Les meules à main, oubli historiographique ?
![]() | Auteur(e) du cliché : Alain-Gilles Chaussat Date : avril 2010 Équipe de recherche : Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ) Structure de recherche associée à la MRSH : Pôle rural |
Depuis les travaux de Marc Bloch sur la meunerie hydraulique en 1935[1], on considère que les meules à main ne sont qu'un détail dans l'histoire de la meunerie post antique. Si, pour les périodes de l'âge du fer et de l'Antiquité, la meule à main a un véritable statut, elle reste pour les périodes médiévale et moderne dans l'ombre des roues des moulins hydrauliques. C'est d'ailleurs au travers des études sur le moulin hydraulique que les historiens parlent succinctement des meules à main : Léopold Delisle, Marc Bloch, Georges Duby, Georges Comet, Mathieu Arnoux et Alain Belmont... L'historiographie classique considérant ces objets comme illégaux ou d'un usage clandestin jusqu'à la révolution (dans le cadre des banalités de moulin), ils ont parfois été pris comme des symboles de l'insoumission paysanne face au pouvoir seigneurial. Pourtant, dans certains cas, l'usage des moulins manuels était autorisé voire préconisé. Peu d'auteurs insistent sur cet oubli historiographique. Il s'agit là d'une période (XIème au XVIIIème siècle) particulièrement négligée en ce qui concerne l'histoire de la meunerie manuelle.
Nous avons ici un exemplaire de Meta (meule du dessous) très rare, puisque pourvu de décorations sculptées. Ce spécimen fut retrouvé par un particulier dans un mur de fondation, lors de la réfection de sa maison. Il nous est impossible de la dater avec précision mais de nombreux autres moulins manuels en granite sont visibles dans la partie bocagère de la Basse-Normandie. Nos recherches menées durant ces deux dernières années ont démontré que ces outils de mouture étaient utilisés pour la transformation du sarrasin en farine. Cette polygonacée constituait durant l'ancien régime un élément essentiel de l'alimentation des populations de l'Ouest de la France, notamment durant les périodes de crise alimentaire.
C'est en travaillant sur la meunerie manuelle en Basse-Normandie que je me suis intéressé au « Blé noir », au point d'entreprendre une thèse en histoire rurale dirigée par Jean-Marc Moriceau, intitulée « Le sarrasin dans l'histoire des populations de l'Ouest : l'impact d'une plante secondaire dans l'évolution démographique, technique, économique et sociale de la Basse-Normandie du XVe au XIXe siècle. »
Alain-Gilles CHAUSSAT
[1] BLOCH Marc, « Avènement et conquête du moulin à eau ». Annales d'histoire économique et sociale, 1935, t. VII, pp. 538-563.








