Territoires de la fiction : de la carte au territoire

Responsables : Marie-Hélène BOBLET et Hélène VALMARY

 

Cet axe fédère les recherches en Littérature et en Arts du spectacle portant sur les processus de définition, de création et de réception d’œuvres et de mondes fictionnels. Il s’agit d’examiner les modalités par lesquelles une œuvre détermine son rapport à la vérité et à l’imaginaire, ainsi que les effets induits ; d’explorer la matière et la manière dont est suscité un monde fictionnel : la configuration thématique, le traitement des composantes (temporalité, spatialité, personnages…), les phénomènes de projection ou de dédoublement. Ou bien encore d’approfondir l’analyse de tel univers imaginaire de romanciers, dramaturges  ou cinéastes des XXe et XXIe siècles.

Au-delà des chercheurs du LASLAR, cet axe rassemble des spécialistes d’universités étrangères (Salerne, Bergame, Cagliari, Sienne, Berlin, Bruxelles, Londres, Madrid) ou d’autres disciplines (histoire, sociologie…).


Marques et marges : les frontières du territoire

Se pose d’abord la question des frontières ontologiques entre écritures factuelles et fictionnelles et celle de leur transgression dans le récit ethnographique ou biographique, l’autofiction, le docu-fiction, le carnet de voyage ou la « littérature de terrain ». Se situent dans ce champ les séminaires et journées d’études tels que le séminaire Fiction/ Non Fiction (2013-2016), les deux journées La fictionnalisation des carnets de voyage de Ernesto « Che » Guevara (2014) et Les supports des carnets de voyage : journaux, films, photographies, bande-dessinées... (2015). Le colloque international Aux frontières de la Fiction. Théories, pratiques et création (2017) accomplit la synthèse temporaire de ces recherches. Les questions d’esthétique littéraire seront abordées à propos du renouvellement du contrat réaliste lors de la prochaine journée Réalisme(s) dans l’Espagne contemporaine, du XIXe au XXIe siècle (Paris, Colegio de España, Cité Universitaire). Comment l’approche informative et positive du XIXe siècles e décline-t-elle aujourd’hui, comment se greffe-t-elle sur une ambition esthétique, avec quels effets pragmatiques ?

Les analyses de la validité et de la légitimité du recours à la fiction en matière de transmission d’une mémoire collective ont par ailleurs nourri divers numéros de revues:  Fictions de guerres, (Elseneur, n° 8, 2013), L’Exemplarité historique (Elseneur, n° 31, 2016), André Pézard écrivain (Studi Medievali e Moderni, I-II 2015, Naples).

Enfin, sur le plan de la réception, le dialogue entre discours vériconditionnel et écriture fictionnelle est étudié dans les contributions qui composent le numéro 116 de la Revue Tangence, Expériences de lecteurs. La réception d’auteurs antiques à la croisée de l’histoire et de la littérature (Québec, 2018). On peut aussi verser au bénéfice de ce dialogue deux prochains colloques : Penser/Exposer la Vulnérabilité (29-30 novembre, 1er décembre 2018). Les chercheurs du Laslar y analyseront la puissance mimétique et axiomatique de la fiction, qui aide à connaître mais aussi à penser et à instituer le réel. Le congrès international de la SELF XX-XXI, Modes de Présence et Fonctions de l’écrivain dans la cité (12-14 septembre 2019), enfin, examinera pour sa part le rapport de l’invention et de la communication littéraires à l’institution d’un vivre-ensemble.


Fabrique de la fiction

Une deuxième orientation de l’axe concerne la fabrique de la fiction. Les composantes de la création romanesque ont donné lieu à des manifestations scientifiques consacrées au personnage, à l’espace et à la temporalité. Le Personnage farfelu dans la fiction littéraire des pays européens de langues romanes dans la modernité littéraire (XXe-XXIe siècles), (projet MARCOVALDO, Sinestesie, 2016) fut conçu conjointement par le Dipartimento di studi umanistici et le Laslar des Universités de Salerne et de Caen. D’autres types ou traitements de personnages nourrissent les colloques Personnages en séries, séries de personnage (actes du colloque à paraître) et Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain (23-24 mai 2019). À côté de l’action et de la narration, la description du personnage est l’objet du volume Portraits dans la littérature, de Flaubert à Proust (Classiques Garnier, 2018).

L’imaginaire spatial est au cœur des séminaires Villes imaginaires (2014-2015), Urbanismes/Urbanités (2015-2016), Italies imaginaires (2017-2018), consacrés à la figuration des lieux et à leur signification socio-politique dans les littératures de langues romanes. La journée d’étude Universel/Diversel, tout-monde ou « multivers » dans la fiction caribbéenne contemporaine constituera le numéro 12 la revue Loxias (2019). Au-delà de la figuration thématique,  c’est à l’espace comme moteur diégétique, au déplacement, à la circulation et à la migration que s’intéressent les articles du numéro 2 de la revue en ligne Entre-deux (décembre 2018, issus du colloque Le Dépaysement en littérature et le cinéma au XXe siècle), ainsi que les manifestations Evolution de l’Ouest / Evolution du Western : entre classicisme et modernité (11 janvier 2019) et L’écriture de la migration dans la littérature et le cinéma contemporains pour adultes et pour enfants, en France et en Italie, colloque qui se tiendra à l’Université de Caen du 22 au 24 novembre 2019 et à l’Université de Cagliari en 2020.


Exploration de territoires imaginaires

Une autre série de recherches se définit par la perspective monographique. En relèvent la journée d’étude Vers le paradis inhabité d’Ana Maria Matute (12 janvier 2018) ainsi que plusieurs publications récentes portant sur un univers imaginaire au singulier: Sylvie Germain et l’inexpliqué devant le mystère, le fantastique, le merveilleux (PUC, 2012), L’infini commence ici : l’œuvre d’Henry Raynal (Ed. Cécile Defaut, 2016), Camille Laurens : le labyrinthe et le kaléidoscope (Roman 20/50, hors série 2018). Cette orientation sera suivie par la décade de Cerisy-la-Salle Dumas amoureux (août 2019) et le colloque international consacré à Laurent Mauvignier (Caen, mars 2020).