La guerre civile en France, 1958-62 ; du coup d'état gaulliste à la fin de l'OAS

Fabrique, 2018, Histoire du XXe siècle à nos jours, 304 pages, ISBN 9782358721677
Grey Anderson
 
Comment se fait-il que l'anniversaire de mai 1968 ait donné lieu à quantité de livres, d'expositions, d'émissions et autres, et que celui de mai 1958 n'ait rien suscité de tel ? C'est sans doute que les Français rechignent à se remémorer les événements peu glorieux de leur histoire, et ce Mai-là en est un, comme le montre ce livre écrit par un chercheur américain, Grey Anderson.
L'histoire commence avec la fin piteuse de la IVe République : de Dien-Bien-Phu au début de l'insurrection algérienne à la Toussaint 1954, de la victoire électorale du Front républicain en 1956 amenant Guy Mollet au pouvoir, au vote des pouvoirs spéciaux amenant l'envoi du contingent en Algérie : l'ordre constitutionnel de l'après-guerre s'effondre, tandis que dans l'armée, la vulgate contre insurrectionnelle - la " guerre révolutionnaire ", la " guerre psychologique " pousse les officiers à intervenir dans la politique.


La crise éclate en avril-mai 1958. La journée du 13 mai, où l'émeute préparée par des comploteurs civils et militaires triomphe à Alger et amène le retour au pouvoir de de Gaulle, investi par une majorité parlementaire terrorisée. Anderson montre comment l'entourage du général - sinon de Gaulle lui-même - a collaboré avec les comploteurs pour forcer la capitulation du gouvernement à Paris. L'opposition de gauche est réduite à des protestations formelles (le PCF) ou collabore avec le nouveau régime (la SFIO).
En Algérie, des manifestations de fraternisation franco-musulmane sont organisées par les colonels Lacheroy et Trinquier, tandis que fleurissent les Comités de salut public. De Gaulle, à Mostaganem, prononce le célèbre " Vive l'Algérie française ! ". et le général Salan devient responsable civil et militaire. L'administration est rapidement militarisée, les généraux remplaçant les préfets réduits à des rôles de figurants.
En France, on s'inquiète de voir la campagne de guerre psychologique s'étendre à la métropole. Une " nouvelle gauche " se forme dans l'été 1958, rassemblant des dissidents de gauche de la SFIO et du parti radical, des mendésistes, des catholiques de gauche et des intellectuels indépendants - avec des journaux : L'Express et France-Observateur, dont le rôle va être important aux côtés des Temps modernes de Jean-Paul Sartre.
Les années suivantes sont marquées par une lutte, souvent violente, entre le pouvoir gaulliste et les partisans de l'Algérie française. De Gaulle, quelques qu'aient été ses idées de départ, est de plus en plus convaincu que la grandeur de la France passe par sa modernisation économique, par une défense indépendante des Etats- Unis (la " force de frappe " atomique). Pour cela, il faut en finir avec " L'Algérie de papa ", consentir à l'autodétermination du peuple algérien. Les partisans de l'Algérie français - civils (les pieds noirs ultras, les députés d'extrême droite) et militaires (les officiers menant " la guerre psychologique ") - sont de plus en plus ouvertement hostiles au pouvoir gaulliste et à son chef. En métropole, à côté de la " nouvelle gauche " légaliste, apparaissent des réseaux d'aide directe au FLN France, qui seront décimés par l'action répressive du préfet Papon - le procès Jeanson en sera le point le plus marquant -, tandis que la dénonciation de la torture donne lieu à des arrestations et des saisies de livres et journaux.
Les épisodes de cette lutte : la " semaine des barricades ", le putsch des généraux Challe, Zeller, Jouhaud et Salan en avril 1961, la montée de l'OAS avec meurtres et attentats, le procès des généraux, et pour finir les négociations d'Evian qui aboutissent à l'indépendance de l'Algérie à l'été 1962.
Une longue et dramatique histoire, qui marque aujourd'hui encore la vie politique française, où les divers partis sont les héritiers des tendances et des hommes qui se sont alors heurtés dans ce qui fut une sanglante guerre civile de quatre ans.