallèle les différentes entrées lexicales. Cette mise en alignement du lexique maritime permettra de souligner l’évolution des définitions, de pointer l’apparition d’un nouveau mot, d’évaluer les emprunts successifs d’un dictionnaire à l’autre, offrant ainsi la possibilité de multiples analyses lexicologiques et lexicométriques de la langue des marins.

 

Méthodologie

Dans un premier temps, un inventaire des dictionnaires de marine est en cours de réalisation en utilisant le standard XML EAD et le logiciel Pleade pour l’exposition des données sur les réseaux. La structuration de l’information, le développement d’interfaces et de moteurs de recherche permettront des modes de consultation et de circulation aisés dans le corpus des dictionnaires.

Dans un second temps, la numérisation intelligente des ouvrages, basée sur le standard XML TEI pour le balisage de l’ensemble des éléments constitutifs des textes, donnera les moyens de construire des interfaces offrant une navigation au fil des termes par relation thématique ou associative. Cette seconde phase sera mise en place à partir de la structuration des définitions et illustrations de l’édition originale du Dictionnaire de marine contenant les termes de la navigation et de l’architecture navale… de Nicolas Aubin de 1702 et étendue aux autres titres.

 

Résultats et perspectives

Les résultats sont en cours… Mais il faut savoir qu’une équipe pluridisciplinaire s’active à l’étude de ces dictionnaires de marine. Les préfaces font l’objet d’une étude minutieuse afin de connaître le projet lexicographique de leurs auteurs. Les linguistes se penchent sur les aspects lexicologiques du vocabulaire maritime mais aussi sur son étymologie. Ils s’attacheront particulièrement à développer une analyse sémantique componentielle comparée, méthode à l’origine élaborée par des linguistes-anthropologues spécialistes du vocabulaire de la parenté au milieu des années 1950. Les premiers résultats de ce type d’analyse s’avèrent déjà prometteurs (François, 2012).

Les historiens apporteront d’indispensables éclairages sur le contexte historique des époques concernées, tant sur le plan général que sur l’histoire particulière des techniques, car le vocabulaire maritime s’est adapté à l’évolution des navires et des équipages (Ridel, 2007). Établir une biographie des lexicographes de marine constituera une recherche qui reviendra également aux historiens. Enfin, parce que les mots ne peuvent être séparés des choses, l’archéologie viendra compléter les éventuels commentaires du corpus iconographique correspondant aux définitions des termes de marine.

 

Conclusions

Le projet DicoMarine est un programme pluri- et interdisciplinaire qui permettra de réfléchir à ce qu’est la langue des marins : comment s’est-elle constituée, comment a-t-elle évoluée au fil des siècles et des techniques, comment se sont élaborés les dictionnaires de marine, pour quels besoins ? Si quelques travaux ont été publiés sur le sujet, il reste beaucoup à faire dans ce domaine d’étude particulier, aux confins de l’histoire et de la linguistique.

 

Orientation bibliographique

  • François, J. (2012). Les verbes de marine en français au XVIIe siècle et la place du Dictionnaire des Arts et des Sciences de Thomas Corneille. Communication présentée à la journée d'études Le vocabulaire maritime et les dictionnaires. Fort de la Hougue (Pôle maritime-MRSH de Caen), mai.
  •  Le Bris, D. (2000). L'Élément breton dans le glossaire nautique de Jal. Thèse de doctorat, EPHE.
  • Mounier, P., Sizaire,P. (1979). Bref historique du dictionnaire de marine de ses origines à nos jours. Paris : Académie de marine.
  • Ridel, É. (2009). Les dictionnaires de marine : des outils linguistiques au service des marins ? Communication présentée au congrès international Un dictionnaire... Pourquoi ? Comment ? Pour qui ? Université de Cergy-Pontoise, juin.
  • Ridel, É., & Zysberg A. (préface). (2011). Nouveau glossaire nautique d'Augustin Jal. Dictionnaire des termes de la marine à voile : révision de l'édition de 1848. Paris : CNRS (fasc. NOP, 430 p. + LXXII p.).
  • Rieth, É. (1993). Quelques remarques à propos du Dictionnaire de Marine (1702) de Nicolas Aubin. Neptunia, 190, 28-31.
  • Newman, D.L., & Van Campenhoudt, M. (Eds.) (1999). Terminologie maritime : traduire et communiquer. Bruxelles : Éd. du Hazard.
  • Polak, J. (1976). Bibliographie maritime française, depuis les temps reculés jusqu'à 1914. Grenoble : Éditions des 4 Seigneurs.
  • Ridel, É. (2007). L'évolution du vocabulaire de l'équipage du Moyen Âge à la Renaissance (XIe-XVe siècle). In C. Boutin, J-L. Lenhof,& É. Ridel (Eds.). Gens de mer au travail (pp. 113-134). Caen : MRSH.
  • Ségalen, A.-P. (1987). Aperçus sur la lexicographie maritime en France avant l'Encyclopédie. In J. Balcou (Ed.). La Mer au siècle des encyclopédies. Paris/Genève : Champion/Slatkine.
  • Sizaire, P. (1972). Les termes de marine. Paris : PUF (Que sais-je ? ; n°1479).
  • Van Campenhoudt, M. (1985). Le vocabulaire de la mâture à bord des grands voiliers (1848-1940). Mémoire de licence : Université de Louvain, 2 vol.
  • Van Campenhoudt, M. (1994). Un apport du monde maritime à la terminologie notionnelle multilingue : étude du dictionnaire du capitaine Paasch De la quille à la pomme du mât (1885-1901). Thèse de doctorat : Université de Paris XIII, 2 vol.
  • Van Campenhoudt, M. (1996). De la quille à la pomme de mât : le capitaine Paasch, sa vie, son œuvre. Le Chasse-Marée, 94, 24-33.
  • Villain-Gandossi, C. (1993). Le vocabulaire maritime aux XVe-XVIe siècles. In Ph. Masson et M. Vergé-Franceschi (Eds.). La France et la mer au siècle des grandes découvertes (pp. 69-79). Paris : Tallandier.
  • Villain-Gandossi, C. (1999). De Robert Estienne à Heinrich Paasch : la place du vocabulaire maritime dans les dictionnaires plurilingues. In D.L. Newman, & M. Van Campenhoudt. (Eds.). Terminologie maritime : traduire et communiquer (pp. 22-46). Bruxelles : Éd. du Hazard.

