But alors you are french ? Enjeux et état des lieux contemporains de la comédie en France

Lieu : Salle du Belvédère et Amphi Demolombe
Début : 11/03/2020 - 09:00
Fin : 13/03/2020 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : Ph. Ortoli / M. Perampalam

Ce colloque vise à établir un état des lieux contemporain du genre comique dans le cinéma français.
 
S’il hérite de principes (le premier restant le gag) que l’on retrouve dès les origines mêmes de l’invention des Lumière (L’Arroseur arrosé), on peut se poser la question de sa place dans la vision globale de cette dernière conçue comme art et comme industrie. Qu’est-ce que la comédie cinématographique française contemporaine ? 
 
Il nous semble pertinent de mettre en avant le fait qu’elle se caractérise par une série de sous-genres multiples (comédies d’aventure, comédies romantiques, comédies policières, etc.), qui est la marque de certains auteurs (pensons à Philippe De Broca ou, pour rester dans l’actualité, des productions Europa, par exemple, avec la saga des Taxi). Une telle tendance générique naturelle met en avant une particularité, celle qu’au-delà de son imbrication dans diverses configurations thématico-modales, la comédie doit provoquer le rire.  Comme Vincent Pinel le rappelle : « (l)a diversité des visages de la comédie rend très difficile la détermination de caractères communs, sinon l’obligation de divertir. »[1] Il y aurait une autre piste à creuser quant à la question d’une spécificité véritablement nationale, celle du trait d’humour à la française, comme on qualifierait celui britannique, avec le sous-genre dit « film d’humour »[2]. Ainsi, à travers l’art du dialogue maîtrisé par des figures tutélaires comme Michel Audiard, notamment – mais on peut aussi songer à Bertrand Blier, ou au duo Jean-Pierre Bacri / Agnès Jaoui –, la tradition de l’humour des mots, a été largement poursuivie par tout le renouveau des comiques issus du stand-up, telsDjamel Debbouze, Danny Boon, et/ou de la télévision : Kad et Olivier, Eric et Ramzy, ou Jean Dujardin. Ces films comiques français qui séduisent aussi outre-Atlantique, peuvent donner lieu à des remake, imposant la nécessité d’une adaptation, preuve possible que l'identité nationale passe par l’art du maniement de la langue. Le poids du théâtre (de Boulevard, mais pas uniquement) vient rajouter à cette forme, celle d’un comique de situations, et cet ancrage scénique nous paraît particulièrement important (qu'il caractérise un auteur comme Francis Veber ou un collectif tel Le Splendid).
 
Mais, dans ce cas, que faire des formes comiques issues d'un burlesque autant physique que verbal (on peut songer particulièrement, à l'importance d'Alain Chabat,), ou d'un réalisme social parfois plus amer qu'hilarant (les films de Fabien Onteniente, ou de Pierre Salvadori) ?
 
Par rapport à cette dernière tendance, on peut s'interroger sur les représentations sociologiques qui surjouent les clichés affiliés aux « minorités » (régionales, religieuses, ethniques, ou sexuelles : La vérité si je mens, Bienvenue chez les Ch’tis, Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, Coexister, ou encore Epouse-moi mon pote). Ces films faisant écho à une certaine actualité, parfois douloureuse, mêlant discrimination, racisme et communautarisme, entraînent l'idée qu'à la question « peut-on rire de tout et avec qui ? », s’ajouterait celle-ci « comment peut-on rire des autres tout en riant de soi-même ? ». La place de l’autodérision interroge également la réception de ces films surfant sur une nouvelle tendance. Il est aussi question d’une certaine représentation genrée, avec des actrices et/ou des réalisatrices comme Florence Foresti ou Géraldine Nakache, participant à une exposition plus féminine de la comédie (Tout ce qui brille, ; Hollywoo). Contrastant ainsi avec une certaine image offerte à la masculinité au sein de la comédie : un corps qui, à l’instar de De Funès, alimente la disgrâce moqueuse (Le Grand Bain) jusqu’à prêter un semblant de perfection narquoise (Dujardin dans OSS 117) aux modèles représentés. 
 
On le voit, le paysage est vaste : si on y rajoute le fait que ces nouveaux artistes ont donné naissance ou nourri de véritables « personnages cultes » (Brice de Nice, Patrick Chirac) qui suivent le chemin de François Pignon (héros maladroit né sous la plume de Francis Veber, et ayant traversé 40 années d’un paysage à la fois théâtral et cinématographique, à travers de 
 
nombreuses incarnations du personnage), on s'aperçoit que la comédie française est à même de produire, sinon des mythes, du moins des figures récurrentes emblématiques. Et qu’elle ne peut se réduire à une seule définition.
 
