La salle de spectacle rectangulaire en France et en Europe (XVI-XVIIe siècles)

Lieu : CESR de Tours
Début : 28 juin 2012 - 09:00
Fin : 1 juill. 2012 - 18:00

Colloque international au C.E.S.R. de Tours (séance inaugurale le mercredi 27 juin 2012, travaux les jeudi 28, vendredi 29, samedi 30 juin et dimanche 1° juillet 2012)

Comité d’organisation

Monique CHATENET (Centre André Chastel, CNRS,
Paris) – Juan Carlos GARROT (Université François Rabelais et CESR. de
Tours) – André LASCOMBES (CESR de Tours) –Pierre PASQUIER (Université
François Rabelais et CESR de Tours) – Anne SURGERS (Université de
Caen Basse-Normandie-LASLAR EA 4256)

Porteurs du projet: Pierre PASQUIER & Anne SURGERS

 

Au point de départ de la réflexion proposée par ce colloque, se trouvent trois constatations :

– A partir d'une date que l'on pourrait fixer au plus tard à 1548, année de l'édification à Paris du théâtre de l'Hôtel de Bourgogne par les Confrères de la Passion (mais qui remonte sans doute à une période antérieure), on emploie comme salle de théâtre, en France, un espace rectangulaire, de dimensions variables, mais comportant souvent un plateau, un parterre et des galeries latérales, parfois un amphithéâtre. Ce lieu peut résulter d'une construction spécifique ou de l'aménagement, éphémère ou durable, d'un espace intérieur ou extérieur à caractère public, privé ou curial.
– Ce genre de salle de théâtre s'emploie en France plus durablement, semble-t-il, que dans les autres pays européens. Il faut en effet attendre 1780, date de l'édification par Victor Louis du Grand Théâtre de Bordeaux, pour que se construise, dans notre pays, la première véritable « salle à l'italienne », c'est-à-dire un espace se caractérisant par un cadre de scène, une cage de scène, une salle arrondie tangente au cadre et une diposition des spectateurs organisée en fonction de la scène, en particulier par les cloisons des loges qui convergent vers la scène et non plus dans la salle.
3°) Les historiens du théâtre n'ont quasiment jamais considéré la salle rectangulaire en elle-même et pour elle-même et n'y ont vu, dans le meilleur des cas, qu'une forme transitoire dans l'évolution inéluctable menant vers la salle à l'italienne conçue comme un modèle architectural d'une perfection indépassable et, dans le pire, qu'un espace de fortune que les troupes de comédiens investissaient faute de mieux, sans grand discernement et par commodité.

Partant de ce triple constat, ce colloque se propose plusieurs objectifs. Il s'agira de :
– déterminer les principales caractéristiques structurelles de la salle de théâtre rectangulaire française,
– cerner les diverses logiques (optique, dramatique, sociale...) auxquelles elle obéit,
– dégager sa spécificité par rapport non seulement à la salle à l'italienne, mais encore aux espaces homologues en usage en France et en Europe à la même époque, à vocation dramatique ou non. En un mot, la salle rectangulaire française constitue-t-elle un modèle architectural propre à notre pays ou l'une des modalités d'un modèle à caractère européen ?

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs voies d'approches sont proposées. On pourra :

– décrire la salle de théâtre française et ses modes de fonctionnement en étudiant sa structure architecturale, optique et acoustique, la manière dont s'y trouvent disposés les spectateurs, les rapports qui s'y tissent entre scène et salle, les diverses techniques dramatiques et scénographiques mises en œuvre en fonction des formes de spectacle qui s'y donnent (théâtre, ballet de cour, théâtre à machines, opéra)...
– établir l'ascendance architecturale de la salle rectangulaire en la mettant en rapport avec la salle de palais, le jeu de paume, tels espaces de même forme à usage polyvalent...
– décrire les homologues européens de la salle de théâtre française et leurs modes de fonctionnement afin d'amorcer une comparaison : le hall Tudor, le corral de comedias du Siècle d'Or, la salle des chambres de rhétorique flamandes, le salone italien, etc.

– décrire les espaces homologues à usage non dramatique employés à la même époque, en France comme en Europe, et leurs modes de fonctionnement : le dispositif des pompes funèbres, le dispositif des fêtes curiales, le dispositif de la lecture à haute voix dans le salon, la salle de corporation, la salle de confrérie, le dispositif des Etats généraux, la nef de l'église, le salon de musique, etc.

Ces études s'efforceront de lier aussi étroitement que possible la description précise des lieux considérés et l'étude des pratiques spectaculaires ou sociales qui s'y déroulent afin de déterminer avec toute l'exactitude souhaitable comment l'espace s'y trouve effectivement mis en œuvre.

Pour être pleinement productive, une telle réflexion devrait réunir et croiser les compétences d'historiens du théâtre, d'historiens de l'architecture, de musicologues, d'historiens de l'art, d'historiens des mentalités ou des pratiques sociales...

En outre, la réflexion ne s'interdira pas de franchir éventuellement, en amont comme en aval, les bornes chronologiques fixées et d'aborder, par exemple, les pratiques dramatiques médiévales tardives, la critique de la salle française par les théoriciens de l'architecture théâtrale du Siècle des Lumières, les représentations contemporaines de pièces d'époque dans les rares salles anciennes conservées en Europe ou encore les constructions contemporaines de salles de spectacle rectangulaires.