 

Équipe

Responsable : Élisabeth Ridel

Comité technique de pilotage : Pierre-Yves Buard (ingénieur au Pôle du Document numérique), Céline Chuiton ( Centre de documentation de la MRSH), Michel Daeffler, Élisabeth Ridel.

Collaborateurs scientifiques : Rachid El Hadari, Jacques François, Jean-Louis Lenhof, Rachid Lyadri, André Zysberg.

NB : En dehors de P.-Y. Buard et C. Chuinton, les acteurs et collaborateurs du projet DicoMarine sont membres du Pôle maritime.

 

Équipes de recherche

Le Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ), UMR 6583

Le Pôle maritime (MRSH)

Le Pôle du Document numérique (MRSH)

L'Université Hassan II - Mohammedia de Casablanca (Maroc)

 

Pour d'autres informations, voir le site du CRHQ : DicoMarine

 

La Baie du Mont Saint-Michel : paysages, hommes, sociétés

L’abbaye et le village du Mont Saint-Michel ont depuis longtemps concentré tous les intérêts des historiens et des érudits locaux. Le temps est venu de se tourner vers la baie, le trait de côte et son arrière-pays dans des opérations de recherches pluridisciplinaires (géologues, sédimentologues, archéologues, historiens, ethnologues, anthropologues, linguistes, acteurs contemporains des activités dans la baie), où les barrières des disciplines seraient abolies pour une compréhension englobante des activités des hommes et des interactions sur les milieux liés à la baie.

Il s’agit, à partir des travaux anciens à renouveler et à compléter (salines, etc.) ou plus récents (sédimentation, pêcheries, poldérisations, etc.), de faire émerger de nouveaux questionnements enrichis par l’appel à une documentation encore inutilisée ou négligée.

Les initiateurs du projet souhaitent ainsi évaluer sur la longue durée (de la préhistoire à nos jours) et dans un cadre spatial unifié (de Cancale à Granville) les permanences et mutations des rapports qu’ont entretenu les hommes (ceux du littoral comme les ruraux de l’intérieur) avec la baie et les conséquences de leurs activités et entreprises.

Il ne s’agit pas bien entendu de tout voir, tout comprendre, mais certaines fenêtres de questionnement seront plus particulièrement pertinentes en fonction de la documentation disponible (sources écrites, cartes anciennes et récentes, architecture, toponymes et parlers locaux, données de l’archéologie et des archéosciences).

On peut déjà évoquer quelques thèmes : la circulation des hommes et des marchandises (routes, gués, matières premières, produits transformés) depuis, vers et autour de la baie, les conditions et modalités de navigation, la mise en valeur et l’exploitation de l’estran, des herbus et des dunes comme des îles (Chausey), les paysages végétaux, les fleuves de la baie (Thar, Sée, Sélune, Couesnon, Guyoult) et leurs aménagements (moulins, pêcheries, ponts), l’architecture vernaculaire (formes, matériaux, usages), les étapes de l’occupation humaine sur le trait de côte et sur la bande côtière.

L’espace de la baie et ses alentours est saturé de récits mythiques (forêt de Sissy, souterrains depuis les châteaux et manoirs de l’arrière-pays) dont on sait aujourd’hui démêler les origines comme les cheminements et ces travaux méritent d’être exposés.

Au-delà des communications habituelles dans des revues ou des colloques, nos travaux seraient l’objet d’un ouvrage de synthèse, un Dictionnaire encyclopédique de la baie du Mont Saint-Michel.

 

Équipe

Marie Casset (MCF histoire médiévale, Université de Bretagne sud-Lorient et CRAHAM-UMR 6273)

Thierry Chardon (doctorant au CRHQ-UMR 6583, membre du Pôle maritime)

Jean-Yves Cocaign (directeur de l’éco-musée de Vains, membre du Pôle maritime)

Michel Daeffler (archéologue naval, ingénieur CNRS au CRHQ-UMR 6583, membre du Pôle maritime)

Daniel Levalet (président de la Société d’Archéologie d’Avranches, Mortain et Granville)

David Nicolas-Méry (conservateur-adjoint du Musée du Vieux Granville, membre du Pôle maritime)

Élisabeth Ridel (co-directrice du Pôle maritime, ingénieur CNRS au CRHQ-UMR 6583)