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Un paysage presque trop vaste

Auteur : Andrew Ives
Date : octobre 2010
Structure de recherche associée à la MRSH : ERIBIA

La prairie canadienne est le plus souvent représentée par la beauté de ses couchers de soleil, images sublimes d'un ciel immense, coloré de rouges vifs, qui écrase un horizon pourtant à perte de vue. Une fois la nuit tombée, ce même ciel devient le théâtre pour observer de spectaculaires aurores boréales. Ce n'est pas pour rien que la province de la Saskatchewan s'est doté du slogan touristique The Land of the Living Skies (Terre de Ciels Vivants). Cette photo, prise lors d'un récent séjour de recherches financé par le Conseil International d'Etudes Canadiennes, capte la transposition de l'immensité des paysages naturels dans un milieu urbain. On y voit un quartier résidentiel à Saskatoon, ville universitaire de plus de 200 000 habitants. Ce quartier calme se trouve tout près du centre-ville, mais sa rue, bordée de petites maisons en bois sans prétention, pourrait facilement abriter une quatre voies express...

Au delà de son impact sur l'urbanisme, on se demande si ce paysage presque trop vaste, qui enveloppe l'individu et le fait sentir tout petit, a joué un rôle dans la formation d'une culture politique unique en Amérique du Nord. Car c'est ici, dans cette prairie canadienne - plus précisément dans la province de la Saskatchewan - qu'a été élu le premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord en 1944. Cet événement inspira le célèbre politologue et sociologue américain Seymour Lipset à y faire un long séjour à la fin des années 1940 afin de comprendre pourquoi le socialisme y avait pris racine mais pas ailleurs en Amérique du Nord (Agrarian Socialism, 1951). C'est également ici qu'ont été créées les premières coopératives agricoles du continent. Encore aujourd'hui chaque petite ville de la prairie possède son silo à grain de la Coop, ainsi que son Magasin Coop en lieu et place de l'inévitable supermarché Carrefour, Super U ou Auchan en France. On y trouve de tout, les vieux du coin disent toujours « si tu ne le trouves pas au Coop, tu n'en as pas besoin ».

Ce paysage si particulier est également sans doute pour quelque chose quand on cherche à comprendre la ferveur religieuse qui est également un élément de l'identité des habitants des prairies canadiennes. Dans l'histoire politique régionale les deux phénomènes - tradition sociale démocrate et ferveur du peuple - furent intimement liés : les chrétiens de gauche - issus du même courant de pensée qui avait précédemment œuvré pour la création d'une Eglise protestante nationale à la place des nombreuses églises méthodistes, presbytériennes et congrégationalistes en concurrence au début du siècle - fondèrent un nouveau parti social-démocrate pour mieux partager la richesse. Celui-ci remporta les élections provinciales de 1944. Jusqu'à la fin du 20e siècle, ce parti a dirigé la province, mis à part de courtes périodes d'alternance. En plus, la province envoyait régulièrement des députés de gauche au parlement fédéral à Ottawa.

Mes récentes recherches dans cette terre de ciels vivants s'inscrivent dans la lignée de celles de Lipset, et s'intéressent à la tradition sociale-démocrate régionale. Mais mon intérêt pour cette histoire particulière est nourri par la situation politique actuelle de la Saskatchewan : en effet, le paysage politique contemporain est dominé par un parti politique de droite libérale, proche des églises évangéliques, ce qui tranche complètement avec la tradition régionale. Un élément, par contre, relie la situation actuelle à la tradition de socialisme agraire qui définissait la région autrefois, à savoir l'importance de la ferveur chrétienne sur la culture politique. Si autrefois, les chrétiens de gauche ont pu réaliser leur idéal de fraternité en investissant le champ politique, aujourd'hui d'autres chrétiens, de droite mais tout aussi fervents, tentent faire le lien entre leurs convictions religieuses et leur engagement politique. Comparer les deux époques ouvre de multiples pistes de recherches sur les liens entre religion et politique.

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