Cette recherche, non pas d’une identité, mais peut-être d’une pluralité homonymique, ne nous a pas semblé intéressante simplement par le succès public engendré par son terme, mais plutôt par la manière dont son succès public semble en désaccord, ou plutôt, en décalage avec celui de la critique, au sens large. Certes, dirons-nous, longtemps décriée depuis plus de trois siècles – on peut remonter à l’art de la scène au sein duquel s’organisent d’emblée des critiques, concernant notamment Molière, ainsi que le souligne Raphaëlle Moine[3] - la comédie a toujours peiné à gagner ses lettres de noblesse comme objet esthétique majeur. Mais, rajouterons-nous, elle reçoit les « louanges » de la profession : César du Meilleur film - 3 Hommes et un couffin (1986), On connaît la chanson (1998) etc ; Meilleur premier film pour les Inconnus avec Les 3 frères (1995) ; César du meilleur acteur en 2012 pour Omar Sy dans Intouchables (2012) ; César d’Honneur décerné à Louis de Funès en 1980 puis en 1993 à Gérard Oury etc.
 
Malgré ces récompenses, certains cinéastes comme Dany Boon, n’hésitent pas à insister sur la fracture entre le choix du public et celui de la profession[4]. L’introduction en 2018, du premier César du public (attribué à l’acteur-auteur pour Raid Dingue qui attirera plus de 4 millions 500 mille spectateurs en salles, en 2017) témoigne que cette reconnaissance est une « réconciliation » masquée. Créer une catégorie « prix du public » reviendrait-il officieusement à créer un « prix de la comédie » (genre qui ne pourrait être jugé par la profession pour ses qualités esthétiques, techniques, mais plutôt par son nombre d’entrées) ? Le fait d’avoir désigné Michel Hazanavicius président de la Fémis cette année, participe-t-il d’un désir de rapprochement en plein essor ?
 
Cette problématisation catégorielle n’empêche pas la porte du genre de s’ouvrir à ce que F. Ganzo, J. Goldberg et Q. Mevel appellent la « nouvelle comédie du cinéma français »[5] - une génération d’auteurs s’impose ainsi avec une série de films qui semblent plus séduire les critiques spécialisés : Quentin Dupieux, Antonin Peretjako, ou encore Eric Judor paraissent, effectivement, apporter une nouvelle vision de la comédie que l’on pourrait qualifier d’« auteuriste » (du moins par rapport à la valeur que l’on accorde à ce mot en France) à travers non seulement des longs métrages cinématographiques (La Fille du 14 juillet) mais également des séries télévisées (Platane), révélant par ailleurs des acteurs comme Vincent Macaigne, muse décalée du nouvel espace comique audiovisuel.
 
Ce qui s’apparente à cette nouvelle conception autorise à développer des questions esthético-narratives (souvent absentes des avis émis sur le genre par les critiques), comme chez Michel Hazanavicius, qui joue sur un décalage visuel constant, puisant dans des références cinéphiliques, incluant des clins d’œil et faisant le jeu du cinéma postmoderne avec ces va-et-vient intermédiaux (OSS 117). Ces aspects formels se détachent ou s’appliquent à jouer autour d’un cinéma sur le mode absurde (tel que c’est le cas chez Dupieux avec notamment Au Poste, ou servant un récit plus classique que l’on retrouve entre autres chez Nakache et Toledano (Le Sens de la fête)). En outre, certains partis pris narratifs permettent de créer de vraies « sagas » à travers des suites (Camping) ; ils donnent également vie à des univers comiques issus de la littérature (roman, B.D. manga), du théâtre, de la télévision, plaçant la comédie sur un mode familial (Gaston Lagaffe) ou dramatique (Rosalie Blum).
 
A travers ce colloque, il s’agira de proposer une plateforme d’échange offerte, idéalement, à la fois aux universitaires et aux professionnels du cinéma autour de questions théoriques et pratiques concernant les enjeux contemporains de la comédie française.
 
 
[1]PINEL, Vincent. Genres et mouvements au cinéma. Paris : Larousse, 2017. p. 57.
[2]Ibid, p. 126
[3]MOINE, Raphaëlle. Les genres du cinéma (2e éd.). Paris : Armand Colin, 2015. (Cinéma / Arts Visuels). p. 26
[4]ETHIS, Emmanuel, « Le Prix du public de l’Académie des César, une attention condescendante pour les spectateurs ? », in The Conversation, 8 février 2018, https://theconversation.com/le-prix-du-public-de-lacademie-des-cesar-une-attention-condescendante-pour-les-spectateurs-91414
[5] GANZO, Fernando ; GOLDBERG, Jacky ; MEVEL, Quentin. La nouvelle comédie française. Paris : Les Nouvelles Editions Jean-Michel Place, 2017. 128 p.
 
 
 
 

Fichier(s) à téléchargerProgramme French comedie

Contact