Au XIXe siècle, en lien avec l’essor de la presse, le critique devient un acteur incontournable du monde des lettres : des personnalités telles que Jules Janin ou Gustave Planche, qui peuvent faire ou défaire en un jour le succès d’un ouvrage ou d’une pièce, sont révérées autant que redoutées. Face à une critique de plus en plus influente, mais dont les arguments ne sont pas toujours jugés recevables (on lui reproche tantôt sa vénalité, tantôt son académisme borné, tantôt son moralisme pudibond, avant que le positivisme d’une critique universitaire, dans la seconde moitié du siècle, ne soit dénoncée), les écrivains contre-attaquent : chez bon nombre d’entre eux (Gautier, Dumas, Sand, Baudelaire, Flaubert, les Goncourt…), on trouve un discours ouvertement hostile aux critiques, que ce discours s’exprime sans détour, dans des écrits privés (correspondances) ou publics (préfaces, lettres ouvertes, articles de journaux…), ou qu’il soit transposé dans des œuvres de fiction (on pense à l’exemple d’Illusions perdues). Les rapports entre écrivains et critiques sont d’autant plus délicats que ces deux statuts ne sont pas clairement distincts l’un de l’autre : la plupart des critiques ont des ambitions littéraires, tandis que de nombreux écrivains mènent parallèlement, ou ont mené, une carrière de journaliste, le journal servant de support commun aux productions des uns et des autres. Dès lors, lorsque les écrivains se font critiques, ils sont amenés à justifier cette posture et, pour se démarquer des critiques « professionnels », à inventer de nouvelles formes d’écriture critique, une critique haussée par sa littérarité au rang de critique d’artiste. Ce sont ces rapports mouvementés entre les écrivains et la critique au XIXe siècle que nous souhaitons explorer, ainsi que les conséquences de ce conflit, larvé ou déclaré, sur la critique des écrivains. Plusieurs axes pourront être privilégiés :
- Histoire des relations entre écrivains et critiques : notamment, les duels entre écrivains et critiques, figure concrète de leur antagonisme. Exemples de relations particulièrement tumultueuses (Hugo et Gustave Planche, Dumas et Jules Janin, Balzac et Sainte-Beuve…).
- Le discours anti-critique des écrivains : les grandes étapes de ce discours (1834 et la Préface de Mademoiselle de Maupin, 1857…) ; les griefs développés, les portraits-charges du critique et les images dévalorisantes permettant de le fustiger (l’eunuque, le frelon…) ; les supports et les modalités de cette anti-critique (pamphlets, satires, polémiques au sein d’un même journal ou d’un journal à l’autre…) ; la convocation du public comme arbitre du débat…
- L’auto-figuration de l’écrivain comme critique, entre dénégation et revendication : comment légitimer l’activité critique ou lui donner ses lettres de noblesse ?
- La « littérarisation » de la critique des écrivains : par le travail du signifiant, la mise en recueil des articles, l’hybridation de la critique avec des genres littéraires reconnus, l’invention de nouvelles formes d’écriture critique…


