Abbaye d'Ardenne -- mercredi 19 mai 2010
Rencontre : (Re)lire Pavese aujourd'hui : rencontre avec Martin Rueff et Mario Fusco.
À l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, les éditions Gallimard ont publié en 2008 les œuvres de l’écrivain italien Cesare Pavese dans la collection Quarto, en proposant une révision des versions françaises existantes et, pour certains textes, une nouvelle traduction.
Ce projet, dirigé par Martin Rueff, s’inscrit dans une triple démarche. Sur le plan éditorial, il montre la nécessité de faire revivre des textes qui appartiennent au patrimoine littéraire et qui méritent, par la pertinence de leur vision du monde et la beauté de la langue qui l’exprime, de sortir du relatif oubli où la postérité les a relégués. Car il en va de certains livres comme de certains objets : ils subissent l’étrange loi de la mode qui modifie la perception de l’art au gré de fluctuations parfois insaisissables.
La nécessité de proposer aux lecteurs une nouvelle chance de rencontrer une œuvre étrangère induit une autre question aussi fondamentale que délicate : relire doit-il signifier retraduire ? On dit souvent qu’une traduction « vieillit ». Que signifie cette image biologique appliquée à des textes dont l’ambition est de transmettre une beauté immuable et des thèmes universels ? Le texte source, lui, ne change pas et s’il peut aussi donner l’impression de ne plus être actuel, c’est parce que le monde qu’il déploie n’est plus en accord avec la contemporanéité des lecteurs successifs.
Enfin, comment saisir cette part d’éternité qui permet de définir les œuvres majeures et rend donc légitime, voire impérieux, le besoin de les exhumer ? La réflexion se recentre alors sur les textes eux-mêmes et sur l’univers de leur auteur. Cesare Pavese, né en 1908, mort suicidé en 1950, est une personnalité complexe et tourmentée qui a écrit une œuvre abondante et variée (poèmes, nouvelles, romans, journal, essais). Elle est traversée par des obsessions récurrentes liées à la nostalgie des collines piémontaises de son enfance, à la difficulté de tenir son rôle de membre de la communauté humaine et à la perception, qui en découle, d’une singularité douloureuse mais féconde. Italo Calvino, dont il fut le maître et l’ami, évoque sa « violence auto-lésionnelle ». Gianna Manzini, écrivaine toscane, le décrit à quelques jours de son suicide, alors qu’il venait d’obtenir la reconnaissance du glorieux prix littéraire Strega, comme « plein d’entrain, confiant, parlant métier avec naturel et un généreux abandon ».
La rencontre autour de Pavese tentera de répondre à ces quelques questions. Elle réunira Martin Rueff, responsable de l’édition Quarto Gallimard, philosophe, critique littéraire, essayiste, spécialiste de poésie, directeur de collection, poète et traducteur, et Mario Fusco, Professeur émérite de littérature italienne à Paris III, auteur de nombreux ouvrages et traductions consacrés aux plus grands auteurs italiens des XIXe et XXe siècles (Leopardi, Svevo, Landolfi, Gadda, Sciascia…). Elle sera animée par Vincent d’Orlando, Maître de conférences à l’Université de Caen, spécialiste de littérature italienne contemporaine et traducteur.
Mercredi 19 mai, 20h, pressoir
Réservations au 02 31 29 37 37 ou reservations@imec-archives.com
Notre bar « Le Chive » vous accueille dès 19h00 dans la grange aux dîmes.


