Journée d'études "Figures du refus - Objets et corps au rebut"

Lieu : MRSH
Début : 2 déc. 2011 - 08:00
Fin : 2 déc. 2011 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : Brigitte POITRENAUD
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Présentation

Dans le but d'interroger « l'objet du refus », celui qui doit être jeté, éliminé, effacé, réduit ou récupéré et transformé, le projet se propose de confronter des points de vue impliquant des domaines de recherche différents : il intéresse les champs littéraires et artistiques (histoire de l'art, muséographie) ; il s'enrichit de ceux de l'anthropologie et de la sociologie, ce qui fait son originalité. Il privilégie les échanges au sein des espaces de langue romane : à ce jour il réunit des chercheurs francophones (France et Canada), italophones (Florence et Turin) et lusophones (Brésil). Il rencontre les questions du regard et de l'image (exposition dissimulation), du goût (rejet valorisation) et de la trace (conservation élimination) envisagées dans une perspective transculturelle et diachronique.
Il s'agit de sonder cet « envers du décor », cette « part du reste » qui varie d'une culture à l'autre en fonction des critères esthétiques, des codes sociaux ou des traditions culturelles. Ces objets du refus se profilent dans un clair-obscur caractéristique de nos sociétés contemporaines : à la fois visibles, inévitables, ostentatoires mais paradoxalement ignorés, délaissés, cachés.
Cette thématique de l'objet pauvre, déchu et transformé, croise, autour du goût, du dégoût et de la souillure, le destin des produits du corps et convoque celle du cycle vital. L'élaboration de la recherche vise à s'inscrire dans une dynamique qui est aussi la singularité du projet : d'une part, les objets, en tant que traces mnésiques conservées ou effacées, sont aussi envisagés comme des formes de prolongements du corps, et par là-même animés, et d'autre part, les corps, lorsqu'ils se présentent sous la forme du produit résiduel, du fragment corporel et même du cadavre, subissent à l'évidence un processus de réification.

 

Axes du travail de recherche :

Les travaux viseront à présenter une première recension de travaux d'écrivains, d'artistes, de chercheurs s'intéressant à cet « objet du refus », à comprendre ses variations et ses reprises « par le symbolique » selon les périodes, les lieux, les groupes sociaux considérés, dans le but de contribuer à une histoire culturelle de l'objet et du corps déchus. La notion de transfert ou d'échange culturels étant envisagée « côté ombre ».
L'originalité du projet tient aussi au fait que la thématique de l'ordure et du déchet de quelque nature qu'il soit, ne se réduit pas à la problématique environnementale : il s'agit plutôt de collecter et d' analyser les discours, « non pragmatiques » voire décalés que l'on porte, que l'on a porté sur le sujet, selon une approche dialectique. On peut envisager pour l'objet au rebut des destins extrêmes et divergents : le choix entre déchetterie et musée par exemple.

Exemples de sources iconographique et textuelle :

Le processus créatif des « Povéristes » semble particulièrement pertinent. Il bouleverse les préjugés, les hiérarchies et les présupposés, proposant de « renverser ses propres yeux» selon l'expression de Giuseppe Penone, artiste italien appartenant au mouvement artistique italien de l'Arte Povera, afin de considérer de façon inédite le monde des objets marginaux qui nous entoure.

Italo Calvino, dans ses notes éparses, préparatoires à la rédaction d'un texte extrêmement original, La poubelle agréée, propose une véritable « poétique du quotidien », posant sur les objets, fussent-ils les plus insignifiants ou les plus repoussants, le regard croisé de l'anthropologue et du conteur, envisageant « l'ordure comme autobiographie ».

Contacts, collaborations et perspectives au niveau national et international :

Le musée Ettore Guatelli, (Émilie Romagne Italie) exemple unique en Europe : « un musée du quotidien » qui accueille une collection singulière d'objets mis au rebut.

 

Le professeur Pietro Clemente, historien de l'art et muséographe à l'università degli studi de Florence, dirige l'association SIMBDEA (Società Italiana per la Museografia e i beni demoetnoantropologici) et travaille sur les questions de la collecte, de la collection, sur le destin et la mise en scène de l'objet à la fois mis au rebut et conservé.

Costanza Lanzara, historienne de l'art et démo-anthropologue ( université de Florence) travaille sur la mémoire des ex hôpitaux psychiatriques en Toscane, à travers les objets devenus inutiles qui peuplent ces lieux désertés. Au seine de l' IDAST (Iniziative Antropologiche e di Storia Orale in Toscana), elle collabore à la revue, Ingegni quotidiani, traitant de « Esthétique contemporaine et pratique du débris ».

Le professeur Angelo Soares, sociologue du Travail à l'UQAM (Université du Québec à Montréal), membre de l'Institut Santé et Société, s'intéresse notamment à la « gestion des émotions » de ceux qui travaillent au plus près des déchets.

A Sao Paulo au Brésil, Denise Bernuzzi de Sant'Anna, professeur d'histoire, directrice d'études à la P.U.C.(Pontifícia Universidade Católica de São Paulo), membre du Groupe International de Recherches sur le Corps, CORPUS, s'intéresse notamment à l'envers de la beauté, à la figure du refus qu'est l'obésité au Brésil ; menant des travaux sur les représentations symboliques au Brésil, en France et au Canada

Ce travail de recherche a été initié avec Catherine Le Grand-Sébille, docteur en Ethnologie et Anthropologie sociale (EHESS) est MCF en socio-anthropologie de la santé et éthique médicale à la Faculté de médecine H. Warembourg, Lille 2. : nous travaillons sur ces questions avec Serenella Nonnis Vigilante, historienne, Université Paris 13 et professeur associé à l'École Polytechnique de Turin.

 

Contact
Catherine Bienvenu +33 0231566227
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