"Ecrivain critique"

Lieu : MRSH
Début : 12 mars 2010 - 09:00
Fin : 12 mars 2010 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : Marie-Paule Berranger

 « Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n'a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament; mais, ‑ un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste, - celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible. Ainsi le meilleur compte rendu d'un tableau pourra être un sonnet ou une élégie », c'est la réponse que Baudelaire fournit dans le Salon de 1846 à la question brûlante qu'il s'y pose : « A quoi bon la critique ? »

Avec Baudelaire, on s'intéressera dans ce séminaire à cette autre critique faite par les créateurs eux-mêmes et qui a devancé puis accompagné la critique littéraire « officielle », celle qui se pose comme telle en s'institutionnalisant dans le courant du xixe siècle. C'est à ce moment-là, en effet, que la critique s'autonomise comme discipline à part entière, ce que rappelle ainsi Thibaudet en 1927 : « Des critiques littéraires, ce n'est pas la Critique, cette puissance qui a pris conscience d'elle-même au xixe siècle et au commencement du xxe entre les traités de Vienne et ceux ce Versailles. »

Il sera donc question de cette autre critique, hybride, hétérogène, plurielle, qui a ses modalités d'expression qui lui sont propres et aussi son histoire que nous tenterons de retracer en partant du Moyen Age jusqu'à nos jours. Bien avant l'avènement de la Critique et des critiques, les écrivains eux-mêmes ont volontiers accompagné le geste créateur d'une réflexion critique. Cette posture critique et parfois même théorique ne s'exprime pas en général dans des genres littéraires déterminés, c'est aussi sa richesse. Il lui arrive d'ébranler de l'intérieur les catégories génériques (ainsi au XXe siècle, la « critique synthétique », entre essai et poème en prose, ou le texte surréaliste qui fait de la critique un moment du récit, de la réfection de l'histoire littéraire une des tâches du poète).

Il nous appartiendra donc de recenser les modalités diverses de cette expression critique qui peut prendre forme dans les préfaces (préface de Cromwell...), les manifestes,  les lettres (« Lettre du Voyant » de Rimbaud), les conférences (Cendrars, Breton), les correspondances (Flaubert, Stendhal, Sand, Bousquet, Paulhan et bien d'autres ont fait de leur correspondance un laboratoire critique de la littérature), le journal intime (Vigny, Journal d'un poète, Michel Leiris, Claude Mauriac), l'article de presse (depuis l'invention de la presse littéraire avec le Journal des savants jusqu'à l'efflorescence contemporaine des medias), la revue littéraire, mais aussi le traité (Défense et Illustration de la langue française...) l'art poétique (Arts poétiques de Peletier, de Sébillet, de Boileau...), l'essai et bien sûr toutes les formes littéraires - le poème, le roman ...

On conjuguera approche historique et approche formelle pour saisir ce qui fait la singularité de cette critique parallèle qui fuit les dogmatismes et les absolutismes et s'efforce de penser la littérature tout en la réinventant.

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