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PROGRAMME
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19 Février |
Séance d’ouverture |
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Clément Poutot |
Quels outils pour quelles émancipations : réflexion à partir du théâtre de l’opprimé |
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5 Mars |
Culture et consommation de masse : Punk et maraîchage |
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Maxime Cordellier Simon Le Roulley |
Courts-circuits en circuits courts : du monde de l’économie à l’AMAP monde Le réseau DIY contre la culture de masse. Entre expérimentation sociale et économie alternative |
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26 Mars |
Autonomie politique et émancipation sociale : quel rapport à l’État ? Exemples latino-américains. |
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Clément Marie-dit-Chirot Mathieu Uhel |
Projet d’autonomie politique et territoriale - en rupture avec les institutions étatiques - dans le cas du mouvement zapatiste et mise en perspective avec d’autres expériences de luttes locales fondées sur des rapports plus équivoques aux organisations politiques traditionnelles (opposition/intégration, clientélisme). Institution de l’autonomie politique (Bolivie) ou de la « démocratie participative et protagonique » (Venezuela) par l’État dans le cadre de processus révolutionnaires d’inspiration socialiste |
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30 Avril |
Questions d’autonomie, réponses urbaines |
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Julien Vignet |
Tensions urbaines : associations et pratiques émancipatrices liées à la question urbaine |
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21 Mai |
L'imaginaire comme réappropriation de la condition humaine. De la technologie comme totalité à la dystopie émancipatrice : |
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Clément Hamel Fabien Cailloce |
Artificialisation du corps et humanisation de la machine. Critique de l'imaginaire transhumaniste. Imaginaire science-fictif : outil d'émancipation et d'acceptabilité du présent technologique. |
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11 Juin |
Pensées du genre et pratiques féministes |
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Caroline Bocquet Laure Bourdier Camille Frémont |
Penser le genre émancipe-t-il ou faut-il s’émanciper du genre ?
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Résumés :
Clément Poutot – Doctorant en sociologie – CERReV (EA 3918) / Université de Caen
En nommant sa pratique Théâtre de l’opprimé, Augusto Boal a souhaité proposer un outil théâtral au service de personnes en quête d’émancipation. Après plusieurs dizaines d’années de pratique, de transformation et d’essaimage à travers le monde, les volontés émancipatrices sont toujours présentes, même si les mots capitalisme et domination ont souvent quitté la scène d’un théâtre qui s’était fixé comme objectif de libérer l’opprimé. À travers des exemples observés en Inde et en Europe, nous interrogerons les différentes mises en pratique de ces volontés émancipatrices.
Simon Le Roulley – Master 2 socio-anthropologie - CERReV
« La culture, c'est la marchandise idéale, celle qui fait payer toutes les autres », scandait un détournement de 1967. Les années 60 et 70 ont été le terreau d'une critique radicale de la culture de masse. Des travaux de Lefebvre à ceux de Baudrillard, de Adorno à Marcuse, de Morin à Debord, philosophes et sociologues ont su montrer à quel point la culture n'est pas neutre, à quel point elle transpire d'idéologie, et comment elle homogénéise d'une part, tout en valorisant la différence de l'autre. Pourtant, les avant-gardes artistiques ont également montré la possibilité de développer des courants en rupture qui ne se limitent pas à la simple reproduction, et pouvant ouvrir des possibles politiques par une mise en tension entre art et politique. Si le punk est souvent perçu comme une explosion artistique nihiliste circonscrite entre 1976 et 1979, son histoire ne s'arrête pas là. Portant des questionnements et des pratiques dépassant la musique, mettant en place des réseaux de solidarités et d'échanges à travers le monde, le réseau Do It Yourself pourrait avoir des allures d'une véritable internationale. Cependant, comme toute alternative, elle s'épuise face à la colonisation par l'économie. Qu'en est-il aujourd'hui ? Que reste-t-il du contenu politique ? Y a-t-il une unité entre pratique et théorie ? Des lignes d'un commun se dessinent-elles au-delà de la musique ? Nous tenterons de voir à travers cet exposé comment la « scène punk Do It Yourself » constitue une réelle expérimentation sociale et peut inviter à penser l'émancipation. Nous verrons aussi les limites de cette alternative et l'affaiblissement du politique.
Maxime Cordellier – doctorant en sociologie – CERReV / Université de Caen
Le complexe agrochimique et agroalimentaire, en produisant la dépendance des producteurs et des consommateurs à sa logique industrielle, a remis en question l'autonomie alimentaire des territoires qui ont succombé à son mode d'organisation. L'expérience des AMAP a semblé porter un mouvement qui visait à réduire les distances physiques et sociales entre les différentes parties échangeantes. Toutefois cette courte histoire des AMAP, qui se définissent selon un mode alternatif d'échange reposant sur les principes de l'économie sociale et solidaire, amène à se questionner sur ses prétentions à s'émanciper du modèle agro-industriel sous-tendu par la logique capitaliste néolibérale. Cet exposé tentera de comprendre, par la notion d'alternative, les limites de l'expérience amapienne en tant que projet émancipateur.
