Si le colloque « L'écriture dans tous ses états » organisé par Brian Stimpson et Myriem El-Maizi à Newcastle en 2004 avait amené à s'interroger sur le processus de l'écriture à travers certains manuscrits de l'auteur, aucun colloque jusqu'à présent n'a été entièrement consacré aux archives Marguerite Duras. Ainsi le fonds Duras est-il fréquemment exploré, sans pour autant que le fruit de ces explorations soit toujours mis au jour. Par ailleurs, à l'heure où l'édition des œuvres complètes de l'auteur en Pléiade est en préparation, les archives Duras rendent compte de la complexité de l'œuvre durassienne, dans son ensemble comme dans ses particularités, de ses replis les plus intimes jusqu'en ses ostentations les plus revendiquées.
Deux perspectives majeures se croisent ici : l'une relève clairement de la critique génétique, inscrivant l'œuvre dans l'histoire de sa production, conférant à l'écriture une dimension temporelle ; l'autre relève d'une poétique : naissance d'un style, mais aussi tension formelle ou générique, les archives Duras témoignent de choix opérés par l'auteur, et réitérés, qui font bien souvent passer de l'écriture à la réécriture. De cette dialectique entre écriture et réécriture, se dégage une interrogation sur l'unité, voire l'unicité de l'œuvre. Quelles en sont les constantes au regard des archives ? Que nous révèlent ces dernières sur « les régions claires et obscures » de l'écriture ? et surtout quelle absence pointent-elles ? N'y aurait-il pas là une stratégie - volontaire ? - de l'illisibilité ou des « lectures illimitées », qui interroge le sens et la portée (politique par exemple) de l'œuvre ?


