Les enjeux politiques

Les enjeux politiques de la question de l’identité :
généalogie du sujet de droit


Responsable
: Céline JOUIN

Cet axe de recherche, qui s'inscrit dans la lignée du Centre de philosophie politique et juridique fondé par Simone Goyard-Fabre puis dirigé par Alain Renaut, consiste à étudier l'angle politique et juridique de la question de la subjectivité, qui est loin d'être secondaire : il semble difficile en effet de faire l'histoire du sujet moderne si l'on ne se demande pas en quoi la transformation du sujet est liée à celle de la citoyenneté. Il s'agit en particulier de se demander pourquoi la figure du sujet de droit reste incontournable en dépit des déconstructions contemporaines de la philosophie du sujet.

La philosophie politique moderne, de Bodin à Hegel, est une théorie de la souveraineté dont le centre est une enquête sur les conditions du pouvoir d'Etat. Or il existe une corrélation entre le pouvoir et les figures de la subjectivité. L'objectif de la philosophie politique moderne est double : justifier le pouvoir de l'Etat et justifier une forme de subjectivité politique qui est aussi neuve par rapport aux formes antérieures que l'Etat est nouveau par rapport aux formes politiques qui l'ont précédé. Il s'agit ainsi d'utiliser une thèse foucaldienne - l'idée que liberté et pouvoir se conditionnent l'un l'autre - mais à contremploi (car Foucault ne s'est pas beaucoup intéressé au droit).

Cet axe porte sur le lien entre la spécificité du sujet moderne et la forme de domination propre à l'Etat, en montrant notamment le travail de refoulement, par la théorie de l'État, de la forme Empire et de la forme corporation (autour d'historiens du droit comme Gierke ou J. N. Figgis). En effet, à mesure que s'est constitué le face à face « tout puissant » de l'individu et de l'Etat, le concept de « societas » a remplacé celui d'« universitas » et le concept civiliste de « contrat » s'est mis à désigner le lien politique lui-même.

Du point de vue de l'histoire de la pensée politique et juridique, plusieurs traditions philosophiques majeures mettant en jeu la problématique du sujet sont étudiées, en particulier la tradition philosophique allemande classique, de Kant à Marx. Kant et Hegel sont partie prenante du basculement qui nous a fait passer d'un temps où les théories de la nature humaine étaient en concurrence au temps de l'homme-sujet (empirique et transcendantal), puisqu'ils invoquent la raison et non la nature pour asseoir les droits du sujet.

On s'intéresse en outre aux moyens conceptuels qu'offre la tradition juridique, par-delà la philosophie politique classique, pour se libérer de l'étatocentrisme.  Enfin, le dialogue avec les juristes à propos de certains chantiers du droit contemporain (droit et biologie, droit international) vise à cerner le devenir du droit subjectif dans le contexte de la globalisation.