Mémoires des formes, Histoire des genres littéraires

Lieu : MRSH SH 126
Début : 22 oct. 2010 - 13:00
Fin : 22 oct. 2010 - 16:00
Responsable(s) scientifique(s) : DUPORT Danielle

Il s’agira de reprendre une question qui a constamment occupé l’histoire littéraire depuis son « invention » par Gustave Lanson : celle de l’émergence, de la longévité, de la disparition mais parfois aussi de la résurgence  des formes littéraires. À cette question l’histoire littéraire, qui introduit l’ordre du temps dans la saisie de la littérature, a apporté ses réponses en produisant sous forme de récit une histoire des œuvres, de leurs auteurs, et des contextes où ils prennent place. Suivant les cas, ce récit s’est ordonné autour de l’idée de sources, d’influences, d’époques, d’écoles, ou encore de générations. Ainsi conçue, l’histoire littéraire s’est voulue la chronique des grand ères littéraires : classicisme, romantisme, réalisme... qui se succèdent en cycles plus ou moins réguliers à la manière des empires. C’est ainsi que Brunetière a conçu son Évolution des genres dans l'histoire de la littérature.

Rompant avec cette histoire littéraire trop prisonnière d’une certaine conception de l’histoire, les théoriciens de la littérature du XXe siècle ont voulu saisir la variabilité des formes et des manières littéraires en faisant abstraction de leurs rapports à l’histoire sociale et en cherchant ailleurs les processus d’engendrement des formes. Comme l’écrivait naguère Tzvetan Todorov : « en littérature, l’objet historique, c’est-à-dire à la fois durable et variable, ce n’est pas l’œuvre, ce sont ces éléments transcendants aux œuvres et constitutifs du jeu littéraire que l’on appellera, pour aller vite, les formes : par exemple, les codes rhétoriques, les techniques narratives, les structures poétiques, etc. . Il existe une histoire des formes littéraires, comme de toutes les formes esthétiques, du seul fait qu’à travers les âges ces formes durent et se modifient.[1] » Quarante ans après cette déclaration, le clivage entre l’approche historienne et l’approche poéticienne des formes littéraires est dépassé et c’est plutôt dans la conjonction des deux qu’on essaiera de saisir quelques phénomènes de la vie des formes littéraires et de leur devenir. Car, comme l’écrit  Roger Fayolle : « les formes n’évoluent pas de façon autonome en obéissant seulement à des lois mécaniques d’usure, de recomposition ou d’opposition [et] leurs variations ne sont pas indépendantes de la vie sociale. Un problème se pose à l’historien : élucider les raisons du choix que tel ou tel groupe social peut faire de telle ou telle forme comme étant susceptible de procurer le plaisir de l’œuvre littéraire[2] ».

Comment comprendre les variations du statut et de la valeur littéraire accordés  au cours de l’histoire à telles ou telles formes, à tels moments et dans tels milieux ? C’est la question qu’on se posera à travers des études de cas saisis dans des moments littéraires différents. Il s’agira ainsi de contribuer à une poétique historique des formes littéraires.

[1]. Tzvetan Todorov, « L’histoire de la littérature », Langue française, n°7, 1970, P. 14.

[2] Roger Fayolle, « D’une histoire littéraire à l’histoire des Littérature » (1972) repris dans Comment la littérature nous arrive, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2009, p. 96.

Contact
DIAZ Brigitte