La décision à l'oeuvre
Institut des Textes et Manuscrits Modernes
Cette conférence a été donnée dans le cadre du 3e Printemps des SHS, organisé par la Maison Européenne des SHS de Lille, dont le thème central en 2011 s'intitulait : (se) décider ? - Ressorts et pratiques de la décision. Cette séance était présentée par Marianne MASSIN, maître de conférences en philosophie de l'art et esthétique à l'université Lille 3, membre du laboratoire Savoirs, textes, langage (STL, UMR 8163 ; CNRS - Lille 3 - Lille 1).
L'(in)achèvement du texte : fiction critique et processus génétiques (par Pierre-Marc De Biasi)
« FINI! mon vieux! - Oui, mon bouquin est fini! (...) Je suis à ma table depuis hier, 8 heures du matin. - La tête me pète. N'importe ! J'ai un fier poids de moins sur l'estomac. »
Quand Flaubert écrit ce petit billet à son ami Jules Duplan, le 16 mai 1869, à « 5 heures moins quatre du matin » après 21 heures de travail ininterrompu, il semble bien convaincu que L'Éducation sentimentale, en chantier depuis près de cinq ans, et qui aura exigé 9000 pages de brouillons et documents, est enfin « achevée »... Mais parler d'« achèvement » n'est qu'une façon de désigner la fin toute provisoire d'une phase (ici la phase « rédactionnelle ») dans les métamorphoses peut-être inachevables de l'écriture. Entre l'état du manuscrit définitif « achevé » ce 16 mai 1869 et le texte publié à la fin de la même année, des milliers de transformations (autographes et allographes) auront encore lieu. Et de l'édition de 1869 à celle de 1880, des milliers d'autres modifications, parfois majeures, viendront à nouveau transformer le texte de l'œuvre. Sans parler, bien entendu, de toutes celles qui ne manqueront pas de s'y ajouter après la mort de l'écrivain... Rapporté à ce que montrent les manuscrits et les états variants du texte, « l'achèvement » n'est qu'une fiction aussi nécessaire et insuffisante que son contraire, l'inachèvement. Le texte n'existe pas, l'achèvement non plus, si ce n'est comme concepts heuristiques et régulateurs d'une certaine vision historique de l'écrit.
L'inscription de la décision dans l'œuvre. De Francis Ponge à Pierre Michon (par Dominique Viart)
Depuis Francis Ponge, l'hésitation - et donc la décision - de l'écrivain devant sa page ne se dissimule plus : elle s'affiche, devient partie intégrante de l'œuvre, qui l'énonce et parfois en joue. Bien des textes contemporains formulent ainsi explicitement leurs enjeux, les décisions formelles et les choix esthétiques qu'ils opèrent. C'est ce geste que l'on se propose de mettre en évidence et d'interpréter à travers les livres de quelques écrivains majeurs de notre temps : Annie Ernaux, Pierre Michon, Patrick Deville, François Bon...









