Voir l’habit : discours et images du vêtement du Moyen Âge au XVIIe siècle

Lieu : MRSH
Début : 20/03/2014 - 14:00
Fin : 22/03/2014 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : D. Duport / P. Mounier

Dans Le Voir Dit de Guillaume de Machaut l’amant affirme qu’il a été frappé par l’élégance de la toilette de sa dame et qu’il veut en rendre compte. L’injonction du narrateur, en forme de préambule à une description détaillée, à « veoir » avec lui cet « abit » résonne comme un appel, lancé depuis le XIVe siècle, à considérer l’apparence vestimentaire, à la regarder comme un objet singulier. La proposition semble encore valable quelque sept cents ans plus tard : en dehors d’historiens (D. Roche, N. Pellegrin), peu de spécialistes de littérature et d’arts visuels se sont intéressés jusqu’à présent à la question du costume et de ses figures au Moyen Âge et à l’âge moderne. À considérer toutes sortes de discours et de productions visuelles de l’époque, on se rend pourtant compte de l’importance donnée à ce qui sert à cacher, protéger ou parer le corps. Œuvres de fiction (romans, épopées, pièces de théâtre), poèmes, relations de voyage ou de spectacle, traités d’enseignement et manuels pratiques font souvent référence à l’habit, voire aux objets qui l’accompagnent. Enluminures décoratives, gravures allégoriques ou peintures de genre donnent aussi de façon silencieuse des indications sur ce qui couvre le corps. Dès lors qu’il est question d’individus en somme, les textes et les images évoquent ce que l’on appelle alors vêtement ou habit, mots plus anciens et plus habituels qu’habillement, accoutrement ou vêture (rares) et costume (plus tardif).L’habillement, voire les attributs et les accessoires qui font métonymiquement signe avec lui, nous semble entretenir en l’occurrence un double rapport avec la figuration. Il est un élément matériel que les auteurs et les artistes envisagent du point de vue de son apparence (comme objet référentiel) ou comme un signe vers autre chose (vers un second élément, concret ou abstrait).En tant qu’objet de représentation, le vêtement se trouve nommé, décrit ou montré. La tenue du chevalier, de la femme aimée, du roi, du berger, du gueux ou de l’homme d’Église est plus ou moins détaillée (et varie plus ou moins au sein du même texte). Des codes rhétoriques et des topiques culturelles investissent la présentation des propriétés vestimentaires, ce qui suppose de repérer les lieux que mobilise la description du costume. L’énonciateur formule aussi une axiologie dans ce qu’il dit ou décline du vêtement, quoiqu’il se fixe dans certains cas un objectif de neutralité. Le style lui-même n’est pas indifférent : il fait l’objet de recherches, que le locuteur ou l’artiste mette en ordre un savoir sur le monde ou qu’il exhibe la capacité figurative du discours.Comme vecteur de représentation, l’habillement est par ailleurs un signe vers autre chose. Comme le montre l’apparition à date précoce de sens figurés pour habit et vêtement, le costume est possiblement signifiant ; il a son propre langage. Il peut en effet renseigner sur l’identité, réelle ou supposée, du personnage qui le porte (femmes travesties en hommes, convertis à l’Islam), sur les caractéristiques d’une entité ou d’un individu éminents (noirceur diabolique, vertu royale) ou sur l’écriture elle-même (métaphores du texte comme tissu ou des figures rhétoriques comme vêture). Il s’agit là de l’habit image, qui entre en particulier dans le système de l’allégorie : le vêtement participe au jeu de caché-dévoilé de l’integumentum. Ce mode de représentation est à nouveau l’occasion de célébrer ou de blâmer un sujet (la femme, le prince ou Dieu).D’où notre proposition d’une enquête sur le double discours relatif à l’habit : celui sur l’habit et celui de l’habit. Selon le corpus et le mode d’approche qu’ils envisageront, les contributeurs pourront aborder l’un, l’autre ou les deux types de discours. L’idée d’ensemble que nous avons est de déterminer grâce au dialogue entre texte et image et au dialogue entre les arts les composantes de la poétique de la représentation attachée au vêtement du Moyen Âge au XVIIe siècle. De la variété des angles d’attaque dépend le repérage des éléments de convergence entre les deux grands genres de représentation (verbal et plastique), ainsi peut-être que l’appréciation de la spécificité de chacun d’eux.

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