Clément Marie-dit-Chirot – doctorants en géographie – ESO Caen (UMR 6590)
Mathieu Uhel – doctorants en géographie – ESO Caen (UMR 6590)
Depuis une vingtaine d’années, l’Amérique latine apparaît comme un espace d’expérimentation politique et sociale. De la révolution bolivarienne au Venezuela, au mouvement zapatiste au Mexique, en passant par les piqueteros argentins et le mouvement des Sans-Terres au Brésil, des mouvements sociaux agissent pour rompre avec les formes de domination liées au mode de production capitaliste et pour construire de nouveaux rapports sociaux démocratiques afin d’améliorer leurs conditions d’existence. Au-delà de la diversité des processus et des contextes, ces mouvements ont été amenés à interroger leur rapport à l’État dans le cadre d’un projet d’émancipation sociale fondé sur l’autonomie politique. Mathieu Uhel abordera l’institution de l’autonomie politique (Bolivie) et de la « démocratie participative et protagonique » (Venezuela) par l’État dans le cadre de processus révolutionnaires d’inspiration socialiste. Clément Marie-dit-Chirot présentera le projet d’autonomie politique et territoriale - en rupture avec les institutions étatiques - dans le cas du mouvement zapatiste et une mise en perspective avec d’autres expériences de luttes locales fondées sur des rapports plus équivoques aux organisations politiques traditionnelles (opposition/intégration, clientélisme).
Julien Vignet – Doctorant en sociologie – CERReV / Université de Caen
Après avoir rapidement présenté des tendances majeures de l'urbanisme contemporain (métropolisation, ségrégation, marchandisation, sécuritaire), nous ferons une analyse de cas de quelques pratiques émancipatrices. D'autres modes d'habiter la ville existent, et viennent contredire une domination apparemment hégémonique d'aménagement du territoire. Jardins collectifs, habitats collectifs, collectifs autonomes et informels essaient de réinsuffler de l'urbain, « cette forme mentale et sociale, celle de la simultanéité, du rassemblement, de la convergence, des rencontres », tout en reprenant possession de la ville (Henri Lefebvre). Ce sera l'occasion de discuter des enjeux et des contradictions des alternatives et de l'autonomie.
Clément Hamel – Master 2 socio-anthropologie – CERReV
Le développement des technologies issues des NBIC (Nanotechnologie, Biotechnologie, sciences de l’Information, sciences Cognitives) tend à modifier les perceptions que nous avons de l’être humain. En effet, la puissance de nos machines interroge toujours plus la nécessité de conserver un corps devenu « obsolète » pour faire face aux défis des sociétés capitalistes (vitesse, concurrence, productivité). Nous serions donc, comme le prône le mouvement transhumaniste, dans l’obligation de transcender nos limites physiques et intellectuelles pour accéder à une humanité dite « augmentée », libérée des contraintes que sont la vieillesse, la fatigue, le handicap, etc. Cependant, en s’attribuant de telles capacités par le biais de ces nouvelles technologies (don d’ubiquité, rapidité de communication, vitesse de déplacement, allongement de l’espérance de vie, etc.), le « nouvel homme nouveau » n’accepte-t-il pas en retour de limiter un grand nombre de ses libertés (géolocalisation, flexibilité, obligation d’être joignable à tout moment de la journée, etc.) ? De même, en déléguant une part toujours plus grande de ses activités aux instruments, l’humain n’est-il pas en train de se soumettre corps et cœur aux dispositifs technoscientifiques ? Par l’analyse et la mise en relation des indices déjà présents, nous tenterons de répondre aux questions sociales, environnementales et éthiques que suscite l’émergence de ce nouveau paysage anthropologique.
Fabien Cailloce – Doctorant en sociologie – CERReV / Université de Caen
S'inspirant d'H. Marcuse (« atrophie de l'imaginaire utopique ») et de C. Castoriadis (« imaginaire structurant »), Fredric Jameson envisage la littérature de science-fiction comme moyen de faire du présent un passé historique par le biais de la projection dans un futur fictif. Ce détour fictionnel nous aiderait à dépasser nos défenses/aveuglements vis-à-vis de l'envahissement informationnel et technologique, et de permettre ainsi l'adoption d'une vision plus distanciée concernant l’accélération des changements contemporains. Mais cet imaginaire peut aussi être un outil d'acceptabilité. Un exemple significatif de cette tendance est le renversement et la récupération dont a fait l'objet le courant littéraire cyberpunk. Celui-ci a mené une « expérience de pensée » autour de l'incorporation organique des technologies selon une optique sceptique, voire sombre. Nous étudierons à travers une auteure (D. Harraway) et un courant (transhumanisme) comment un imaginaire – science – fictionnel peut être, pour la première, un outil de réflexion sur la question du genre et, pour le second, un détournement vidé de tout le contenu critique initial.
Caroline Bocquet – doctorante en sociologie – CERReV / Université de Caen
Laure Bourdier – doctorante en sociologie – CERReV / Université de Caen
Camille Frémont – doctorante en sociologie – CERReV / Université de Caen
Il s'agit de s'interroger sur les avancées et les limites de l'émancipation de la condition féminine depuis la construction d'une pensée du genre. En effet, celle-ci a permis, dans les années 1960, de justifier et d'asseoir certaines luttes contre les discriminations subies par les femmes. Les acquis sociaux obtenus alors ont entraîné une émancipation féminine manifeste.
Malgré ces avancées, les mécanismes sociaux de production du discours sexiste sont toujours actifs, reproduisant et justifiant les inégalités persistantes. En effet, l'égalité hommes-femmes acquise dans les principes semble paradoxalement invisibiliser l'action de ces mécanismes, d'autant qu'elle peut servir d'outil pour les nier ou même les renforcer.
On peut dès lors déconstruire les utilisations pratiques, politiques et intellectuelles de la pensée du genre, pour aller jusqu'à questionner la notion même de genre. Quels leviers pratiques et théoriques permettent alors d'ouvrir à nouveau la réflexion ?