Favoriser la parité dans les évènements scientifiques : Quelques propositions pratiques

• S’assurer de la présence de femmes parmi les organisateurs :

- Impliquer les femmes dans la préparation et la coordination de l’événement ou de la publication (et pas juste pour faire la petite main ou les tâches de secrétariat).

=> Lorsque les femmes font partie du comité organisateur, les sessions ont deux fois plus de chances de comprendre des femmes (selon une étude américaine, la présence d’au moins une femme dans l’organisation conduit à 72% plus de femmes parmi les participants et réduit de 70% les risques de pannels masculins).

• Le choix des participantes :

- Soyez conscients que les premiers noms qui vous viendront à l’esprit seront très probablement des noms d’hommes, puisque c’est ainsi que le « biais de genre » fonctionne. Si l’on veut parvenir à une réelle mixité, il faut accepter d’y travailler un peu plus longtemps.

- S’assurer qu’on a une liste d’invitées suffisamment longue. On estime que la parité exige au départ de disposer d’une liste d’environ 2/3 de noms de femmes pour 1/3 d’hommes car d’une part les femmes répondent moins favorablement que les hommes, et d’autre part elles vont mettre plus de temps à répondre pour plusieurs raisons :

1. Bcp d’entre elles continuent à porter le fardeau des « caring responsabilities » à la maison.

2. L’auto-censure qui amène les femmes à ne pas se juger assez qualifiées sur le domaine pour lequel elles sont pourtant sollicitées en tant qu’expertes. Symétriquement, elles ont également tendance à consacrer plus de temps à un type de travail par perfectionnisme (mais ça c’est plutôt bien jusqu’à un certain point…), ce qui réduit leur disponibilité.

3. Les pbs de financements : moins avancées dans leur carrière que les hommes, les femmes peuvent avoir plus de difficultés à financer leur participation auprès de leurs institutions de tutelle (post-doc, profs dans le secondaire, laboratoires sous-dotés ou peu réactifs, etc.).

 - Il faut donc commencer ses recherches suffisamment tôt pour éviter d’être prise de court : organiser un événement paritaire demande du temps. Ne pas attendre la dernière minute pour inviter des femmes ou faire des CFP.

- Eviter les stars, qui ne viendront pas ou feront défaut au dernier moment.

- Eviter aussi de s’arrêter aux « bonnes clientes » par paresse : certaines femmes ont l’hyperdisponibilité des hommes, c’est vrai, mais ce sont toutes les autres qu’il faut s’efforcer de toucher.

- Anticiper les défections : quand elles arrivent, et s’il n’est pas trop tard, demander à la personne de donner des noms de remplaçantes.

- Aller chercher les noms de femmes dans les articles des hommes auxquels on a pensé, s’informer, avoir recours à des annuaires…(d’où l’intérêt d’établir un annuaire d’historiennes à partir de la liste des signataires, objet d’un autre chantier…)

- Promouvoir la diversité dans le message d’appel aux contributions en évoquant des « historiennes et des historiens », et en indiquant explicitement que le colloque veille et favorise la parité. Ne pas se contenter d’indiquer les initiales des prénoms des intervenants : sous prétexte de « neutraliser » le genre, on invisibilise la présence des femmes comme leur absence.

 

• De l’art d’inviter des participantes :

- Il ne faut pas s’arrêter à un premier refus : il faut contacter personnellement les femmes et s’enquérir des raisons de leur refus.

1. Pb de réassurance : Si l’hésitation vient de ce que l’EC ne se sent pas suffisamment prête, redire combien sa participation serait précieuse, en soulignant combien les organisateurs du colloque tiennent à son intervention. Les jeunes doctorantes peuvent être plus facilement intimidées par la session : la rassurer en prévoyant la circulation des papiers en amont, des questions du président de séance, etc.

2. S’il s’agit de préoccupations familiales, comme par exemple si elle est enceinte, ou si le fait de s’absenter de la maison pose problème, essayer de proposer des solutions : un voyage en première classe pour la première, payer le billet d’un accompagnateur pour la seconde, proposer des garderies sur place, on peut aussi imaginer de payer le temps de baby-sitter impliqué par la présence au colloque sous forme d’un per diem.

3. S’il s’agit de pb de financements : on peut prioriser ou flécher des financements vers les femmes en demandant aux superstars masculines de se financer elles-mêmes (s’ils refusent, c’est des nains).

- Ne pas renoncer à inviter des EC qui vous on dit « non » une fois : non ça veut dire « pas maintenant » (car conditions professionnelles et familiale pas réunies cette fois-là, mais peut-être la prochaine fois…).

• Le rôle des alliés masculins :

- Celui qui se considère comme un allié masculin du combat féministe, peut préciser dans sa réponse à une invitation de colloque ou de participation à un ouvrage collectif qu’il refusera de à des panels entièrement masculins.

- Il peut également offrir sa collaboration aux organisateurs s’ils ont du mal à trouver des femmes.

- Il existe à cet égard dans certains pays des attestations (Pannel Pledge) que peuvent signer les hommes en ligne pour rendre visible leur engagement. On pourrait envisager de le faire en France. Ex : http://www.owen.org/pledge, https://www.genderavenger.com/pledge/, http://www.wlia.org.au/publications/panel-pledge-toolkit/ . Ces sites proposent également des ressources.

- Des hashtags dédiés sur twitter permettent aussi de rendre public un refus :  #NoMoreManels (pays anglo-saxons), #NoGracias (Espagne), #TackaNej, and #TakkNei (Scandinavie). Il en manque un en français ?

 

• Au moment de l’évenement :

- Attention à la composition des sessions ou des scansions d’ouvrages ou de revues : à éviter, le pannel 100% féminin et puis plus rien. De même, ne pas se satisfaire d’une modératrice ou d’une présidente pour un pannel masculin : la parole n’est pas la même.

- Promouvoir sa politique : ne pas hésiter à souligner dans l’introduction à un colloque ou un ouvrage que la parité a été un objectif des organisateurs et espérer que cela permettra de faire progresser la diversité des voix des historien.ne.s mais aussi de l’histoire.

- Etre attentif à la distribution paritaire de la parole au moment des questions dans un colloque, apprendre à déceler un doigt qui se lève timidement, éviter que l’on coupe la parole aux femmes.

 

• Si malgré tout vous ne parvenez pas à avoir un ensemble paritaire il faut finir par questionner …Le choix du thème ou du sujet :

- Lorsque très peu de femmes se sentent concernées par un thème d’étude, un objet ou une méthode, se demander pourquoi : est-ce que cela ne dit pas quelque chose de problématique dans la définition du thème étudié ou la façon de l’aborder ? [ cela peut valoir pour les sujets « féminins » aussi].

- En questionnant autour de soi les femmes qui ont refusé, chercher à reformuler et reconsidérer plus largement la définition de l’objet d’étude.