Mémoires, fêtes et voyages européens des images et des idées (XVe-XVIIe siècle)

Lieu : MRSH
Début : 22 févr. 2013 - 09:00
Fin : 22 févr. 2013 - 17:00
Responsable(s) scientifique(s) : F. CAVAILLE, A. SURGERS
  • Présentation du projet MEMOIRES

Le projet MEMOIRES étudie un aspect du patrimoine immatériel de la culture européenne : le discours silencieux de l'image dans les cérémonies urbaines et princières à la fin de la Renaissance, ses circulations, son rôle dans l'expression et la transmission des idées entre le Nord et le Sud de l'Europe. Nous retiendrons tous les arts et les formes impliqués par ces fêtes, aussi luxueuses qu'éphémères : architecture, apparat et peinture, spectacle théâtral, musical et chorégraphique, textes épidictiques ou descriptifs, gravures et livres- monuments, parce que ces images valent non seulement pour leur forme (verbale, visuelle, mentale) mais aussi pour les idées et les discours qu'elles véhiculent en les incarnant. La construction progressive des États modernes et la centralisation du pouvoir monarchique ou princier, en Europe entre le XVe et le XVIIe siècle, est soutenue par des fêtes, des cérémonies et des divertissements où le politique se met en spectacle et se construit par le spectacle. Éphémères et circonstanciels, ces spectacles ont pourtant laissé de multiples traces. À ce jour, il n'existe pas de travaux d'ampleur qui envisagent le phénomène sur une longue durée, entre plusieurs pays, en fonction d'un axe reliant le Nord et le Sud de l'Europe. Surtout, aucune étude n'a été proposée sur le langage des fêtes - dont la répétitivité et l'intensité encomiastique ont parfois rebuté. Or l'approche de ces spectacles peut être reprise avec profit à partir de l'étude de leurs allégories, car ils sont conçus comme des discours, des agencements poétiques de formes et d'idées. L'emploi systématique d'un vocabulaire iconographique est le signe d'une communauté de culture et d'expression entre les différentes cours européennes, communauté qui n'existe pas de fait, mais qui se construit par l'emprunt de formes anciennes ou par l'invention de modèles nouveaux; à ce vocabulaire iconographique s'ajoute un vocabulaire musical qui accompagne et soutient le regard. C'est ce langage européen des spectacles princiers et civiques , en tant qu'emblèmes, que l'équipe se propose d'étudier.
Les travaux seront menées en trois ans, avec un séminaire (8 journées en trois ans) et trois colloques, organisés en collaboration avec les partenaires du projet (UCBN-LASLAR / Université Paris Est Créteil / Polo museale fiorentino /Musée national du château de Pau / Universiteit Utrecht). L'analyse de l'utilisation et de la réception du champ allégorique dans des événements élaborés par plusieurs arts cherche à faire apparaître parentés et spécificités en fonction des contextes et des acteurs, à dresser un vocabulaire des motifs iconiques les plus fréquents ou les plus originaux, à comprendre les circulations et les réseaux qui font de ce vocabulaire une langue et une culture européennes.

  • Champ chronologique

1548-1641. La fête n'est pas un événement de la vie de l'esprit, mais elle exploite et donne un nouvel écrin à des images qui sont nées de cette vie. Si la publication des Emblemata d'Alciat en 1531 donne un essor inédit à la vie des images, l'entrée d'Henri II à Lyon en 1548 inaugure un nouveau régime politique de l'image. Cette fête commanditée par un cardinal italien (Ippolito d'Este) et inventée par un grand poète français (Maurice Scève) s'impose comme terminus a quo du projet. Le terminus ad quem est l'ouverture en 1641, devant la famille royale, de la grande salle du Palais Cardinal : une somptueuse publication garde la mémoire de ce premier exemple français de l'importation, encore partielle dans l'architecture-scénographie et la musique, du modèle à l'italienne pour une fête de cour, signe de la mutation du régime des images et du point de vue du spectateur. Au cours de cette période, Provinces-Unies du Nord et du Sud, Lorraine, royaume de France et principautés italiennes exploitent de façon à la fois singulière et convergente le nouveau régime des images, expression du souffle de l'Europe.

  • Champ géographique

Il se développe autour des fêtes et cérémonies organisées par ou pour les princes d'Orange, les rois ou régentes en France, les ducs de Lorraine, les grands-ducs de Toscane, célébrant les alliances politiques ainsi que les alliances dynastiques entre les Valois et les Medici, puis entre les Bourbon et les Medici, entre les Valois et la maison de Lorraine, entre les Bourbon et les Habsburg. Ce champ conduit à un corpus européen, la circulation des idées accompagnant celles des marchands et des banquiers.

Contact
Catherine Bienvenu