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Parcours dans l'histoire rurale

Structure de recherche associée à la MRSH : Pôle rural
Date : 07/04/2015
Lieu : MRSH Caen
Durée : 42:18

Cette conférence a été enregistrée dans le cadre du séminaire annuel du pôle Sociétés et espaces ruraux de la MRSH.

Alain Corbin est un historien français spécialiste du XIXe siècle en France. Il suit des études à l'université de Caen où il a notamment comme professeur Pierre Vidal-Naquet. Professeur à l'université Paris I - Panthéon-Sorbonne, il a travaillé sur l'histoire sociale et l'histoire des représentations. On dit de lui qu'il est « l'historien du sensible », tant il a marqué sa discipline par son approche novatrice sur l'historicité des sens et des sensibilités.

Résumé de la communication

Trois « promenades » se succèdent durant cette séance au cours de laquelle le silence est à l’honneur. Le silence non pas comme une absence de bruit mais comme un objet historique. Fidèle à l’histoire rurale, Alain Corbin débute sa communication par une interrogation sur le silence des paysans par opposition aux urbains, aux ouvriers. Certes, le paysan est un taiseux ; cependant, le silence à la campagne est tactique, il assure la solidarité du groupe familial, permet de conserver les secrets et de ne pas étaler le patrimoine. La méfiance naturelle du paysan vis-à-vis de ceux qui viennent l’interroger (policiers, agents du fisc, juges, etc.) invite également au silence. La rareté de la parole paysanne ne doit alors pas être interprétée comme le signe d’un endoctrinement ou d’une acceptation du discours de l’étranger. Si la parole est rare, c’est qu’elle est précieuse et se veut crédible. Ainsi, lorsque le paysan est interrogé par la justice, il va énoncer ce qui sert sa stratégie et utiliser le silence afin d’instrumentaliser la justice. Pour comprendre la rareté de la parole paysanne, il est nécessaire de la replacer dans un système de normes différent du notre mais également de celui des élites ou des urbains. La parole paysanne, lorsqu’elle est enregistrée par les élites, est jugée comme pauvre, maladroite alors qu’elle peut être tactique et assez savante.
Après cette première promenade, Alain Corbin dresse un constat : la recherche historique manque d’études sur le paysage sonore des campagnes, élément pourtant indispensable pour approcher le fonctionnement des sociétés rurales. Il s’engage par la suite dans sa seconde promenade, qui prend cette fois des allures de chemin sans issue : est-il possible de faire l’histoire des émotions et des sentiments de la paysannerie ? Selon lui, la réponse ne peut qu’être négative puisqu’on ne connaît ces paysans du XIXe siècle que par les sources dans lesquelles ils ont été enregistrés à différents moments de leur vie (registres paroissiaux lors de leur baptême, listes de conscription, et lors de leur mort, dans les archives notariales qui dressent la liste de leurs biens). Or ces archives ne nous renseignent pas sur les sentiments et les émotions puisque la principale source de la passion et de l’émotion est l’écriture de soi. Cependant, seulement 1 % de la population possède une telle capacité. Les seules sources permettant d’approcher ces émotions paysannes sont alors les archives judiciaires ou lorsqu’elles sont décrites par une personne extérieure au monde paysan, avec tous les biais que comportent de telles sources. Alain Corbin conclut ainsi cette seconde promenade : les émotions collectives peuvent être approchées mais pour les émotions individuelles, il s’agit d’une mission quasi impossible.
Son intervention s’achève par une courte promenade dans le village de Morterolles et les conférences données par son instituteur aux adultes à la fin du XIXe siècle. Il montre que malgré un auditoire hétéroclite du point de vue de la formation, de la connaissance et des capacités de lecture, il existait un appétit certain pour ces conférences de la part de ces habitants qui ne lisaient pas. A l’arrivée, Alain Corbin a promené l’auditoire silencieux à la recherche des émotions des gens de la terre qui nous ont précédés tout en essayant de se détourner le plus possible des chemins traditionnels par lesquels ont les approche habituellement.

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