Référents


Documents labellisés

L'image du mois

Un vestige de la pêche à Cherbourg

Date : août 2009
Structure de recherche associée à la MRSH : CRHQ, Espaces maritimes

En février 2010, la municipalité de Cherbourg décide de réaménager la zone de l'avant port de l'Épi. Dans ce plan, il est prévu de détruire le bâtiment présent sur ce quai[1] et depuis longtemps laissé à l'abandon : la criée de l'Épi. Cette criée, utilisée entre 1952 et 1960, est une des dernières traces de l'activité de pêche à Cherbourg et de son essor dans les années 1950. Plus que l'histoire de son utilisation, c'est l'histoire de sa création qui rend ce lieu important pour la mémoire de la pêche à Cherbourg au XXe siècle. En effet, la criée est créée par la ville de Cherbourg en mars 1952 en réponse à un malaise qui menace le développement de la pêche. L'instauration d'une criée va être une révolution pour la vente et la distribution du poisson pêché à Cherbourg.

Avant 1952, il n'existe pas de criée. Il n'y a pas de lieu de déchargement et de vente commun aux navires de pêche de Cherbourg ou venant débarquer à Cherbourg. Le pêcheur vend alors directement au mareyeur, sans intermédiaire. Mais le système est remis en cause, entre autres dans un document intitulé « Au sujet d'une criée à Cherbourg », transmis au maire de Cherbourg et daté du 7 janvier 1952 :
« Chaque mareyeur a l'exclusivité du poisson d'un ou plusieurs chalutiers ou cordiers à la suite d'un accord tacite que seuls les patrons ont, jusqu'à ce jour, dénoncé à plusieurs reprises[2]. »

Parmi les griefs formulés par les pêcheurs, on trouve le fait que les mareyeurs ne donnent pas immédiatement le prix sans « avoir pu juger de la qualité du poisson (ce qui est normal), savoir combien le poisson qu'il a expédié a été vendu (ce qui l'est moins)[3] ». Mais aussi qu'ils ne tiennent pas compte de la qualité et de la taille du poisson à l'achat mais seulement de l'espèce. Autre remarque : ce système oblige le mareyeur à acheter des poissons qui ne correspondent pas à ses activités et qu'il ne peut valoriser. Le document relève aussi l'irrégularité totale des rotations des chalutiers à Cherbourg créant des situations de surabondance et de pénurie.

Mécontents de la situation et attirés par de meilleurs prix, les pêcheurs de Cherbourg commencent peu à peu à décharger leur poisson dans d'autres ports - le document met en avant une autre raison : l'abondance de poisson plus à l'est, à proximité de Dieppe. Face à cette « désertion » du port, la municipalité de Cherbourg, très impliquée dans le développement de la pêche, décide d'agir : elle réunit l'ensemble des pêcheurs, des armateurs et des mareyeurs et leur propose par référendum de réglementer la vente du poisson par la création d'une criée municipale. Les mareyeurs, en minorité, sont contraints d'abandonner leurs positions dominantes sur le prix du poisson, désormais fixé par la criée.

Celle-ci est ouverte le 11 mars 1952 à titre d'essai pour 6 mois. Devant le succès, la criée est rapidement instaurée de façon définitive. Malgré les réserves du début, la criée est viable et structure la pêche à Cherbourg. Les pêcheurs reviennent à Cherbourg : ils peuvent désormais faire valoriser la qualité de leur poisson et connaître immédiatement le prix de leur pêche. La criée impose une régulation de la rotation des chalutiers afin de maintenir l'activité et limiter les fluctuations de prix. Les mareyeurs y trouvent aussi leur compte : ils n'achètent que le poisson qui les intéresse, tandis que les invendus sont achetés à bas prix par les traiteurs de déchets de poisson pour faire de la farine et de l'huile.

Dès 1952, la pêche est en plein essor à Cherbourg grâce en partie à la criée de l'Épi, un essor qui  mettra d'ailleurs fin à son utilisation. Victime de son succès, la criée s'avère trop petite pour l'activité et finit par être remplacée par le centre des marées actuel au bout du bassin du Commerce.


 


[1] Non Signé, « La petite criée rasée et le quai Collins réhabilité », Ouest-France, 19 février 2010.

[2] SHD Cherbourg, Fonds Amiot : SAMT 1C1 : Le développement de la pêche à Cherbourg, liasse « criée ».

[3] Ibid.

 

Rechercher dans la forge numérique

Sujets

Adoption Agriculture Agronomie Alimentation Altérité Aménagement Animaux Apprentissage Architecture Archives Arts Attachement Autofiction Autorité Big Data Bonheur Cartographie Catastrophe Chanson Cinéma Classes sociales Cognition Collectivité Commerce Communication Comportement Concept Conflits Conscience Consommation Constitution Coopération Corps Crise Croissance Création Crédit Culture Célébration Dessin Discrimination Droits Décision Démocratie Déplacements Développement Echelles Ecrits Ecrivains Edition Education Endettement Energie Enfance Enfant Entreprise Environnement Epistémologie Equilibre Equitation Etats Ethique Europe Evaluation Expression Famille Fiction Fiscalité Foi Folklore Fondation Formation Genre Historiographie Héritage Identité Image Imaginaire Individualisme Industrialisation Informel Innovation Insertion Institutions Intellectuels Interdisciplinarité Inégalités Itinéraire Jardins Jeu Jeunesse Justice Langage Lexicologie Liberté Lien social Limites Littérature Loisirs Maladie Marginalité Maritime Migration Militaire Minorités Mobilité Modélisation Monnaie Morale Mort Motricité Mutations Mythes Médecine Mémoire Nature Normes Numérique Orient Orientation Paix Parenté Parole Patrimoine Paysage Peinture Pensée Performance Philosophie Plaisir Politique Population Pouvoir Poésie Presse Prison Procréation Propagande Propriété Protection Précarité Pêche Recherche Relations Religion Responsabilité Ressources Risques Rituels Ruralité Réseaux Santé Sciences & techniques Scolarité Sens Sensibilité Sexe SHS Sociétés Sols Son Souffrance Spectacle Suicide Surréalisme Sécurité Ségrégation Sémantique Technologie Temps Territoire Théâtre Toponymie Tourisme Transmission Transplantation Transports Travail Urbanisation Urbanisme Valeurs Victimes Vie Vigne Ville Violence Virtuel Voyage Vérité Évolution
  
Abonnements - Fils RSS de la MRSH